‹ Le théâtre des marionnettesChapitre 122 sur 135 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Le FaCTEUR de la POSTE, en deliors de la gtille.

Us dorment done tons k Foin-la-Folie (n resonne.) Per- Sonne ne vient! (criam.) Monsieur Ralandard ! C'est un lettre et le Figaro I Vous les trouverez par terre.

n jette le journal et la lettre a travera lea barreaux et sort.

SCRNE 111

BALANDARDy ayant pagsd un habit et coifle d'un cliapeau noir.

Me voici ! (a part.) Suis-je dr61ement servi ? Pas de

CUisiniere, pas de jardinier. (yoyantla lettre et le j >amal4terr«.> Ah ! c'est le pieton ! (ll ramasse la lettre et le joarnal ; U ouvre la

lettre et lit.) « Mon cherami, as-tu Anacr^on chez toi ? J'ai besoin de lui pour monter une piece greeque , et je compte

sur toi pour me Tenvoyer ou me Tapporter le plus I6t possible. — Mes amities et remerciements. — Porel. »

(Pendant qa*i\ lit, la Ghim^re de la Fable ayant une tftte, dea aeins, des braii et ttn corps de femme juaqu'aiix hanches, avec des ailes de vautour dans le dos one croupe de lionne arec une longae qneue et quatre patles vote par-dessus

la grille, etTient se poser sans bmit devant Balandard*) Mais QU'cst-Ce

qu'il demande? Je n'ai pas ^a ici. 11 faut croire que rOd^Q a une biblioth^que bien maigre! Quand a Fauteur des odes anacr6ontiques, mort depuis des si6cles, oil veut-il que je le prenne?

SCfiNE IV

LA chim£:re, balandard.

LA chim£:re.

Ou le prendre? Aux Enfers!

BALANDARD, levant la t«le.

Hein? Qu'est-ce que c'est ? Une b6te qui parle; Pauvre b^tel

LA chim£:re.

Je suis la Chimere!

BALANDARD

Allons done, c'est chim6rique, qa. n'existe pas.

LA CHIMERE

Et pourtant me voici ! car je suis bien la Ghim^re^ ou le Sphinx, si tu veux; c'est la m^me chose. En somme je suis la fantaisie^ Fimagination, la folle du logis, car j'habite dans la cervelle de tous les humains» Je franchis les oceans, je d^passe les horizons, je plane auMlessus des ablmes. L'espace n'a pas de limites pour moi et mon humeur fantasque no connait aucan frein. Je suis jeune, je suis belle, je suis trisle ou gaie, selon

3jO ualanjjard aux enfers.

mon caprice. Je fais et d^fais les dieux, je renverse les socidtcj^. Je me ris de la matidre et nul 6lre pensant ne pent se passer de moi.

BALANDARD

AUons, je deviens fou ! 11 ne me manqnait plus que Qa !

LA CHIMERE

iN'as-tu pas fait tout ce que tu as pu pour le devcnir? Tu m'as attire3 par les folies. J'aime les gons comme toi qui ne doutent de rion, qui vont de Tavant sans retl^chir, qui se rient du convenu el de la betisc humaine. Tu m'as toujours rendu un culte a ton insu pcut-tJtie; mais j*aime les gens qui sont drdles et spirituels et savent m*appr6cier. Enfin, que veux-tu ? jc suis eprise do Ion esprit, de ton organe cnchanteur et je suis amoureuse de ton nez. Yiens, donne-moi un baiser.

BALANDARD, slupefail.

Mais, ma ch(^re, vous avez la queue trop longue.

LA CHIMERE

Ne suis-je pas belle? Ne suis-je pas ton amie ?

Sans doute, vous ^tes jolie, originale. Vous avez du chien, vous avez des yeux lerribles, des levres a manger tous les coeurs, des cheveux 6bouriff6s ; j'aime Qa, les cheveux 6bouriff6s.Vous avez des formes rebondies que j'appr^cie...

LA CIIIiMERE.

Alors du moment que je te plais, je ne suis point prude et je ferai toutes les avances.

Elle I'alUre a elle avec seg bras et lui posant ses paltes sur les 6paules, eUo lui

16che le nez.

BALANDARD

,Tu appelles ga un baiser, toi V mais c'est un coup d«

torchon, une lichade de chien. Attends I je vas te montrer,

11 la prend par les oreilles et lui donne un baisef. LA CHIMilRE.

Assez ! tu me troubles.. Parlons du po^te Anacr^on, dont ton ami Porel a besoin pour monter une pi^ce grecque au theatre de I'Od^on. II n'y a qu'un moyen de trouver cet Anacr^on, c'est d*aller le d^couvrir aux £nfere, ou il doit Stre comme paien d'abord et comme poete fort l^ger ensuite. Monte sur ma croupe et partons pour le pays de la fantaisie.

Coup de tam-tam.

SCfiNE V

LA Y£RIT£ DE LA FABLE, toute nue, un mirolr k la main «

Balandard! reil^chis avant de t'engager davantage avec la Ghim^re, folie fille de Timagination.

BALANDARD, a part.

Belie fille aussi celle-ci et sans aucun voile ! (Haat.) Que d^sirez-vous, mademoiselle?

LA VERITY.

Je suis la V^rit^, la Raison !

LA CHIMERE

Arrierel convention forg^e par les hommes!*Tu me traites de foUe, parce que tu ne peux pas me comprendre. II n'est pas un mortel qui puisse se passer de moi, tandis que Ton te ftiit comme ennuyeuso et maussade.

BALANDARD

Assez, mesdemoiselles. Vous pouvez vous disputer longtemps sans vous convaincre et sans convaincre personne. Je vous appr^cle toutes les deux.

Page 1