ACTE III
tt Qu'ai-je fait! » s'écrie Médée on revenant sur la scène. A ce mot , on devine de quel sang est teint le poignard dont elle est armée. Elle exprime avec force les remords auxquels son cœur est eii proie ; mais les plus vives couleurs pâlissent dans une situation si violente. Dans les autres tragiques , on la revoit avec plus d'horreur , il est vrai , mais avec moins de mépris, lorsque livrée encore à l'ivresse de la vengeance, elle revient pour en jouir et pour l'aggraver. Jason la trouve en cet. état dans l'instant où il vient lui reprocher le
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meurtre de Creuse ; il apfirend de M^ee elle-même un crime bien plus affreux : elle lut demande la mort, mais il la lui refuse, et fuit en la chargeant de malédictions. Médéese tue, en disant :
Ce fer m afifraBohiro de tQ9 ydsnx e%éûrMeê.
C'en est fait $ en tranchant mes jours trop miâérobks ,
Je finis des remords que rien n'eût pu calmer.
Et me délivre enfin de Thorreur de t'aimer.
Il paraît que le soin qu'a pris M* Clëment d'é* yiter les écarts et les erreurs de ses devanciers, l'a empêché de se livrer à son sujet avec confiance. Il a tenu en quelque sorte son génie captif, et n'a ]point osé lui donner Tessor ; il a craint la tempête, comme dit un maître de Tart , et a trop pourvu à sa sûreté ^ Son ouvrage n'en est pas moins estimable à plus d'un égard; et ses rapports avec la Médée d'Euripide ne nous permettaient pas de Tomeltre dans cette collection.
' Tuti^ nimiùm timidusque procell».
MEDEE
TBAGËDIE DE GLOVER
■ jE plan de cette tragédie anglaise ne ressemble k aucun de ceux qu*on vient de voir. L'héroïne n'est point une femme féroce et implacable ; à cet égard , le poète n*a pas suivi la tradition ; il a enfreint volontairement le précepte donné par Arisr tote, et si souvent répété , de rendre les caractère» semblables à ceux des fables reçues ; il a violé la règle d'Horace, de suivre la renommée dans les sU'* jets connus ; règle confirmée par l'exemple niênid de Médée :
Sit MeJca ferox , inyîctaque.
Ici , sous le nom de Médée , on voit une femme tendre et sensible , qui n'a d'autre tort que de tout
' Celte pièce a été représentée , pour la première foU, en ij6i. Son auteur, MrGlover , dqà connu par la tragédie de Boadicia et par le poème de Léonidas , avait commencé à se faire un nom dès l'an 1740, en plaidant ayec éloquence la cause du commerce de Jjondres à la barre des Communes , où il a siégé ensuite comme membre. Il est mort le a5 novembre 1785, âgé de 74 ans. On a âe IcA une autre tragédie , faite pour servir de suite à celle de Mêdêe-, maiç elle n'a point encore éhé jouée , à cause des ^randei dépendes qu'exigerait ce spectacle.
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, sacrifier à Tamour; elle a commis des crimes , il est vrai , mais on laisse entendre qu^elle pourrait s'en justifier, si sa fierté lui permettait de l'entreprendre ; elle devient même parricide sans cesser d*être innocente : c'est une enchanteresse , et on lui voit demander vengeance à Hécate ; niais son cœur paraît si peu fait pour goûter ce plaisir , qu'elle ne sait elle -^ même qui son bras doit frapper; elle épargne sa rivale; elle respecte Ësbn ; enfin elle nomme à peine Gréon pour sa victime , et frémit de l'idée de punir un époux infidèle.
Le caractère de Créon est précisément l'opposé de celui qu'Euiripide donne à ce prince. Chez le poète grec , c'est un homme faible, qui ne sait point être absolu ni soutenir un ordre rigoureux : dans la pièce anglaise^ c'est un tyran impie et despotique ; il méprise les dieux ^ et veut qu'on res^ pecte en lui leur image. Ce caractère semble avoii* été choisi pour faire ressortir celui de Théano , prêtresse de Junon , qui lui résiste avec un cou-* rage tranquille , et oppose constamment à l'im* piété de son roi la confiance d'un cœuf pur et religieux. '
Jason est à Corinthe : il est venu solliciter du secours coiitre le fils de Pélias. Créon, profitant du malheur qui amène un héros à sa cour, et voulant s'en faire un appui, lui oflFre sa fille en mariage, ou plutôt, il ne lui promet son secours qu'à côndi-
lion de s'unir à lui par les nœuds de cette alliance. C'est ici que la pièce commence.
L'unité ^e temps et de lieu y est respectée. La scène est dans la citadelle de C!orinthe , et ^ à ce qu'il paraît, en plein air, suivait la coutume des anciens. D'un coté est un l)osquet consacré à Ju* non, déesse tutélaire de Corinthe et protectrice de Médée. De l'autre, le palais de Gréon. On découvre la mer dans le lointain.