‹ Le théatre des grecsChapitre 95 sur 126 · JA80N · texte numérisé non relu

JA80N

Jl L u S d'une fois j'ai été témoin des funestes effets de l'aveugle colère. J'en vois en vous un triste et' nouvel exemjile. Vous pouviez habiter ce palais; il suffisait de supporter avec- douleur les ordres de vos maîtres : des propos insensés vous font bannir. Je ne vous fais point un reproche de répéter sans cesse que Jason est un perfide ; mais vous avez prononcé contre le trône des paroles téméraires, et vous devez vous estimer heureuse que l'exil en soit la seule punition. J'ai fait mon possible-pourle prévenir et pour adoucir l'esprit d'un monarque irrité; mais vous n'avez point cessé vos injures et vos imprudentes menaces; vous en voyez enfin l'effet. Ne croyez pas cependant que je sois las de vous servir : je viens, au contraire, vers vous pour m'occuper de vos intérêts, et pour que vous ne sortiez point , privée, ainsi que nos enfans, des secours que la fortune peut vous offrir : car l'exil entraine bien des maux à sa suite ; et, quoique je

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n'igndre pas. qtic tous me haïssez , je ne pourrai jamais me réjouir de ce qUi vous afflige.

MÉPÉS. ^

le plus méchant des hommes ! oui , ta lâcheté autorise tous mes outrages. Tu viens encore à moi, joi qui es un objet d'horreur à mes yeux , toi que les dieux et les hommes détestent ainsi que moi.. Ce n'est pas audace et courage d*oser envisager en face une épouse qu'on a trahie ; c'est le comble de l'impudence et le dernier trait d'un lâche caractère. Mais je rends grâce aux dieux qui t'amè- , nent en ma présence* pour soulager mon cœur en t'accablant de reproches. Ingrat que j'ai sauvé de la mort 2 , j'en atteste ici tous les Grecs qui montèrent l'Argo avec toi , lorsque tu fus envoyé pour soumettre au joug les taureaux indomptés,soufflant

' Atque aliquis dicat ; nihil promoveris. Multùm. Jllolestuf certe ei fuero , atque animo moirem Qessero. Tereut. Andr.

Tftut^v X. T. >•

Ce vers fut tourné en ridicule à cause du grand nombre de sigma , on s, q«i s'y trouves^. Il paxidt qoe c'est une a0ectation 4e mollesse et de douceur analogue au défaut qu'Artstopbane relève dans l'harmonie des prologues d'Euripide , et dont j'ai parlé dans V Essai sur la vie et les éuurages eP Euripide* « Nec iiias qui- 4tm cir ca j litteram delicias hic magiflter feret », dit Qujntilien , ^a indiquant les vices de prononciation que le rhéteur ne doit pas souffrir. Le sifflement adouci de cette consonne a en effet de 1* gr&ce 3 mais ne doit pas être prodigué.

TRAGÉDIE D*EURÏ?mE. 385

la flamme par les narines ; et pour semer la fatale moisson ^ un dragon veillait auprès de la toison d'or, qu'il entourait de mille replis tortueux, et t'en défendait Tapproche ; Je le tuai , et tu dus à ma tendresse la lumière dont tu jouis. Ensuite , j'abandonnai mon père et la maison qui m'a vu naître ; trop imprudente et trop crédule , je te suivis dans lolcos; je fis périr Pélias de la mort la plut cruelle , par la main de ses propres filles , pour te délivrer de tes craintes. Voilà, perfide, voilà tout ce que j'ai fait pour toi, pour toi qui me trahis, qui préfères une indigne rivale à la mère de tes enfans! Ah! si notrehymen eût été stérile, j'aurais pu pardonner de nouvelles amours. ••• Quand tu foules aux pieds lessermens, parjure, penses-tu que les dieux n'ont plus l'empire de l'univers, ou que les antiques lois émanées de leur sagesse, ne subsistent plus parmi les mortels? J'atteste ici ces dieux que tu prenais à témoin en embrassant mes genoux, en serrant ma main dans la tienne; ils voient le traitement que j'éprouve de ta perfidie , ils savent si j'ai dû m'y attendre.

