‹ Le théâtre des marionnettesChapitre 113 sur 135 · SCENE SIXIfiME · texte numérisé non relu

SCENE SIXIfiME

monsieur... je ne sais plus son nom, ga change si souvent. La loi est formelle. Vous n*avez rien k voir dans le budget de TEtat, pas plus que dans celui du d^parlement. Vous ^tes appel^s a voter d'office les articles qui regardent Fl^tat d'un c6te, de Tautre, ceux du d6partement, la grande voirio, les armies de terre et de iner, etc., elc...

PIVERT

M'est avis que ces d^penses-l& sont bien mal 4 propos. Si les gars de notre commune, au lieu de partir pour le service militairey restaient chez eux, 11 y aurait pas besoin de payer des imp6ts pour les habiller et les nourrir. lis seraient bien plus utiles pour travailler leurs terres que dialler crever en Chine.

LE MAIRE

Vous ne voulez plus d'arm^e? C'est incroyable! Ou allons-nous?

SCfiNE VI SOUPIZOT, Les Pr]&c£dents.

CARNAT

Messieurs, \'lk SoupizotI

LE MAIRE

G'est pas malheureux, arrivez done I

SOUPIZOT.

Faites excuse, monsieur le maire, si je suis un petit en retard; mais c'est a cause de ma bourrique qui vient de mettre bas. Ah I qu'elle asoufTert, la pauvre b^te I...

CARNAT

C'est-y un dnon ?

SOUPIZOT.

Cest bien un bourriquet.

CARNAT

£st-jl bien gentil ?

SOUPIZOT.

Dam ! 11 est de bonne venue; mais c'est encore si jeune !

CARNAT

Moi, j'ai ma grande treue que veut pas tarder a cocheter.

PIVERT

C'est tout commie ma vache que va vder la semaine que vint, je pense.

LE MAIRE

Quand vous aurez fini de parler vaches et cochons nous pourrons peut-^lre continuer la s6ance.

SOUPIZOT.

D*accord, monsieur Ic maire. Et votre sant^ ?

LE MAIftE.

Trfes bien, merci, asseyez-vous.

SOUPIZOT.

La oil qu*ous en etes de la seance ?

LE MAIRE

A la question du chemin de fer. Messieurs, il ne s'agit nuUement de voter des fonds, mais simplement d'adh^rer aux voeux emis par le conseil g^n^ral, afin d'obtenir le prolongement de la voie ferree, de Fouarons a la Drillette, voie qui traverserait notre commune. II se pr6sente une Compagnie s6rieuse a la I6te de laquelle figure le nom de M. Lesseps.

CARNAT

Cest-y les ceps de vigne ? ils ont le phylloxera !

LE MAIRE

Yous faites des caiembours, il s'agit du grand Fran^ais, le grand perceur d'isthmes.

SCftNE SIXlfiMR. 321

CARNAT

J'y comprends rien.

LE MAIRE

Vous n'^tespas le seul... je continue. . cette Compagnie 6gypto-suezo-panomanesque est pr^te a demander la concession, a la condition que le d^partement ach^teraitles terrains. Au cas ou Taffaire se ferait, la commune serait appelee a participer pour une somme minime aux frais g6n^raux, et la susdite Gompagnie s'engagerait, si Tafifaire r^ussit, d la rembourser en actions de Panama avec int^rSls a quinze pour cent... Qu'en pensez-vous, messieurs ?

CARNAT

J'en pcnse rin. (a soupizot.) Et vous?

SOUPIZOT.

Faut pas de chemin de fer cliez nous, (la scrt qu'& d6ranger les bestiaux, ga fait tout rench^rir, gaam^ne des Parisiens que veulent tout bousculer, on a bien assez de revolutions comme ^a !

Mais les voyageurs sout une source de richesses pour le pays. Voyez la Suisse, Tltalie...

SOUPIZOT.

Je connaissons pas ces comraunes-ld I... etje voulons pas de ceux inventions du diable. Faut 6treun fin dormeur, a nuit6e qa siflBle.

TOUS

Non! pas de chemin de fer, non! Refust^.

LE MAIRE, k part.

