SCENE XI
ANGRAMANYOU, apparaissam .
ANSELME
Je ne croyais pas a I'existence des genies souterrains, et pourtant, celui-ci n'a riea d'humain... Voyons! voyons! je ne r6\e pas!... Rappelons ma raison qui semble vouloir s*envoler... (au g6nie.) Monsieur, votre plaisanterie est mauvaise ! D'abord, elle est connue ; c'est toujours comme ga que le diable apparait au th^Stre. Et comme vous ne pouvez pas 6tre messer Satan, dont nous avons fait justice depuis longtemps en AUemagne, vous n'eles qu'un mauvais farceur qui rlsquez fort de meltre le feu a la maison de M. Hans. Rentrez dans la cave, s'il vous plait, et refermez la trappe sur vous, ou, aussi vrai que je m'appelle Anselme, je vous flanque une vol6e de coups de raanche a balai dont vous vous souviendrez !
LE G^NIE
Morlel ! je n'ai pas affaire a toi... Moderc-toi ; ne sois pas si prompt d la colere.,. R6fl6chis avant de t'adresser au pere du feu. Au lieu de m'adresser des injures, tu devrais te prosterner devant moi et me remercier du bien que je te fais tons les jours.
ANSELME
Et comment ga, abominable farceur?
SC6NE ONZlftME. 129
LE GENIE
Crois-tu que, sans moi, le feu souterrain, ta m^rc la terre ne serait pas morte depuis longtemps ?
ANSELME
C'est-k-dire que vous lui rongez les entrailles incessamment, et que vous faites tout ce que vous pouvez pour lui fissurer la peau. Sans les trente-deux atmospheres qui la maintiennont et vous emp^chent de prendre vos ^bals, vous nous enverriez tous sauler dans Tespace. Eclater : voila voire but I
LE GENIE
Tes propos me surprennent. Vraiment, Thomme commence & raisonner et a savoir autant que nous aulres.
Bient6t il sera ton maitre. La force intellectueile i'emportera sur la force brutale. L*esprit vaincra la matl^re !
LE GENIE
Fils du singe ! fais un pas en arriere pour savoir d'oii tuviens.
ANSELME
Fils du feu ! je ne veux point ergoter avec toi ! tu m'ennuies. Je vais te renvoyer dans ton noyau central avec... un baquet d*eau sur la t6te.
LE GENIE
De Teau ! je ne Taime pas. Non, iie fais pas cela ! Je vais m*en aller; mais j'ai une grdce a te demander.
ANSELME
£tre inconscient, parle vite et va-t'en ! Ta chaleur commence a faire f^ndre les boiseries.
130 JOUETS ET MYSTfeRES.
LE GENIE
Des 6tres qui ne sont point de ma planete sont dcscendus sur la terre...
ANSELME
Qu'est-ce que cela peut te faire ?
LE GENIE
Je Grains Tunion de leur intelligence lunaire avec celle du terrien. Si tu n'avais pas d6ja 6t6 on communicalion avec eux, tu ne me parlerais pas si hardiment.
Et que veux-tu faire de ces lunariennes ?
LE GENIE
D^truire ce qu'il en reste sur la terre.
ANSELME
Et quand tu les auras, tu t'en iras ?
LE Gl^NIE.
Oui.
ANSELME, h part..
II est Mle! Jouons au plus fin. (Haut.) Eh bien! je vais le livrer celles que j'ai en mon pouvoir... car, aussi bien, ces petits 6lres, avec leurs billeves^es, me rendraient lunatique.
LE Gl^NIE.
Cost certain ; Tesprit humain doit rester dans une douce obscurity. La m^diocrit^, mon cher, il n'y a que Qa!
ANSELME, allant chercher iin paquet de bonshomnies en carton j penda
aa mur.
Tiens ! prends-les ; je le les livre.
SCfiNE DOUZlfeME. 131
LE GENIE
Que ces lanariens soient d6truits! A la fournaisel
(u L>fl jettedans les flammes qui tortent da plancher.) Et VOUS, CSpritS
errants des t^n^bres, larves et marouts, prenez toute forme h votre conveoance ! Veillez autoar de ce tcrrien, et guettez tout lunariea q'ji s'en approchera. Qu'ils soient detruitsi qu'ils soient readus au n^antl
ANSELME
Neaot!... Un mot qui Q*a pas de sens. D^cid^ment, Angramanyou, tu n'es pas fort !
LE GIBNIE.
Mon nom !... li salt mon nom !..• Adieu 1...
II disparalt. Flammes et tam-tam.
SCfiNE XII
ANSELME
Tu n*es pas bien 61ev6 non plus, car tu ne m'as pas seulement dit merci. (aiu poap«es.) Mesdames, prenez un peu d'air; revenez de votre frayeur,
LA REINE, & sea compagnea.
Remercions Anselme pour nous avoir sauvi^es.
On enlend une masique douce ; lea poap^s dansent, et donnent un ballet a Anselme qui, peu h peu, se met t danger avec dies. Husique. Des araignSes monstrueuaes desceodent du plafond.
LES POUP^ES^ ^pourant^es, Cenftayant de toua cdtes en crlant.
Lcs monstres! Ics monslres!
La reine grimpe aprte Anselme, qui la met dans sa pochc et se .lient a Tecart. CHOKUR DES ARAIGN^ES.
Filles de la nuit et de la pousslere, tendons nos His, mes soeurs ! Partout des ills, des fils, a nous les mouches, les moucbes aux ailes d'or, k nous les petiles
132 JOUETS ET MYSTfiRES. *
habitaates de Fair, a nous les poup(^es de la lune!... Mangeons-Ies ! mangeons-les ! mangeons-les !
Quelques petites poupdes sont prises et emport^cs par les araign^s. ANSELME, coarant k leuf secours.
Un plumeau! une t^te de loup! un balai!... Si j'6voquais les esprits, moi aussi? Ge n'est pas impossible a Tintelligence humaine, Swedenborg Ta dit. « A moi les mediums, k moi les esprits de la lumifere, de Tordre et de la logique! je suis 6vocaleur! » Venez, esprits errants de la nature et de la civilisation! venez rev^tir vos formes primordiales! chassez les monstres fils de I'igHorance et des ten^bres!...
On entend dans Tair : « Nous voiU! noas ToiU! nous voiUi! »