SG&NE NEUVI&ME
C'est vrai qu'elles ont Fair de petites personnes, comme le remarquait mademoiselle Wilhelmine. Sont-elles jolies! elles sonl plus jolies que Dorolh^, et mSme que Wilhelmine. Ce vieux juif a dit qu'elles venaient de la lune... ce n'est pas impossible : la lune 6tant beaucoup plus petite que la terre, ses habitants sont^ par consequeut, beaucoup plus petits que nous... Mais il n'y a done que des femmes dans la lune ? — Si cela est, nous devrions les entendre jacasser d'icil — Que celle-ci est belle 1 elle a de vrais cheveux, de vrais oils... quelle jolie taille!... Ce qui est singulier, c'est qu'elles ont toutes les yeux fermes. Elles dorment, bien sCir. Je vais leur faire un beau lit de coton blanc et les ranger les unes a c6t6 des autres... et puis leur metlre un beau petit couvre-pied ouat6, pour qu'elles n'aient pas froid... Voila, mesdames!... Quant a celleci, ce doit 6tre leur reine... j'ai Id un petit lit en or, avec des rideaux de gaze rose. Elle y sera tr^s bien... Voila la couverture faite ! Madame la reine, veuillez vous coucher... je vais vous border... On dirait qu'elle sourit .. c'est qu'elle estcontente. Faut-il vous raconter une histoire pour vous endormir?... Que je suis bSte !..» elle dort bien trop ! £st-ce dommage qu'elle soit si petite !... Madame la reine, je vous souhaitele bonsoir... dormez bien... faites de jolis rSves. Vous 6tes si jolie que je vous demande la permission de vous embrasser. (n embra«se la poup^e.) C'est siugulicr ! il m'a semble qn'elle avait la peaumoite ! Mais elle ouvre les yeux!...
Elle remue les levres 1 (U prend an flambeau et I'approche de la
ponpte.) Que je suis sot! C'est le tremblotement de la iumiere ! Bonsoir, madame la reine des lunatiques. (dix henres loanent.) D6ja dix hcures I Et Wilhelmine qui ne r^ntre pas! £st-ce qu'elle prendrait plaisir dans la compagnie de ce M. Paykul? II est bien laid !... Pourquoi Dorothee m'a-t-elle dit qu'elle m'apprendrait bien des
124 JOUETS ET MYSTfiRES.
choses que je ne sais pas?... Si j'allais la relrouver? Elle me parlerait de Wilhelmine. Je saurais... Mais non !... qu'elle garde ses secrets, des m^chancetes, bien stir! J'altendrai M. et -pademoiselle Hans, Id, sur cette chaise.
U s'assied et s'endort.
SGfiNE X
Musique douce alia nt en crescendo. La lune se leve et monle dans le ciel. — La reine des poup^es s'^veille.
LA REINE
Un souffle embrase a passe sur moi... De douccs paroles out charm6 mon oreille. Un baiser 6norme a effleure ma joue... Mes sens me sont rendus. Jereviens d » la vie !... Mes soeurs, mes compagnes, eveillez-vous, secouez I'engourdissement ! Que renchanlement se dissipe !
LES P0UP£ES, en choeur.
Qui nous a conduites ici?
LA REINE
Qui ? je rignore I Mais celui qui nous a rendu la vie, je le sais ; c'e^t Ttilre qui repose Ik.
Elle 'va yers Anselme.
LES POUPfiES,
Ah ! qu'il est gros et grand !
LA REINE
Ne craignez rien! 11 estdouxetbon; jevais T^veiller, et 11 nous aidera a sortir d'lci
Elle grimpe sur Anselme.
LES POUPEES.
Quel courage ! quelle audace !
SCfeNE DIXiftME. 125
LA REINE
Son nez est un antre profond d*ou sort un vent semblable d Faquilon. Son oreille estcomme la gueuled'un cratere ! (a Anseime,) Gros habilanl de la terre, eveille-toi !
ANSEL ME, B'^reillant.
Hein? qu'est-ce que c'est? une souris?...
LA REINE
Non, je suis L u naria .
ANSELME
Ah ! la reine des poiip^es ! Et toutes les autres pelites Id-bas ? Vous n'etiez done pas bien conchies ?
LA REINE
Si faif, et je te remercie des soinsque tu as euspour moi et mes compagnes ; mais, puisque tu as commence d nous aider, il faut que tu allies jusqu'au bout : 51 faut que tu nous d^livres.
ANSELME
Vous delivrer I Et de quo!, mesdames ?
LA REINE
Comment t'appelles-tu, et que fais-tu?
ANSELME
Je m'appelie Anselme; je garde et je vends les poupees en Tabsence du mailre.
LA REINE
Eh bien, puisque tu es noire gardien, tu te laisseras flechir, et tu ne nous vendras pas comme de vils esclaves. Tu auras piti6 de moi et de mes compagnes... Tu nous aideras d retourner dans la lune,
Dans la lune? En arrivez-vous roellement?
1^ JOUETS ET MYSTfiRES
LA REINE
Sans aucuQ doutc.
ANSELME
Et comment ? 11 n*y a pas de moyen de communication entre la terre et la lune.
LA REINE
Pour vous autres terriens, peut-^tre. Votre intelligence, vos sens, votre savoir sont encore trop obtus. Mais nous autres^ lunarlennes, nous avons trouv6 les moyens de voguer dans Fair autour de notre globe, ficoule ce qui nous est arrive. J'avais projete, avec une centaine de mes compagnes, d'aller rendre visite a une reine de mes amies, qui demeure dans le cratere du plus haut volcan de la lune. Faire Tascension des montagnes chez nous est long et p^nible, le chemin de Tair est bien plus aise. Je fretai done quelques nefs aeriennes ; mais notre flottille s'61eva un pen plus haut que d'habitude, sans que nous y prissions garde. Bient6t, nous fiimes entraines par un violent courant contraire. Nous nous elevftmes plus haut pour ne pas chavirer; mais la tourmente nous entratna si haut, si haut, que nous entr^mes dans le courant terrestre qui nous emporta sur voire globe. Nous avons dA ^chouer non loin d'ici. Mais Angramanyou, le genie des feux souterrains, jaloux de noire presence sur son globe, a disperse notre flotle aerienne comme nous touchions terre. Les unos se sont cass6es en tombant sur lo sol, les autres se sont noy^es en tombant dans les profoiideurs de la mer. Enfin, de toutes mes compagnes, je n'en retrouve que six intactes, et encore... Celle-ci n'a plus de pieds, et ceUe-la a perdu ses mains.
Pardon, madame, mais vous parlez toujours de vos compagnes... Vous n'avez done pas de compagnons chez vous?