‹ Le théâtre des marionnettesChapitre 40 sur 135 · SCENE XIV · texte numérisé non relu

SCENE XIV

Les M^mes, dusifflet, puis GRATIN, MADAME GRATIN, FLORE, 0Nl6SIME.

JEAN, k Dasifflet.

Monsieur cherche quelque chose!

DUSIFFLET.

Oui... un papier que j*ai laiss^ toniber...

JEAN

Pas vous, mais madame Gratin.

SCfeNE TREIZI^:ME. 103

DUSIFFLET.

Qu'importcl

JEAN

II imporle, c*est une lettre?...

DUSIFFLETy inqaiel.

A peu pres... vous Tavez trouv6e.

JEAN

Oil), monsieur.

DUSIFFLET, de plus en plus inquiel.

Vous Tavez lue?

JEAN

Je ne sais pas lire, (a part) C'est pas vrai!...

DUSIFFLET, regpirant; k part.

Ouf! (Haut.) Rendez-la-moi...

Oh! non...

DUSIFFLET.

Commenl? oh! non...

JEAN

Je dis : Oh! non; oh! non.

DUSIFFLET, le prenant au colle«.

Auriez-vous la pretention de vous approprier mes papiers? (En fureur.) Rendez-moi qa.», voleur!...

LEDRU, s'interpoia It.

Doucement, monsieur! doucement! pas dc gros mots, pas de gestes!

GRATIN, tenant des bouteilles h la main.

Qu'est-ce qu'il y a?

JEAN, h part.

Et de deux '

MADAME GRATIN, sortant de la laaifon.

Quel tapage ! on se bat done chez moi?

JEAN, i part.

£t de trois!

FLORE, allant vers Ledru.

Une altercation?...

JEAN, h part.

Et de quatre !

ON^SIHE, 88 ligne a la moin.

C'est la voix de mon oncle !

JEAN, k part.

Cinq! nous sommes au complet...

DUSIFFLET, k Jean.

Donnez cetle lettre et cessons cette mauvaise plaisanterie...

JEAN

Elle ne fait que commencer!

DUSIFFLET.

Brigand! tu veux done...

JEAN

Je veux que vous en donniez lecture vous-m^me, lout haut. Vous le devez comme notaire et oflficier minisl^riel.

DUSIFFLET, le serrant de pr.'>s.

Donne, je la II rail

JEAN, m^flant.

Commencez par me Ificher...

DUSIFFLET, le Wchant

Animal! brute!

n va 8'asseoir.

Cest bien ! Soyez calme ! Asseyez-vous I

GRATIN

Jean!... m'expllquerez-vous le motif?...

SCftNE TREIZI6ME. 105

JEAN

Tout de suite! monsieur.

MADAME GRATIN

Enfin, de quo! s'agit-il?

JEAN, lui offrant ofl sifege.

Yous aussi, madam e, donnez-vous la peine : ce que M. Dusifflet va vous apprendre, va vous faire (lageoler.

FLORE, s'asseyant.

Oh veut-il en venir?

JEAN) d'un ton de command emenU

Formez le cercle ! comme on dit dans Tarm^e ! (iirant

una lellre de sa pocho.) VoDa!... (a Dasifflet.) Monsieur lo

notaire, veuillez en donner connaissance a la compagnie. (Bas.) Ne sautez rien... je la sais par coeur...

DUSIFFLET,

Tu ne sais pas lire, imbecile !

Imbecile ! J'ai dit Qa pour me ficher de tous. Liscz!

DUSIFFLET, h part.

Quelle situation pour un notaire! Si je m'en allais ..

11 fait mine de tourner les talons.

LEDRU, le prenant par le bras.

Rasseyez-vous done !

DUSIFFLET, se frotlant le bras; h part.

Quelle poigne! Une poigne de gendarme !... Allons !

je m'eX^CUte ! (Hant, n m d'une rolx tremblante.) Confi^ aUX

soins de Gaspard Dusifflet, mon notaire...