Mais je veux pour un moment suspendre un juste courroux, et te parier comme si je t'étais encore chère. Je veux, pour te confondre, interroger ici ta conscience, et dévoiler toute la bassesse de tes pensées ; de quel côté faut-il tourner mes^pas? Irai-je dans ma patrie ai^près d'un père que j'ai

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trahi pour toi? demanderai- je un asile aux filles de Pélias? Sans doute elles s'empresseront d'accueil^ lir celle qui fit mourir leur père Affreuse situation ! je me vois accablée de la kaine de mes proches; j'ai changé, pour te plaire^ en implacables ennemis ceux à qui je n'aurais jamais dû nuire* Quelle est donc ma récompensé? sans doute, dans la Grèce , il n'est point d'épouse plus fortunée , il n'est point d'époux plus tendre et plus fidèle. Ah ! malheureuse !

Eh quoi ! lorsque, proscrite et abandonnée , je fuirai loin de cette terre , sans amis , seule avec mes enfans, dans l'opprobre et dans l'indigence, offrirai-jeun spectacle honorable à leur père> qu'on verra dans les bras d'une autre, passer, au sein des fêtes et des plaisirs, une vie qu'il doit à ma tendresse? O dieux! pourquoi n'avez-vous pas perttiis qtie la sincérité du cœur se reconnût à des signes certains et visibles , comme on distingue l'or pur du faux métal qui lui ressemble »?

La colère n'est jamais plus violente ni plUsdif-ficile à apaiser que dans les querelles qui s'élèvent entre ceux qui devraient s'aimer tendrement.

JASON-

Certes, j'ai besoin de recueillir toutes îAès forces: tomme un pilote prudent qui serre ses voiles à l'ap-^

' Ce mouvement a du rapport avec celui de Thésée dans VHip^ polfte, acte FV , se. V, quô Racine a imitée

dWtrês médées. 353

mardie de raction , et en augmentant la pompe du spectacle*

Termmons cet extrait par une courte notice des pièces publiées sous le titre de Médée.

Chez les Grecs, Euripide et Néophron ; chea les Romains, Ennius, Pacuvius, Accius, Ovide et Sénèque ; diez les Italiens , Dolcé ; chez lés Anglais , Glover.

La plus ancienne tragédie qui ait paru en français, sous le titre de Medée, est celle de Jean de la Péruse, représentée en l553, Elie est en cinq actes , en vers , avec des chœurs à la manière des anciens. C'est une traduction de Sénèque.

La Médée de Pierre Corneille fut représentée en 1639.

Médée f tragëd. -opéra de Th. Corneille, en 1693*

Médée de Longepierre, en 1694.

Médée et fason, tragédie - opéra de l'abbé Pellegrin, en 1773.

Médée de M. Clément, en 1779.

On a diverses traductions de la Médée de Sénèque ; voy. la petite Bibliothèque des Théâtres , Paris, 1784.

Enfin, l'opéra de M. de Framery, dont nous venoBs de rendre compte , ^ qui n'a pas été représenté.

M. Gotter a composé en allemand , un mélo- VI 23

354 NOTICE D^AUTRES MÉDl^.

drame en prose, sous le titre de Médée, côimu en France par la traduction qu'en a faite M. Berquin. Médée ouvre la scène par un monologue passionne , que des chants d'hymen interrompent. Elle voit j)asser les époux suivis d'un brillant cortège, et s'écrie, irritée d'un tel spectacle : tràl-je d'un bras homicide , Dans leurs parvis sacres bravant les immortels, Frapper le couple Impie aux pieds de leurs auteU? Elle balance entre plusieurs moyens de vengeance qui s'offrent tour à tour-à-sa pensée, et se résout enfin à immoler. ses fils, pour déchirer le cœur d'un perfide époux. Elle entre dans le palais, et. exécute, après de longs combats, sa funeste résolution, Jason arrive , le palais s'ouvre :

MÉDEE.

Rcconna!s-tu ces gages de ta 'foi , Ces tendres fruits que notre hymen fit naître 7

JASON

Je reconnais Médëe.

MÉDÉE

Il fallait la connaître.

Ce drame , qui n'a que huit scènes , offre peu de développemens , et doit beaucoup au traducteur. L'objet auquel il est destiné ne permet point d'en faire une comparaison suivie avec des tragédies régulières.

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