SCENE PREMlfiRE
Aa lever da rideau, HANS et WILHELMINE sont au fond de la boutique J ANSELME, au premier plan prfes de la tabb, mcttant lecoavert; puis DOROTHEE.
ANSELME
Cetait bien la peine d'avoir 6tudi6 deux ans a TUniversil6 d'Heidelberg, pour venir ici a Nuremberg, chcz M. Hanz, marchand de jouets, reroplir les fonctions
de commis de boutique et de scrviteur! II faut bien que ce soient rattraction magn^tique et ramitie que j'6prouve pour mademoiselle Wilhelmine, la fille du patron, qui m'aient atlire et retenu ici. Eile a de si jolis yeux bleus en amande et de si beaux cheveux blonds I Quand elle me regarde pour me donner un ordre, le coeur me bat si fort et le sang me bpurdonne tenement dans les orcilles, que je n'entends pas un mot de ce qu'elle dit. Quand je ne la vols pas; je trouve un tas de jolies choses a lui.dire. Des qu'elle parait, tout s*envole. Elle me fait peur et plaisir tout a la ibis. Oh I je n'oserai jamais lui dire que moi, le docteur Anselme, je me suis fait garden de boutique et son scrviteur!
DOROTHEE, apportant le potage.
Voila la soupe a la biere ! Eh bien, Anselme, qu*est-ce que vous faites la ? toujours a revasser 1 au lieu d'avertir le patron et mademoiselle ? On dirait que vous n'osez pas leur parler... (Aparu) 11 est gentil tout plein; mais il est niais ! Ah I qu'il est niais ! (Eiie va au rond.) Maitre Hans, votre souper est servi.
Elle sort.
SCfiNE II
HANS et WILHELMINE, Tenant sasseolr.
HANS
Anselme ! mon garden, voulez-voas tenir le comptoir pendant le souper?
ANSELME
Oui, monsieur Hans, avec plaisir.
HANS
Ne m'appelez done pas toujours monsieur ; je ne suis . pas un bourgeois, mais bien un artisan, autrefois
SCilNE DEUXifiME. 113
ouvrier en jouets, aujourd'hui marchand, comm'ercant ; appelez-moi maitre Hans... je ne suis pas fier, et s*il n'y avail pas tant de clientele a con tenter a la veille de Noel, je vous dirais : Asseyez-vous Ik et mangez avec nous.
ANSELM£
Oh! mattre Hans, je sais que jo ne dois pas...
WILHELMINE
Dimanche, nous fermerons le magasin, et nous irans nous promener a la campagne. Vous viendrez avec nous, Anselme, et nous dinerons tous ensemble a Tauberge de la « Pipe couronn^e ».
ANSELME
Oh I mademoiselle !... c'est trop d*honneur. Je ne sais... (Apart.) Je ne trouve rien d lui dire... je suis comme paralyse...
II va au fond.
HANS
C'est un bon jeune homme que cet Anselme.
WILHELMINE
Depuis. deux mois qu'il est ici, il a toujours montre un caracterc doux et soumis.
HANS
Et puis, il est instruit ; il parle poliment a la ciieniMe. Donne-moi encore de lasoupe... Bien... Et comme il n'est pas vilain gargon, les mamans et les pctites filles s'adressent plus volonliers d lui qu'd moi, un vieux laid.
WILHELMINE
II me parait bien timide!
HANS
Cest de son §ge.
lU JOUETS ET MYSTfiRES.
SCfiNE 111
LA BARONNE el CHARLOTTE, entranU
LA BARONNE
Bonsoir, monsieur Anselme ; avez-vous quelque jouet nouveau pour ma petite fiUe? Charlotte, regarde si quelque chose te plait.
CHARLOTTE
Ah I maman, je veux bien tout ce qu'il y a icL
LA BARONNE
Tout, c'est trop ! Monsieur Anselme, choisissez-moi quelque chose ; vous avez du goftt...
ANSELME
Madame, je ne sais trop : un manage... une belle poupee a ressorts...
CHARLOTTE
J'en ai deja quinze; je voudrais... un chasseur, pour le marier avec ma grande poupee.
ANSELME, lui presentant un jouet.
Voila, ma petite demoiselle...
CHARLOTTE
II n'est pas joli, ce monsieur-la, il n'cst pas a la mode, il n'a pas de queue.
ANSELME
II Ta perdue a la bataille.
LA BARONNE
Charlotte ! mieux vaut ce petit militairc ; il est joli, il ressemble h M. Anselme*
SCfiNE QUATRlfiME. 115
ANSELME
Ah ! madame^ il est mieux que moi,
LA BARONNE
Combien ?
ANSELME
Six thalers.
LA BARONNE
Les Yoici ! Ce jouet m'embarrasserait ; je vous le laisse. Apportez-le chez moi, ce soir.
WILHELMINB.
Aoselme! venez done; donnez-moi une asslette.
ANSELME
Oui^ mademoiselle.
WILHBLMINE.
Qu'est-ce que cette dame vous disait ?
ANSELME
Do lui porter un militaire en bois i domicile.
WILHELMINB.
Vous n'^les point ici pour faire les courses • (a u baronne.) Madame, je vous enverrai le paquet par ma cuisiniere.
LA BARONNE
Je Temporterai bien moi-mfime. Bonsoir 1
Elle preud le joaet et sort.
SCfiNE IV
Le FILS DU CONSEILLER PAYKUL, entrant.
PAYKUL.
Enchante, monsieur Hans, de vous rencontrer...
116 JOUETS ET MYSTfeRES.
HANS, 86 levanU
Ah! c'est M. Paykul, le fils du conseiller*
ANSELHE, h part.
Encore ce jeune mirliflor! II vient bien souvont depuis quelque temps.
PAYKUL.
Mademoiselle Wilhelmine, vous m'avcz manifesto Tautre jour le d^sir d'aller d la com^die, el je me suis procure des billets. d'enWe pour ce soir.
WILHELMINE
Ah! vous ^tes bien aimable, monsieur Paykul !
PAYKUL.
Mademoiselle, du moment que vous 6tes contente, je suis paye de mes peines.
ANSELME, k part.
Voila ce que je ne saurai jamais dire. Cest egal, il m'ennuie, ce monsieur.
WILHELMINE
Alors, nous irons ce soir... Mon papa, d^pechonsnous de souper.
HANS
Qui, d^p^chons-nous, pour ne pas faire atlcndre M. Paykul.
PAYKUL.
Je vous laisse, et j'aurai Thonneur de revenir vous prendre avec ma voiture.
HANS
Vous 6tes trop aimable, nous irons bien a pied.
PAYKUL.
Non pas ! non pas ! a tout a Theure.
n sort.
SCfiNE SIXifiME. 117
SCfiNE V
LeS M^MES, moins PAYKUL.
HANSy so raaseyanU
Wilhelmine, as-tu encore de la soupe?
W'lLHELMINE.
Non, mon pere. (Appelant.) Doroth^e !
DOROTH^E, apportant un plat.
Me voici, mademoiselle.
HANS
Qu'apportez-vous Id, jeuno cuisini^re ?
DOROTH^E.
De la choucroule avec des saucisses de FraHcfor faites^^chez le charculier du coin.
HANS
Cest parfait !
DOROTHl^E.
Yous n'avez guere laiss6 de soupe.