CR^TINET
Viens, ma femme, viens!... on nous chassel c^dons a la force.
lis voDt aa food, la sonnerie ^ectrique continue.
Lt: CHEF DE GARE, frappanl au gulchet.
Monsieur Auguste, ri^veillez-vous done ! Quoi au 16legraphe ?
L*£MPLOYE AUX BILLETS, prenant sa t^e.
Je ne sais pas encore. Je dormais .. (se retoumant pour
regarder I'heare au-dessas du guichet.) DeUX heures quaraote !
Monsieur le chef de gare, je profiterai de la circonstance pour me permettre une petite reclamation... Si vous faisiez placer le cadran en face au-dessus des bagages, je n attraperais plus de torticolis chaque fois que je veux voir rheure... Cest fort incommode !...
LE CHEF DE GARE
Votre reclamation est intempestive. Allez done avotre tel^graphe !
L'employ6 se retire. La «onnerie eiectrique s'arr^le. Le chef de gare va au guichet.
Pierre prtede lui.
LA VOIX DE L'eMPL0Y1& AU TELEGRAPHE.
Tunnel de Foin-la-Folie effondre. Embarras sur la voie. Reparations urgentes. Le train petite vitesse revient.
MADAME CR^TINET
Ah I mon Dieu I si ma title est dans cette affaire-Id !
LE CHEF DE GARE, aux employes.
Messieurs, que personne ne parle de cet accident. Les journaux de Paris s'en empareraient et cela porta-
rait tori d la COmpagnie. (La sonnerle eiectrique repreod.) Quoi
encore?
LA VOIX DE l'eMPLOY^.
C'est le chef de gare de Foin-la-Folie qui demande un paquet de tabac.
LE CHEF DE GARE, fiirieux.
Qu'il aille au diable 1
Coups de sif&el, le train de petite vitesse revisit.
SCfeNE DOUZlfiME. 303
LE CHEF D£ GARE
Voila le train de marchandises ! Que lout le monde descendc.
PIERRE
Par icl, messieurs les voyageurs !...
SCfiNE XII
BALANDARD, HENRIETTE, Les Priec^dents, puis Les Gendarmes et Le Gonducteur.
Voila un retard des plus cnnuyojx. (Aa cher de gare.) Quand y aura-t-il moyen de repartir pour Paris?
le chef de gare, d'an ton brusqae.
Pas avant huit jours ! Est-ce que c'est ma faute?
BALANDARD, d Henriette.
Qu*e8t-ce qu'il a ce monsieur? Je ne lui ai rien fait et il a Fair furieux contre moi.
henriette.
Ondiraitque les voyageurs sontleurs ennemis. Tiens! voild ma Qoce I (a part.) 11 est bien temps !
MADAME CRETINET.
Henriette! ma fille! tu as d^raill^e?
HENRIETTE, baissant la t^te.
Complete ment !
MADAME CRETINET.
Comment te sens-tu?
HENRIETTE, relevant la t6te.
Tr^s bien, maman. Rien de grave!
MADAME CRETINET.
Mais qu'est-ce tu allais falre d Paris, toute seule? Quelle imprudence!
304 J'AI OUBLlfe MON PANIER.
HByRIETTE, prSsontant Balandard«
Oh ! j'ai rcncontr^ monsieur, qui a ^t6 bien aimable pour moi.
ISIDORE
On se passera bien de son amabilite. (la ne me convient pas, k moi, que vous vous promeniez ainsi avec le premier venu.
HENRIETTE
C'estbien malheureux que cela ne\ous plaise pas!... Pourquoi me laissez-vous en plan ?
ISIDORE
J'ai 6t6 arrdt6 comme deserteur. Bonsoir de bonsoirl je ne suis pas un deserleur de Farm^e; mais pour un pen, je d^serterais bien le marlige !
MADAME CRJBTINET.
Voyons, Isidore, voyons, du calme! il ne faut pas de colfere I
ISIDORE
Je ne suis pas en colore, je suis emb^t^ ; et ce monsieur-l&! (AUant k Baiandard.) je lui defends!...