Quel tas de sauvages ! Je ne puis pourtant pas donner a ma commune un tei brevet d'imb(^cillit6; je vais metlre, accepts a runanimit^.

322 LA RO&lfeRE DE VIREMOLLET.

FORCHAT.

El le prix de verlu?

LE MAIUK.

11 s'agit d'abord de signer le budget. Savez-vous ^crire ?

FORCHAT.

GrAce a Dieu, non ! 11 y a que Carnat qui save signer son nom, ici.

LE MAIRE

Pfere Carnat, a vous la plume...

CARNAT, sc Idvant.

Ou que faut que je fasse ma patarafe ? Au diable la faute! c*tencre tienl pas a la plume; j'ai fait un p&to; mais pas par expr^?... ga sera rien en le lichanl!

U 16che rencre.

LE MAIRE

Vieux saligot ! e'est pire ! Voila un budget gfit6. Vous apportez dans tons vos actes un esprit d'opposition deplorable.

CARNAT

Vous f&chez pas I Voila !

11 signe.

LE MAIRE

Vieille b^te! Vous avez sign6 a la place du prefet.

(Boquillon ^Smit dans son ar moire.) MaiS quidonC Se plaint ainsl ?

Est-ce vous?

CARNAT

Non, c'est pas moi.

SYLVINET

C'est comme un vent.

PIVERT

C'est queuque 4me en peine.

CHIGNOLET.

Taisez-vous done; si fasait nuit vous foualeriez bien la peur.

SCEINE SIXIEME. 323

LE MAIRK

Passons a la question de la rosicre.

FORCHAT.

Ah! c'est qa le plus int6ressant.

LE MAIRE

Les concurrentes sont Sylvaine, Melic, Nannette et Justine. Si vous me deroandez mon avis, je vous d^signerai Justine, la fille de la maison.

FORCHAT.

Pourquoi celle-la plut6t qu'une autre? on sait ce que Ton a a faire; on se laissera pas faire la loi par les bourgeois, on est plus au temps de la dime, on n'est ^lecteu et on passera pas par-dessus nos droits.

LE MAIRE

PePv-onne ne les contesle, vos droits, (a port.) Quels idiots !

FORCHAT.

Faut voiter.

Tons M tevent.

TOUS

Oui, c*est bien dit, Voitons! la urnel ousqu'elle est la boite a la malice?

LE MAIRE

Je ne Tai pas apport^e.

CARNAT

La boite au sel sera bien aussi bonne.

Tous.

C*est Qa le salignier.

Un conseiUor Bi<iiOitc la boite.

Parfait pour ce que vous allez faire.

Les conseiUfrs se Invent, se miHtent en tas au deuxi^nie plan et ee parlcnl d

roreille.

SYLVINET

Faites-moi un bulletin pour Melfel

CARxNAT.

Tu vas bin voter pour ma fille Nannelte ?

FOUCHAT,

En v'la un tout pr6par6 pour la Melie !

LE MAIRE, 6 pari.

Oui, oui, consultez-vous ! Tas de cretins ! je vals en profiter pour saler I'election de Justine, (u ecrit des buiieiins.) C'est peut-6tre un peu trichei ; mais faut savoir joucr du scrutin. Je me Is une demi-douzaine de bulletins d^avance dans la saliere, je pense que 9a n'est pas de trop! D'ailleursl ma voix en vaut deux,

(n met on paqaet de bulletins dans la boile.) MeSSieUFS leS Con-

seillers, y 6les-vous? D6p^chons-nous un peu!

LES CUNSEILLERS, apportanl lears bulletins.

Voila ! \oi\k !

LE MAIRE

Gollez 9a la dedans.

TOUS

Voilk, voila, 9a y est !

LE MAlRE,

Est-ce fini?

TOUS

Oui, oui ; TalTaire est dans le sac !

LE MAIRE

Messieurs les conseillers, je vais imm^diatement

prOC^der au d^pOUillement. (n tire les bulletins de la boite au sel.)

— Sylvaine! un! — Justine! un. •— Nannette, un. — Melie, un.

CARNAT

Alles se ballotient.

FORCHAT.

Alles se ballotteront pas longtemps. Ma fille Temportera bin!

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