‹ Le théatre des grecsChapitre 8 sur 126 · LA THÉBAIDE · texte numérisé non relu

LA THÉBAIDE

i^ETTE pièce est venua jusqu'à nous si mutilée , et la route que Sénèque a prise , est si différente de celle d'Euripide , que je ne puis en dire que peu de chose. Si du moins cette route était naturelle , on pourrait , par le moyen des conjectures, comme avec le fils d'Ariadne , en découvir les détours. Mais on sait que ce n'est pas la manière de Sénèque, d'être naturel. Il va où son feu l'emporte y de gauche à droite , et du blanc au noir. On a des restes précieux de statues a,ntiques , des torses y par exemple ; et , par leur situation , un sculpteur habile devine avec vraisemblance quel héros ou quel dieu représentait la statue entière , et dans quelle attitude. Mais il est difficile de ha* sai*der quelque chose de semblable à l'égard de la Thébaïde de Sénèque. D'ailleurs , ce qui nous en reste est d'un enthousiasme si extravagant, pour appeler la chose par son nom , que ce serait une peine inutile d'y chercher de la suite. On me pardonnera, de traiter ainsi Sénèque après ce qu'on en

TAAGÉDIB Dfi SÉNÈQUE. 6l

a déjà vu. Mais la Thébàîde est bien autre chose* Tout Temportement de Lucain , lors même qu'il est le plus énerguméne , n'est qu'un badinage au I prix de Sénèque. Toutefois , il y a du vrai sublime. Ce sont des traits qui échappent par hasard à un esprit très-beau d'ailleurs , mais d'un goût dépravé , et d'une imagination déréglée.

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