LE FACTEUR
Au revoir, monsieur Friturin.
II Bort.
SCfiNE XII ■ FRITURIN, UHBt, pnu DOROTH^E; ARTHUR, dans
la malle.
FRITURIN.
cc Puisque ton p^re me defend... (a part.) Tiens, ce n'est pas pour moi... (ii m radrene.) Mademoiselle Doroth^e Friturin... ma lillel Quel est le polisson qui se
SGfiNE DOUZlfiME. 19
permet de la tutoyer?... (n m.) Sign^: ton Arthur!... (a part.) son Arthur!.., Encore luil toujours luil Gaiopinl
YoyonS ! qu'est-Ce qu'il dit ? (ll Ut, DorolMe entre et tomte.)
cPuisque ton p^re me defend I'entr^e de sa gargote!... (a part.) Gargote I Impertinent!... (n m.) ...et qu'il faut pour ton honheur et le mien que nous nous mariions, je te propose un enlevement, (a part.) C'est le seul moyen ; j'y avals d6j4 song^... (n ut.) Je p(^n^trerai prfes de toi sous un d^guisement fallacieux... (a part.) Fallacieux!... qu'est-ce que ga Teut dire?.., C'est un ordre, nn costume stranger, (n m.) ...afin d*^chapperala vigilaDce pa* temelle. Le coeur ne trompe pas, et toi seule sauras bien me reconnaitre la nuit venue; nous fuirons ensemble. Ton Arthur. »
DOROTH^E, k part.
Oh! oui...
On croit me tromper... mais... je veillerai jour et nuit... je vais charger ma vieille carabine, et malheur a toi, Graboyos!... (voyant Dorotwe.) Qu'est-ce que lu fais la?
DOROTHl^E.
J'allais sortir... faire les provisions.
FRITURIN.
Je te defends de sortir, d'approcher de qui que ce soit... sans ma permission.
DOROTH^E.
Alors nous allons^ mourir de faim. Je vous pr6viens qu'il n*y a rien pour dejeuner.
FRITURIN.
Jlrai moi-m6me... rentre chez toi. Pas de r^pliquel
II sort.
SCfiNE XI1[
ARTHUR, dans la malle; DOROTHEE,
pui. CHANDELLE.
DOKOTUtE.
Ah ! raon pere s'empare de mes lettres* il viole le secret de mes amours, c'est bien mal... Si je n*6tais pas arrivee a temps, je n'aurais pas su... qu'Arthur p^netrerait ici sous un d6guisement... (voyant Chandeiie
sur la porta de Taaberge.) C'est probablement lui I Oui, 11
me semble reconnaitre ses trails sous cette perruque... Comme il est bien grime !... On dirait son p^re ou son oncle ou quelqu'un des siens. (Eiie rappeiie.) Psitt! Psitt !
CHANDELLE, «tonn6.
Hein?
DaBOTHI^E.
Le coeur ne Irompe pas... Je te reconnais bien... Viens done ici! Mon p^re m'a enferm6e, mais par la fen^tre^ nous pourrons causer.
CHANDELLE, & part.
Je ne m'attendais pas a une aventure de balcon.
II va vers la fonctre.
DOROTHEE.
As-tu bien reflechi a ce que tu me proposes?... C'est bien effrayant pour moi. Un mariage honn^te, je cpmprends ga ; mais 6tre enlev6e en Fair comme un Nadar, j'en ai le vertige.
CHANDELLE
N'6tes-vous pas mademoiselle Friturin?
DOROTHEE.
Inutile de feindre, nous sommes seuls, embrassemoi, tutoie-moi, n'aie pas peur.
SCfiNE TREIZI6ME. 11
CHANDELLEy I'embrassant.
Je veux bien ! Eh bien, qu*en penses-tu?
DOROTHl^E.
Que tu es parfait ! Dis done, mon p^re a surpris U lettre...
CHANDELLE
Tu veux dire que ma lettre I'a surpris.
DOROTHfiE.
II est furieux!
CHANDELLE
Je lui avals pourtant pr^sente ma demande bien poliment... et j'esp^re que le garden ne te d^plaira pas...
DOROTHI^E.
Le gar^on! Quel garden ?... Un gargon d'auberge pour te remplacer...
CHANDELLE
Je ne comprends plus !
doroth]6e.
