‹ Le théatre des grecsChapitre 70 sur 126 · M^DEB · texte numérisé non relu

M^DEB

Spectator ipse. Nil adhuc factnm reor :

Quidquîd sine ipso fecimus scderis perît«

» Je n'ai rien fait encore. Le crime que je viens » d'épargner à ses yeux, est perdu pour moi. »

Voilà un raffinement de rage dont on ne sait que dire, tant il est extraordinaire. Corneille n'a ose l'imiter j mais Sénèque le porte encore plus loin. M ëdée montre d'un côté à son époux un do «es fils déjà égorgé, et de l'autre le second prêt à recevoir le coup dont elle le menace. Le poignard est levé. Jason effrayé demande la mort pour lui, et grâce du moins pour le seul fils qui lui reste. Médée excite de plus en plus cette piété paternelle, pour jouir du plaisir barbare de tourmen* ter de plus en plus le cœur d'un père. « Je te veux » frapper par l'endroit sensible , dit-elle. — Ne » suis-je pas assez puni par la mort d'un fils, ré- )} pond Jason. — Non, répond Médée f si j'avais )) pu me contenter d'en sacrifier un , j'aurais épar- V gné l'iin et l'autre. Deux fils, c'est trop peu » pour ma fureur. De ce fer je sonderai encore » jusqu'à mes entrailles. »

In matre si quod pignus etîamnum latet, Scmtabor ense yiscera, et ferro extraham.

Quelles idées ! quels traits ! on les admire en frémissant. Jason demande que tout au moins elle suspende un peu sa barbarie. Elle y consent, mais c'est pour prolonger le supplice d'un père. « Jouis,

TRAGfléDIE DE S^NEQUE. 2q5

» se dit-elle à elle-méine , jouis, Médëe, d'une » lente vengeance. Ne Mte pas ton forfait : le » jour entier est à toi : j'use du temps qui m'est » cjonné, »

Perfruere lento scelere ; ne propera , dolor j

Meus dies est , tempore accepte utimur.

u Barbare, massacrez-moi , s'écrie J ason% — Bon, » dit Médée, tu demandes grâce : la voici.» (£*//« yy /happe son autre fils). vengeance! voilà tout » ce que j'ai pu t'immoler; lève les yeux, perfide » Jason, reconnais ton épouse à ces traits. » Elle s'enfuit aussitôt sur son char volant : et Jason ternni^e la pièce par un vers des plus impies qui $e fassent. « Va, parcours les espaces célestes, et sers » de garant à tpute la terre , que là-haut il n'esl )) point de dieux. »

Testare nullos esse quâ yeherîa deos.

Pensée divine, dit un critique. Certainement il n'y a rien de moins divin. Telle est une des plus belles itragédies latines parmi le peu qui nous en reste du même siècle. Personne ne fait dilEcuhé de l'attribuer à L. Sénèque , au vrai Sénèque ,, c'est-à-dire, au philosophe, ou du moins au tragique. Quelques-uns même la préfèrent à celle d'Euripide.C'était beaucoup de les comparer l'unQ à l'autre. *

' Ce n'était rien; car rien ne retaemble moins à la MéJé^ d'Euripide que la Médik de S^nèque. B^-Ri

dbyGbogk

\J N en a déjà rendu compte en partie par l'analyse qu'on vient de voir. Il ne reste qu'à tracer le plan de Corneille, pour discerner d'un coup^'œil ce qu'il y a de conforme à celui d'Euripide ou de Sénèque, et de différent.

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