‹ Le théâtre des marionnettesChapitre 5 sur 135 · LE FACTEUR · texte numérisé non relu

LE FACTEUR

Je n'en sals rien.

FRITURIN, aTecwn mhtn*

Voulez-vous permettre ? Donnez-moi le pied. Allons I Haut le pied I

LE FAGTEUR, i part.

Qu'est-ce qu'il a ce matin? (Haut.) Si ga yous amuse, faites.

FRITURIN.

Qui, ^a m'amuse beaucoup ! (ii mesnre.) Trente>trois, des clous, des cors, c'est bien ga I (a part.) J'en tiens d^}k un I (Haut.) Ah I farceur, vous vous permettez de briser mes fleurs et d'en conter d ma fille I...

BIDET

Je Favoue, monsieur Friturin ; mais je suis pr^t a r^parer le tort que j'ai pu porter cL la reputation de mademoiselle Doroth^e.

FRITURIN.

Je crois bien I De simple facteur devenir aubergiste ayec une belle clientMe.

BIDET, railleur.

Oh ! la clientele...

FRITURIN.

Pr6tendez-vous m^caniser mon hdtel I Tenez, voila une malle, direz-vous encore que je n'ai jamais de voyageurs...

BIDET

Une malle I C'est ma foi vrai ! (a part.) Elle est d. lui, c'est de la reclame, (eant.) Enfin, monsieur Friturin, j'esp^re que ma demande yous agr^e.

FRITURIN.

J'en suis d^sol^, facteur, mais votre demande vient trop tard. J'ai une proposition ant^eure qui me con- Yient mieux.'

SCfiNE SIXifiME. 11

BIDET

Je sais, monsieur raubergiste, je sais...

Qu'est-ce que vous savez ?

BIDET

J'avoue que je n'y croyais pas...

FRITURIN.

A quoi? Expllquez-vous done, vous connaissez mon futur gendre?

BIDET

Votre domestique, oui.

FRITURIN.

Mon domestique n'a rien & voir la dedans...

BIDET

Je vous demande pardon, et je suis d m^me de vous prouver que vous nourrissez un serpent dans votre sein, et que votre domestique n'est autre que M. Arthur Graboyos, flAtisle au th^ftlre de Jeu-Maloches, qui va tous les matins sous la feo^tre de votre fille jouer du flageolet*

FRITURIN.

Jouer du flageolet... C'^tait done lui ! Je me demandais aussi quel ^tait le fifre qui habitait dans mon voisinage.

BIDET

G*est lui : un galopin sans le sou, qui passe les nuits dans les Isranclies de votre arbre h jouer du flageolet. Je vous avertis de le flanquer a la porte... s'il n'est pas d^jd trop tard.

FRITURIN, h part.

J'en tiens un autre!... (tiaut.) C'est lui qui pi^tine aussi mon honneur!... Mais non! Vous me trompez,

facteur, il ne mesure pas trente-cinq, il n'a pas de taloQs !...

, B}T>ET , allant prendre les chaussures de Friturin et les lui presenlan I.

Et Qa?

FRITURIN.

^a, c'est h moi ! .

BIDET

C'est a voiis et a lui aussi.

FRITURIN.

Comment! il oserait abuser de mes pieds? (n place un ae ses souiiers 8ur une des pistes.) C'est irrefutable. perversUo humaine I

BIDET

fites-vous convaincu?

FRITURIN.

Oui.

BIDET

Et acceptez-vous ma demande ?

FRITURIN.

Yous repasserez,.. je veux r^flechirl

BIDET

C'est trop juste...

n soct.

SCfiNE VII FRITURIN, ARTHUR.

ARTHUR, ouTrant la malle.

(a part.) Uq bon type de voyageur, qui me dit de lui mooter tout ce qu'll y a dans sa malle... une provision d'^pices pour la noce... LC fait est que... (U d^balle et

(^teniae.) ga sout le polvre !

SCfiNE SEPTI6ME. 13

FRITDRIN.

A tes souhaits !

ARTHUR

Merci, patron.

FRITURIN, h pari.

Je vas fen donner dii patron, tout d Theure... (Haul.) Oil done as-tu mis mes souliers?

ARTHUR

lis sonl Id, patron.

II les lui donne.

FRITURIN, a part.

II y eu a un encore tout crott^. (uaut, avec ironie.) Jc net'ai jamais rien donne... je veux to faire cadeau de mes souliers s'ils te vont... mets-les done.

ARTHUR, m^fiont; a pari.

Est-ce qu'il serait assez malin pour avoir decouvert...

(Haut.) (n die ses chaussons.) Ils SOTOnt beauCOUp Irop

grands pour moi.

FRITURIN.

Garde tes chaussons, ils seront jusles. D'ailleurs, ce n'est pas la premiere fois que tu les portos.

ARTHUR

Jamais... je ne me permettrais pas.

FRITURIN.

lafdme menteur!,.. Je sals tout I

ARTHUR, & part.

Eh bien, volld du proprel (Haat.) Si vous savez tout... pardonnez>nous et mariez-nous...

FRITURIN.

Ah ! tu en conviens... Arthur Graboyos. Eh bien, sache que jamais un fldteur n'entrera dans ma familie! En attendant, rends-moi mes souliers!

ART HUB 9 6t«nt les gouliers.

Les voila, vos souliers! puisque vous reprenez ce que vous donnez!

Tu ne les m^rites pas! Se servir des pieds d'un p^re pour s^duire sa fiUe, c'est le comble de Tignominie. Je te defends de jamais remettre tes savates dans mes souliers pour pi^tiner ma fille et dishonorer mcs girofl^es... Non ! Je me trompe. Enfin, tu comprends...

ARTHUR

Ah I vous files un pere irrit^, je le vois; mais c'est votre faute.

