A€TE PREMIER
Un vaisseau aborde sur le rivage. t)es hommes qlii paraissent étrangers > en sortent et s'avancent vers la prêtresse. kQuc vois*-}e! s'écrie-t-elle, ma 30 vision est accomplie. » C'est que Juïion l'avait avertie dp donner asile à ces étrange^, qui se ibm connaître polir àes cifo^^ens de Cplchos, et qui accompagnent Médée.
Ces CoI(^idiens et une troupe de Phéaciennes , <ju'ils appellent les compagnes de leur affliction, et qui sont aussi de la suite de Médée , forment deux chœurs qui parlent , comme les chœurs anciens, pat la bouche d'un coryphée, et occupent les eïiir'actes par des stances lyriques analogiques aça sujet et à la situation des personnages.
G'tîst sa lemtresse pour son époux qui améiif
338 MÉDfiE,
Médée à G>rinthe ; inquiète de ne point le voir revenir à lolcos, elle a pris le parti de le suivre : à peine arrivée ; elle apprend que cet époux est infidèle. Théano indique aux citoyens de Colchos le bosquet de Junon comme un asile inviolable où elle peut se retirer. Creon , qui est venu presser Théano de se préparer à bénir Fhvmen de Jason , apprend que Médée est dans ses Etats ; il défend à Théano de lui donner asile. Cependant^ il ne paraît pas que cette défense lui tienne fort à cœur; car, quelques momens après, Médée traverse le théâtre en sa présent pour se rendre au bois de Junon , sans qu'il s'y oppose : il est vrai qu'en cet instant il est avec le vieil Eson, qui, proscrit de ses propres États , est arrivé sur la scène eu longs habits de deuil, dans le costume d'un suppliant et d'un roi détrôné ; Eson , qui connaît la fierté et le pouvoir de Médée, retient Créon, e% l'engage à éviter cettç femme redoutable, « qui )) pourrait, dit-il, ne point respecter leur dignité. » Elle dédaigne le rang et la majesté d^ rois ; le D trône Hiéme des immortels n'est point au-dessus » de sa fierté* » On voit ^vec peine ce vieillard timide éviter la rencontre de Médée , à qui cependant il a dû sa couronne , comme si les regards de cette femme infortunée avaient le même pouvoir que ceux de la Gorgone. Créon et lui sont . aussi occupés sans cesse à empêcher que Jason et
tRAGÉDÏE bE OLOVER. ^3^
Mëdéene se Voient; cette espèce dé surveillance J quoiqu'elle soit motivëe et peut-être naturelle^ semble sortir un peu du isaractèrede la tragédie.
La fin de l'acte est remplie par les lamentations de Médée, qui rejette toute consolation, en disant à ses fidèles GolcHidiens , avec un nlouvement semblable^ à celui de Phèdre ou d'Her^ mioue dans Euripide t « Vos conseils me ren- ))dront-ils les parens et la patrie que j'ai perdus^ ))les amis que j'ai abandonnes? Me rendront-ils » le palais de mes pères? — Hélasl j'ai tout sacri-^' » fié à^un époux infidèle. )) On l'invite à se livrer au repos après une navigation pénible; et, pour ciharitier ses enhuiis, les deux choeurs qui for-^ ment sa suite ^ entonnent des chants plaintifs qui «éparent les deux actes. Une Strophe chantée par les jeunes Phéaciennes, est imitée du prologuô d?Euripide. En voici la traduction :
« 0; bords fatneux du' Pénéè, plût àut' dieux » que vous eussiez vu les nymphes du Pélion en » proife à d'éternels regrets, et leurs retraites om- »breuses changées en un monceau de ceadres )) par le courroux dévorant du ciel ! pins à ja- ?) mais détestés, dont ftirent formés tes flancs tra- » vailles avec art, Argo ! vaisseau fatal à notre re-^ » pos , tu n'aurais point traversé lés flots de là riief ' )) Adriatique ; tu n'aurais point touché aux rivages }) fortunés de k Phéaciej le bon Alcinoiis u'feût
34<> UÉD^Ë,
» pas uni là maiii de Jason à celle de Médée ; il ne » nous eût pas envoyées loin de nos maisons , fonte dant en larmes y pour former le triste cortège » de cette reine désolée , et pour partager sa dou- » leur. ».
Uexpdsition contenue dans ce premier acte est claire et intéressante ; elle se feit d'une manière naturelle , et on ne peut critiquer dans la marche de' ces premières scènes que la légère inconséquence de Créon que nous avons fait\emarquer. Tout y est d'ailleurs lié , suivi, touchant, noble, antique*