NI moi non plus... Yous n'^tes done pas Arthur?
CHANDELLE
Arthur? C'est le nom de mon neveu... Vous 6tes pourtant au courant de Tafifaire?
DOROTHl^E.
Non I
CHANDELLE
Votre p^re est par trop discret... II faut que vous sachiez... car vous ^tes une des parties int6ressees. II s'agit d'un mariage pour vous avec mon neveu Arthur Chandelle.
DOROTH^E.
Arthur Chandelle 1... jamais I J'ai donn6 mon coeur a Graboyos.
CHANDELLE
Graboyos^ connais pas!
SCfiNE XIV
FRITURIN, LES PRIBGEDENTS.
FRITURIN, k part.
. C'est lui! II cause avec ma fille! lis s'entendeiit... (a Dorothto.) £st-ce ainsi que tu m'ob^is ? Je f ai d6fendu de parler avec qui que ce soit. (a Ghand«iia.) £t toi^ espece de galopin, tu fes ras6 la moustache^ mais oa ne me trompe pas. Tu t'es mis en fallacieuxw.
CHANDELLE, & part.
C'est un fou I Ne le contrarions pas... J'ai bien fait de vouloir connaitre la famille avant de m*avancer davantage. (Hint.) Qui, mon cher monsieur Friturin..« tout ce que vous voudrez...
FRITURIN, Airi«ttx.
Inutile de changer ton organe.
CHANDELLE, k part.
II commence a m'ennuyer.
FRITURIN*
Je t*avais interdit Tenir^e de mon hdtel, tu n'en tiens pas compte... Sors d*ici avant que je me mette
en colore, (n le prend par une oreUle«) A la portC 1 CHANDELLE^ se rebiffani ; it part.
Ah ! mais... il m*ennuie tout & fait I (n lai doone un croc en jambe.) Laisscz-moi donc tranquiile, idiot.
FRITURINy par terra.
Ah I tu VeuX m'assassiner ?•«. (n se reUire et Ure ion coateau de cniaine de sa gaine.) Eh bien, tU VaS mOUrlrl...
Pais ta pri^re !•••
sg£:ne quinziiKhe. 23
CHANDELLEy tirant uo reyolrer de sa poeh« at aJatUiK Frtiurln.
Ne bougez pas ou je fais feu 1
On entend on air de flageolal joaant la MarMiUaite, D0R0TH1&E.
Cetle fiate ! G*est lull Arthur !
FRITURIN^ rengainant son couteaa,
Mais alors, vous n'^tes pas ce Graboyos detestable... Monsieur^ je vous prie d'ezcuser un mouvement do vivacity. (▲ pari.) J*kais sur le chemin du bagnc... sans cette fiCite I
CUANDELLE. a parU
lis sont gentils, les bons soins pour les voyageurs, au Yeau qui desire... Fiez-vous done aux guides!
ARTHUR; dans sa malle.
Ouvrez! au nom de la loi!
Mais qui done invoque la justice? (a Bidet qui enire.) £st-ce vous, facteur?
SCfiNE XV
BIDET, LES Pr^c^dents.
BIDET
Non ! Mais j'aul*ais pu le faire..« G'est assez d'un crime...
FRITURIN.
Un crime 1
DOROTH^E.
Un crime I
CHANBELLE, k parU
Ge fou aura d6jd tu^ quelqu'un.
BIDET, ourrant la malle.
Voyez! un cadavrel celui d'un aide marmiton... il palpite encore, mais il n*en vaut guere mieux. li y a Ik meurtre avec premeditation... (Bas, k Fritarin.) Je me tairai si vous consentez a me donner la main de votre fille.
FRITURIN, .
Mais, je ne suis pas coupable... je ne connais pas ce gdte-sauce...
DOROTHfiE.
Je le reconnais^moi! c'est Arthur!
ARTHUR, aernuant.
Trop de poivre!
II g'asBied sur le bord de la malle.
CHANDELLE
II en sera reste!... Dites-moi, qu'avez-vous fait de ma provision d*epices?
ARTHUR
Monsieur, j'allais vous la porter quand j'ai ^te mis a la porte par mon patron.
CHANDELLE
Et que faisiez- vous dans ma malle?