FRITURIN.

G'est moi qui ai tort, k present.

ARTHUR

Qui! J'aime Doroth6e... elle m'aime, nous nous aimons, nous voulons nous marier et cela sera malgrd vous... Nous attendrons votre mort, s'il le faut. Vous n'avez pas la pretention d'etre 6temel, je pense !

FRITURIN.

Je veux vivre cent sept ans pour vous faire enrager. Quant a Dorothee, tu ne I'auras jamais. Sors de chez moil

ARTHUR

Votre maison est une auberge; j'ai le droit d'y rester, si cela me plait.

FRITURIN.

En y faisant de la consommation ; je ne did pas, mais tu n'as pas le sou.

ARTHUR

J'ai un oncle en Am6rique, je serai riche un jour.

SGl&NE SBPTI&ME. 15

FRITURIN.

Je connais cette blague-Id, je ne coupe pas dedans J*eQ ai eu trois oncles d'Am^rique qui sont tous morts sur la paille.

ARTHUR

Payez-moi mes gages... Yous medevez quinze jours...

FRITURIN.

QuiDze jours de flageolet... Ne me rappelle pas tes turpitudes ou malheur & toi I

II brandit les souliMrs qu'il tl«nt et le menace. ARTHUR, flftremenU

Frappez, si tous Tosez I Mes gages ?

FRITURIN, lai allongeant nn eoap de pied aa derrifere.

Yoici un acompte I Qa m'a fait du bien.

ARTHUR

Pas moi I Je yous tiens quitte du reste.

FRITURIN.

Passe devant I

ARTHUR

C'est que... je n'en veux plus !

FRITURIN.

Passe ou je recommence, (ii le frappe.) Tiens I

C'est bien! Je sais ce qu'il me reste A faire...

n prend son flageolet et sort en Jonant : Partant pow la Syria,

SCfiNE VIII

FRITURIN.

Qu'est-ce qu'il lui reste k faire? Me faire assigner pour coups et blessures ? M'envoyer un huissier pour me faire payer ses gages?... Enlever ma fille, peutetre!... Si je i'appelais pour Ten avertir?... Non! Elle y consenlirait peut-^tre... Mon Dieu ! que je suis perplexe! Si je les raariais?... Pour en finir?... Non, jamais ce Graboyos ne me qualifiera de beau-pere ! C'est que Doroth^e, si tout ga s'6bruite en ville, ne va plus etre facile a placer... Et ce M. Chandelle qui devait venir me parler de son neveu... U ne se presse pas, lui ! C/est mon dernier espoir. Apres, je ne vois plus que le facteur... un ambitieux avec de trfes modestes appoinlements... (Regardant k terre.) Eucorc uuc nouvellc pistc!... (n mesuro.) Viugt-huit ! pied ordinaire... (n suit la pisie.) Celui-M se dirige vers rh6tel... Oh ! oh ! ils sont deux ! Tun vient, Tautre s'en va, mal chausse celui-la !... Ah! mais, c'est done tout un regiment !... Alors, je n'ai plus que Temban'as du choix ! Je vais consulter mon notaire.

11 sort,

SCfiNE IX

ARTHUR* degaiid en coislnler, ane letire ft la main*

J*ai trouv6 un moyen ing^nieux de me glisser aupr5s de ma bien-aim^e... J'ai mis una perruque, ras^ mes moustaches, pris la veste et le bonnet de cuisine du p^re Friturin. II s'agit d'altendre la nuit et d'averlir Dorothee de mes projels. Comment lui faire tenir ma lettre?... Ma foi! sur sa fen^tre!... (ii pose la letire.) On

vient! Ou me Cacher? (Voyant la malle de Chandelle.) Ah!

SCfeNE DIXifiME. i7

cette malle! c'est le del qui me Tenvoie... EUe ne ferine pas!... (n roarre.) Elle est enorme !...

II ee met dans la ma'le.

SCfiNE X

BIDET, ARTHUR, dans la rnalU.

BIDET

^ M. Friturin doit avoir assez r6flechi... (n ra Tcm u

fenfire de DorolhSe et regarde.) Elle est Id ! (Voyant la lettro d* Arthur.) un billet doux... et pas affranchi... Ah ! on floue radministralion des postes !

U 8*en empare.

ARTHUR, lerant le couyercle et sorlant sa t6t«.

Lai$sez 9a!... cette lettre est de moi.

BIDET, h part.

Un marmiton ! Encore un rival !

ARTHUR

Laissez done cette lettre! Elle est h. moi.

BIDET

Vous ne vous appelez pas mademoiselle Friturin, je suppo^... Vous etes en contravention... (n appuie sur le couvercie el I'enferme.) Rcstcz la! je rcviendrai apres ma lourn(§e vous assigner en faux colportage!... (a \-m,) J'esp^re bien qu'il va ^touffer la-dedans !

SCfiNE XI

FRITURIN, BIDET, ARTHUR, dans la malle.

FRITURIN.

Que voulez-vous encore, facteur ?

18 liE FLAGEOLET.

BIDET

Je voudrais bien vous demander le r6$ultat de vos reflexions; mais, en y r^fl^chissant aussi, je commence k trouver que nous sommes trop nombreiix.

FRITURIN.

Que voulez-vous dire?

BIDET

Cette lettre d'amour tous en apprendra plus long que . tout ce que je soupQonne.

FRITURIN, prenant la lettre.

Donnez !

BIDET

Eile n'est pas afTranchie, c'est trente centimes.

FRITURIN, rendant la lettre.

Je la refuse.

BIDET

Trop tard! Vous Tavez prise.

FRITURIN, prenant la lettre.

Je VOUS les devrai... (a part.) toute ma vie. (naut.) Bonjour!...

Page 1