‹ Le théatre des grecsChapitre 9 sur 126 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

jCe qui nous reste du premier acte est une scène unique d'OEdipe et d'Antigone' . C'est plusde trois cents vers. Mais il n'y en a que sept ou huit qui aillent au fait, c'est-à-dire, qui indiquent le sujet de la tragédie. Œdipe aveuglé paraît avec sa fille ; on ne sait d'abord pourquoi , si ce n'est qu'on découvre peu à peu qu'il veut s'exiler lui-même de son palais , et s'abandonner à son désespoir. On se persuade , par sa situation et par l'excès de sa douleur, qu'il n'y a pas long-temps qu'il s'est reconnu comme époux de samère ; autrement ses empoi^ temens seraient toùt-à-fait inexcusables. Une dou* leur sur laquelle le temps a passé , s'exprime avec

' Il est déiaontré , je crois , par Téteadue des autres tragédies latines , qu'il ne ouuique en «et acte que qi^elques vers, et Tode

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plus àe noblesse et de tranquillité. Cependant , il doit y avoir au moins trois ou quatre ans qu'il s*est reconnu, OEdipe ne veut pas moins que se donner la mort , à quelque prix que ce puise être : il en cherche tous les moyens, et d'une manière si folle ,' qu'ajprès avoir inutilement demande à sa fidèle Antigone, ou un précipice, ou le fer, ou le poison , il croit devoir recourir à ses propres mains. Il les apostrophe pour les exhorter à le bien servir. Mais l'embarras est de décider par où il commencera à. se déchirer. « Car , dit - il , je suis criminel tout entier. »

» l!*otus nocens sum^ qua voles, mortem exige 5 V Ëffringe corpus , etc.

(( Cà , mon bras , commencez par où il vous )) plaira. Brisez mon corps , arrachez mon cœur ^ 3) déchirez mes entrailles. » Il continue l'énumération , et il conclut à s'en tenir à la tête parce que ses mains en ont déjà tiré les yeux. Cela n'est-il pas bien touchant? simplicité grecque , qu'ètesvous devenue sous la plume de ce bel esprit latin l

Enfin OEdipe déclare tous les crimes et toutes les horreurs dont le souvenir et le sentiment l'o-^ bligent à sortir de la vie; et il finit, comme en pas* sant , par le malheur unique qui fait toutefois le sujet de la pièce , je veux dire par la dissention cruelle de ses deux fils qui se disputent le trôpe. Il

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dit quel*un refuse de le céder, et que l'autre vient le redemander à main armée. Antigone en prend occasion de presser OEdipe de vivre pour pacifier FÉlat et réconcilier ses fils. On ne sait s'il l'accorde ou s*il le refuse ; car Tacte est tronqué en cet endroit. Nous verrons pourtant ce prince reparaître. Ce qui se présente d'abord à l'esprit, après la lecture d'Euripide , c'est que le poëte latin a voulu imiter la scène d' OEdipe dans le poëte grec. Mais il est visible qu'il l'a gâtée , et que d'une excellente chose il en a fait une très-mauvaise^ par la place où il l'a mise , et par l'assaisonnement qu'il lui a donné. Euripide fait sortir OEdipe de sa prison pour être témoin des terribles châtimens dont le ciel vient d'accabler ses fils , et pour y voir mettre le comble par son propre bannissement. C'est alors qu'QEdipe peut et doit faire parler ses douleurs, comme il le fait avec majesté. Mais le poète latin, ouvrant la scène par les fureurs de ce prince , ne lui donne aucun nouveau sujet de s'emporter, si , ce n'est , à la fin , la dissention de ses fils, dont le père avait été déjà témoin , et peut-être auteur par ses imprécations. Après tout , on ne peut pas extravaguer en plus beaux vers que le fait OEdipe.

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