JEAN, k part.

C'^iait en bonnes mains...

DUSIFFLET.

C'est sign6 : « Thomas Labouture ».

MADAME GRATIN, h part.

C'est le testament qu'il m'a remis il y a un instant

lOG FUNKSTK OURLl.

et qui est totnbe de ma poche. Oh ! quellcs absurdcs poches on fait aujourd'hui ?

GRATIN, Inquiel.

Lisez done ! nom d'un petit bonhommc !

DUSIFFLET, lisaot.

« Ceci est mon testament ! »

GRATIN

Ah I quelle tuile ! -

MADAME GRATIN, ftp^rt.

C'esl blen qsi que j'ai perdu !

LEDRU

Tiens 1

FLORE

Vovons !

ONESIME

Hrin ?

DUSIFFLET.

Silence ! (iisant.) « Je legue tous mes bicns, meubles, immeubles, collections horticolos, argent monnay^, rentes sur r£tat, enfin tout ce que je possede a mon nUeul Horace Ledru, lequel j'ai, par acte notari^ et aux tfjrmes de la loi, adopte pour mon fils et auquel j 'enjoins d'ajouler a son nom celui de Labouture. »

FLORE, se levant et allant vers Ledru .

Mon coeur me le disait.

MADAME GRATIN, k Ledra.

Ce cher cousin !

GRATIN

Cest indigne ! c'est un faux testament.

Silence, il y a d'autres legs.

GRATIN

Ah !. . Vo}ons !

SCEXK TKEIZIEME. 107

DUSIFFLET, Unnt.

<K Jc legue une somme de dix miile francs a Jeaa Lafarciiiade, mon premier jardinier, pour le remercier de ses bons soins envers mes oignoDs comme envers moi-m€me. »

JEAN, l«s yeux au cM,

patron I... j'acceptc !

• DUSIFFLET.

Silence done ! On n'entend que vous ! (u^nt.) « Je legue a mademoiselle Flore Robichon, qui s'est loujours montr^ plut()t bien que mal a mon 4gard, uiiC rente viagero de douze cents francs que lui servira mon Ills, afin que le jour ou elle aura assez de ses pore et mere, elle puissc vivre honn^tement sans le secours de perwsonne. »

FLORE

Celait un brave homme!

DUSIFFLET.

Silence ! (usant.) « Je l^ue a ma cousine Euduxic Gratia, veuve Robichon, nee Labouture, dontje n'ai eu qu'a me louer ma vie durant, pour le jour dc sa fete et en souvenir de notre benne intelligence, un fagot d'epines. »

JEAN

Je me charge de vous le porter...

Taisez-vousI (Li«ant.) « Je legue A Polycarpe Gratin... »

G RAT IN

Ah ! voyons, qu'est-ce qu'il mc lalsse ?

DUSIFFLET.

Silence! (usant.) a La boKe qu^il a eu Thonneur de reccvoir quelque pari quand je Fai mis a la porte... de chez moi. »

JEAN

Je I'ai mise de cdt6, monsieur Gralin.

GRATIN

Gardez-la 1 (a jKirt.) U n'^tait pas besoin de rappeler ce fait. (Haul.) Notaire, continuez.

DUSIFFLET.

« Fait a la Tilia Labouture, le 15 octobre 1868. Sign^ : Thomas Labouture, horticulteur de premiere classe. s> (a on^sime.) Preuds ton chapeau et partons...

GRATIN, h part.

Si j'allais me pr^cipiter la t^te Ja premiere dans ma baignoire glacee... dans sa baignoire, veux-je dire...

0N£SIME, h madame Gratin.

Je ne voudrais pourtant pas m'en aller sans vous presenter mes compliments de condolence.

MADAME GRATIN, haassant lea 6paules.

Farceur !

0N£SIME, k part.

G'est la premiere fois qu*on m'appelle ainsi.

11 sort.

DUSIFFLET, nluanU

Mesdames, messieurs, je me retire.

JEAN> rarr6Unt.