BALANDARD, menaganU
Qu'est-ce que tu me defends, toi? Pais attention d ce que tu vas r^pondre. Je te pr^viens que je suis tres fort, pas endurant du tout, et que pour commencer je vais te casser en deux!
ISIDORE, sa reculant.
Cassez rien, encore...
HENRIETTE, k Isidore.
Taisez-vous done, c'est le nouveau sous-pr^Fet.
BALANDARD, k part, riant.
Elle est pleine d'esprit...
SCfiNE DOUZlfiME. 305
ISIDORE
Le... sou8-pr6fel? (saiuant.) Monsieur le sous-pr6fet... exciisez-moi...
MADAME CR^TINET, h Henrietta.
Tu coDnais le sou8-pr6fet?
HENRIETTE
Oui, maman, et il veut 6tre men gar^on d'honneur.
MADAME CR^TINET
Quel honneur! (a crsunei.) Salue done, toi, vieille bMe?
CRETINET.
Qui?... Je ne comprends pas. .
MADAME CRETINET, ft part.
Je comprends bien, moi... (Haot.) Demande-lui done un bureau de tabac...
LE GENDARME, s'approchant d'Isidore .
Diles done, jeune homine... Yous m'avez fauss^ compagnie; mais je ne vous Idche pas.
ISIDORE
Qu'est-ce que vous voulez encore, vous?
LE GENDARME
Vous 6tes r^serviste et voild huit jours que vous devriez Stre au corps. Vous allez me suivre.
CRETINET.
Qu'est-ce qu'ildit?
MADAME CRETINET.
On arr^te notre gendre.
CRETINET.
Encore? Je trouve qu'il a trop sou vent affaire avec la gendarmerie.
MADAME CRl^TINET, ft Balandard.
Monsieur le sous-pr6fel, je demande votre protection...
LE GENDARME
II y a uti souS'pr^fet ici, et on ne me le dit pas! (uvam son bicorne.) MoiisleuF le sous-prefet, qu'y-a-t-il de vos ordres?
ISIDORE
Monsieur le sous-pr^fet. Vous savez que je vais me raarier... ma future a dd vous mettre au courant... puisque vous me faites celui d'etre mon gar^on d'honneur... trop d'honneur 1... accordez-moi un d61ai; je ferai mes vingt-huit jours Tann^e prochaine.
BALANDARD
Impossible ! La loi est formelle !
LE GENDARME
Jeune recidivisle, vous avez entendu la loi sorlir de la bouche du gouvernement. (n saiue.) II ne pout obtemp6rer a votre demande.
MADAME CRilTINET.
Va, mon gargon, va I Henriette patientera bien vingthuit jours I
HENRIBTTE.
Oh ! moi, je lui donne le mois tout entier,
ISIDORE
Cest comme qui dirait mon conge.
HENRIETTE
Prenez-le comme vous voudrez !
ISIDORE, dignement.
Bonsoir.
Bonjour !
II sort avec le gendarme.
HENRIETTE, de m^me.
On entend les grelots de I'omnibus.
SCfiNE DOUZIEME. 307
LE CONDUCTEUR
Les voyageurs pour Viremollet, en voilure!
HENRIETTE
Ah! et mon panier?
MADAME CR^TINET
Ah ! II est joli, tu I'as ccras^ en d^raillant.
HENRIETTE
En.ce cas!... (a Baiandard.) moH sous-pr^fet, ton bras!
BALANDARD, bas ft Henriette, en lal offrant lebrai.
11 n'y a pas de sous-prefectures. Ou allons-nous ?
HENRIETTE
A la maison, pardi ! en attendant la mairie.
Rideau.
Pastorale d'apres nalure, en un .i<l6, jou^e pour la premiere fois, 4 Nohant, le 18 octobre 1879.
PERSONNAGES
MORDORE!) maire.
CARNAT, conseiller.
SYLVINET, id.
FORCHAT, id.
PIVERT, id.
CHIGNOLET, id.
SOUPIZOT, id. BASSINET, garde champ^tre.
BOQUILLON, amoureux.
LA RAGOTTE, aubergiste,
JUSTINE, sa fiUe.
SYLVAINE
NANNETTE