PROLOGUE
LE RLGISSEURy devant le rideau de manoBurre.
Mesdames et messieurs, la piece que nous allons avoir rhonueur de repr^seuter devant vous et qui a pour titre : Bakmdard aux Enfers, est ce qu'on appelait au moyen ftge, une Sotie, c'^tait un acte, un tableau ou une sc^ne qui faisait partie des mysteres,
jou6s par les confreres de la Passion. Ces farces satiriques, doot le directeur s'inlitulait le Prince des sots, ne respectaient alors^ sous le masque de Thespis, ni roi, ni diea, ni diable; c'esl pourquoi elles.furent inlerdites, par arrdt du parlement, sous le bon roi Francis I^', qui n'aimait pas k ^tre critique. Mais, bien avant le moyen Sge et la renaissance, Tantiquite avail d6}k mis en sc^ne et bafou^ sous le nom d*atellanesy les vices et les travers de ses dieux et . heros de la mythologie paienne. Aujourd'hui que les sots sont plus nombreux que jamais el qu'il est permis de toucher a toutes les religions pass^es, pr^sentes et futures, M. Balandard, qui n'est pas un sot, a cru bien faire, pour plaire a son public, pas plus sol que lui, de remettre en lumi^re avec les exigences de Fart moderne un fragment de ces mysteres dont la representation durait parfois toute la semaine sainte. Tranquillisez-vouSy nous n'en aurons que pour une heure au plus. L&-dessus, aimable compagnic, je vous souhaite joie el sante, et sollicite voire indulgence pour un jeune auteur.
Premier Tableau.
A droite, uno villa a contrevents verts avec v6randa et perron descendant tians un rarlerre de fleiirs. Caisses d'orangcrs. Jardin plants de massifs, ferm^ par une grille a travers laquelle on voit, au troisifeme plan, des arbres se d^coupanl sur un fond de lac et raontagnes. II fait jour, les oiseaux chantent, des herons passent et vont vers le lac. Au premier plan, un ruisseau dans les rocher^'
SCfiNE PREMIftRp
BALANDARD, en robe de chambre et coifT6 d'un bonnet grec
descend les marches du perron.
Voici le jour! Les oisillons gazouillent daiib les ramures des vieux chines, les herons au iong bee vont p^cher leur dejeuner matinal dans le lac de Foin-la- Folie. Heureux ceux dont toute Tambition esl de vivre de peu et d'etre contents de tout. Je suis devenu de ceux-lA, moi, Balandard, ne ici dans les bois, vlvant dans les bois, et devant mourir dans les bois. Ce n'est pas que j'y aie toujours v^cu, mais fatigue de la vie de Paris ou j'ai eu plus de d6boires et d'ennuis quo de profits et d'amusements, je reviens avec plaisir rospirer Fair salubre de mes montagnes. Et puis je deviens vieux, je grisonne; j'ai besoin de calme, car mes essais de mariage ou de collage n'ont pas M heureux. Je vis pourtant un peu seul, car, en fait de ftorapagnie, j'ai mon jardinier, une esp(?ce de sauvage qui plante les raves, la racine en Fair, et ma cuisini^re qui briMe tout jusqu'a sou tablier. Je ne suis gu^re derange par les indifferents ou les gen^ qui n'ont que du temps a perdre. (Aiiant et venam.) Que dit le clair ruisseau? II chante et murmure sur ses petits c.iilloux en attendant qu'il gronde et bouilionne I'hiyer. Perraets-moi de humer une gorgc^e de ta belie eau
' limpide. (u boiu) fionjour, graad ch^oe, mon vieux camarade. Qa'est-ce que tu dis ce matin? Rien, comme d*habitude. Tes feuilles s'^lendent pour absorber la ros^ matinale. Tu as soif comme moi? altends, je vais
te donner d boire. (U prend un arrosoir, puite d« Teaa et arrose
i« pied de Fariire.) Les montagDes sont roses, le del est clair, c'est signe de beau temps. Ah! voyons un pen o£i en sont mes choux? lis viennent bien. En voila deux qui pomment! Eh! gaillards! \ous vous conve-
nez li, aupr^S de Cette source. (On entend un coop de timbre
h la griua.) Allous, bon ! une visite? Je vais passer ua habit
II rentre dans la maison.