Donnez le papier, donnez, joli notaire... je suis int6ress6 h ce qu*il reste intact...

DUSIFFLET, le lai remettanl.

Oh ! je ne tiens pas a votre clientele.

JEAN

Vous faites bicn de prendre les devants. — Serviteur!

DUSIFFLET.

Je vous repincerai, jardinier!...

JEAN

Filez doux, notaire, ou je dis k M. Gratin comment vous perdez les testaments au carambolage...

DUSIFFLET.

Taisez-vous, malheureuxl... usort.

SCfiNE QUATORZlfiME. 109

SCfiNE XIV GRATIN, MADAME GRATIN, LEDRU, FLORE.

GRATIN, i part.

Quelle d6gringolade !... il y a peut-^tre encore moyen de se raccrocher... (Amadame Gratin.) Eudoxie I

MADAME GRATIN

Soutiens-moi!... je vais me trouver mal...

GRATIN

Tout a rheure... nous n'avons pas le temps... Dis done, j'ai promis la main de Flore a rh^rltier de la couronne .

MADAME GRATIN

Tu as fait cela ?

GRATIN

Je Fai fait, et sans ta permission.

MADAME GRATIN

Tu grandis dans mon estirae!... J'approuve. (a part.) Brusquons la situation, (naut, t sa fine.) Flore !

FLORE

Maman !

MADAME GRATIN

Allons faire nos malles.

FLORE

Oh! pas encore, maman.

LEDRU, k madame Gratin.

Apr^s dejeuner, cousine... rien ne presse, nous avons a causer.

GRATIN, k Ledru.

Vous nou3 invitez !... Tu nous invites ?...

FLORE

Oui, papa, nous vous invitons...

110 FUNESTE OUBLL

MADAME GHATIN.

ChbiCD, et moi?...

LEDRU

Mais vous aussi, cousine, si vous ^tes Men sage. .

MADAME GRATIN, le regardsDt da coind^roeil; Apart.

U a unc bonne fa^n ce gar^on-ld (naat.) Tout depend de ce que vous entendez par sage?... Kst-ce de faire votre volont6 d tous deux ?

LEDRU

Vous avez devin^, belle-m^ie!

JEAN, k Ledni.

Vous vous engratinez?...

LEDRU

Flore m'eCit accepts quand j'6tais pauvre. La richesse ne m'a pas fait changer de sentiment pour elle.

JEAN

Au fait ! la conciliation vaut mieux ; mais vous me flanquerez papa et maman Gratin dehors, ou je refuse mon consentement. (a craun.) Monsieur ! rendez-moi los clefs, toutes les clefs...

GRATIN y les lui donnant.

Les voici, potentat !

JEAN

Le dejeuner doit ^tre froid I A table !

Rideau.

JOUEtS ET MYSTERES

Fantaisic en un ac!e, jouee pour la preml&rc fois, a Nohant,

le 18 juin 1871.

PERSONNAGES

ANSELME

HANS, marchand de jouet.

MARDOCH^E, vieux juif.

PAYKUL.

ANGRAMANYOU, genie.

WILHELMINE, fiUc de

Hanz.

LA BARONNE

La sc6ne se passe ^ Narcmberg, vers 1780

CHARLOTTE, safiUe.

D0R0TH16E, servante. LUNARIA, reine des pou-

p^es.

Compagnes de Lunaria.

Esprit et G^nies sous diverses

formes.

La boutique d'un marchand de jouets, a Nuremberg. — Au premier plan, k gauche du speciateur, une vitrine avec jouets en ^talage. — Au fond, la devantarc vitr^e avec porte au milieu ; de chaque cdt^, une vitrine avec jouets. — A droite du spectateur, un escalier (ournant montant au premier 6tage. Devant I'escalier, une table servie, avec deux converts et deux chaises. Jouets pendus ^ la muraille. — Au fond, derriere la devanturc de la boutique, la silhouelte de la ville de Nuremberg sur un ciel de nuit claire.

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