ARTHUR
J'attendais la nuit pour... mais, qu'est-ce que qn vous fait? Quant k vpus, facteur, qui m'y avez enferm^ par un sentiment de jalousie feroce et sous un pr^texte faliacieux...
, • FRITURIN, Si part.
Faliacieux! j'y suis, c'etait la malle.
ARTHUK.
Son intention ^tait de m'^touffer dedans. Heureusement que j'ai de bons poumons. Facteur! je porterai plainte.
SC^NE QUINZIfiME. 25
BIDET
Vous me ferez perdre ma place ; mais quand j'aurai rhdtel avec mademoiselle Doroth6e, je m'en moquerai.
FRITURIP(.
PietonI vous ^tes tout simplement une canaille... vous n'aurez pas ma fiile. Regardez bien ma porte et n'en franchissez plus jamais le seuil.
BIDET
C'est comme ga? Eh bien, je poserai votre correspondance dans le ruisseaul...
FRITURIN.
Comme vous ne m'apportez que des leitres ndn affranchies... vous pouvez ies garder pour vous. Bien le bonjour.
BIDET
Salutl...
II BOlt.
FRITURIN, s'approchanl d'Arthur et regardaDt sa vesta.
Mais, diles done, c^est ma veste et mon bonnet.*.
ARTHUR
Je ne le nie pas..» le temps me pressait..*
FRITURIN.
C'est Qa^ tu prends mcs souliers, mon bonnet, mes habits... ma fiUe... Yeux-tu aussi ma maison... et moi avec?
DOROTHYS, a sonpfere.^
Alors, vous consentez & ce que Arthur soit mon ^poux ?
FRITURIN.
tin instant, j^ai promis ta main a M. Arthur Chandelle et j'attends son oncle...
CHANDELLE
Mais Chandelle, c*est moi!
ARTHUR, bondissant.
Vous! mon oncle?...
FRITURIN.
Son oncle?...
DOROTHEE,
Son oncle?
ARTHUR
Mais oui... mon oncle d'Am^rique, dont j'attends la succession.
CUANOELLE.
Rien ne prei^se I (Regwiant Arthur.) Mais oui, c'est bien mon neveu... je le reconnais a present... mais pourquoi t'appelles-tu Graboyos quand ton vrai nom est Chandelle?
ARTHUR
Parce que yous m'avez laiss6 sans le sou pour aller au Nicaragua faire fortune... je le suppose^ du moins...
CHANDELLE
Avec raison.
Je crevais de £aim^ et comme Ghandelle eiit prdt^ au ridicule dans les arts j'ai choisi celui de Graboyos, un nom espagnol.
GHANDELLE.
Tu aurais pu en trouver un mieux.
FRITURIN, mgfiant.
Tout ga n*est pas clair... Et cette photographie que YOUs m'aYez euYoy^e en me demandant ma fille?... (n
montre la photographie.) EllO nO resSCmble paS du tOUt k COt
Arthur-la!...
GHANDELLE, regardant la photographie.
Je crois bien! c'est la mienne!... je me suis tromp6...
SC6NE QUINZlfiME. 27
FRITURIN.
Tout s'expliquel
CHANDELLE
Je rapporte quelques capitaux et je fais une dot de quarante mille francs a moD neveu, Arthur Chandelle, dit Graboyos. (a Friturin.) Accordez-doncl que ^a finisse.
FRITURIN, k Gbandell«.
Vous le voulez?
CHANDELLE
Oui.
FRITURIN, k Dorothte.
Et toi?
dorothi£b«
Oh! oui, papa, (a Arthur.) Et yous?...
ARTHUR
Vous i&tes bien bon de me le demander,
FRITURIN, k part.
II n'y a que moi qui ne le veuille pas... (a ta mie. Doroth^e! embrasse ton oncle!... j'accorde!... (a part.) j'avais jur6 que ce Graboyos n'enlrerait jamais dans ma famiile... mats devant la majority, je cMe, comme tant d'autresi
Rideau.
Fi^ce militaire sal^, en trois tableaux, jou^ pour la premiere fois
a NohaiU, le 27 Janvier 1807
Premier tableau.
Llnvitation a diner.
Deuxi^me tableau*
La retraite aux flambeaux.
Troisi^me tableau*
Le r^veil, sans tambours ni trompettes.
PERSONNAGES DE LA PifiCE