‹ Le théâtre des marionnettesChapitre 58 sur 135 · LA VOIX DE LA MALLE · texte numérisé non relu

LA VOIX DE LA MALLE

Arthur Dupinccau.

SCfeNE SEPTlfiME. 153

BALANDARD, (i part.)

Ah I il est trop bfite, mon neveu .

MADAME PALMER

C'est un coquin qui se moque de moi. (Etie se jette sur

la malle el la redresse en la sec3uaat.) JeleZ tOUt & la mef.

LA VOIX d'aRTHUR.

Remettez-moi sur pled ! J'ai des tendances d Tapoplexic. Je n'en puis plus.

MADAME PALMER, oavrant la ina!lp.

Sortez de Id I Pour un amoureux, vous pousscz des soupirs qui nesentent pas lafleur d'oranger. Je ne veux point de vous pour gendre. Sortez, polisson, ou je fais appelcr la gendarmerie. Quant a vous, monsieur Baiandard, vous vous 6tes moqu6 de moi. Vous m'avez enlev6 toules mes illusions. Je reconnais ma folie. J'y renonce ; mais c'est mal, bien inal.

BALANDARD

Ma foi, je suis fach6 d'avoir pr^t^ la main a ce tour de rapin. Vous prenez cetle mauvaise plaisanterle micux quo je ne Taurais cru. Veuillez me pardonner.

MADAME PALMER

Je vous pardonne et je Idcherai d'oublier.

MISS KATE, « Balandard.

Moi, je vous remercie d'avoir ouvert les yeux k ma mfere. Cest un service que je n'oublierai jamais.

(Rideau.)

LE GANDIDAT DE TREPAGNY

Com^die en un acte, jou^ pour la premiere fois k Nohaht,

le a novembre 1874.

PERSONNAGES

BALANDARD, directeur d'uoe troupe de com^diens en toarnee.

C Q E N B 1 S.saltimbanque.

PIQUENDAIRE, aubergiste.

TRINGLET, OQvrier candidal.

CHALUMEAU

GRELOT, comMien.

COMBRILLO, regisseur.

M. LE MAIRE

Un Colleur d*affichbs.

Deux Gendarmes.

Deux Pohpibrs, ELOA, saltimbanque« [DA, eom^ienne«

CELESTE, id.

LA POTASSIN, id.

ROSE, servante d'auberge.

Gonseillers.

Habitants de la villo.

Mi'siciens de Torph^on.

La sc^ne se passe k Tr^pagny-les-Meches, en isih, dans une cour

d'auberge.

A gauche du spectatear une auberge avec marches. A droite, un arbre et un hangar. Au second plan, un mur et une porle coch^re ou<rertesur la place publiquc. Au fond une villc.

SCfiNE PREMIERE Un Colleur d'affiches, puis PIQUENDAIRE.

LE COLLEUR, collant les affiches des candidate; Mahaitdab d'un cdl<^,

Tringlei de I'autre. — (Chantant.)

Moi je colle, moi je colle,

Moi je colle, indistinctement,

Les affiches, les ailiebes,

Les affiches de tous les concurrents.

PIQUENDAIRE, sortant de Chez lui.

Ah ! voila Taffiche du c^l^brc Manandar, noire can-

156 LE CANDIDAT DE TRfiPAGNY.

didat etfutur depute. Je ne le connais pas; mats je sais que c'est nn homme qui appr^cie la famiUc et respecte la propriete. Le comile Sectoral et opporluniste de Paris nous lenvoie pour representer les bons principes de Tr6pagny-le8-Meches. Collez, coUeur, en attendant qu'il arrive nous sauver de la d^niagogie. Mais que faitesvous ? vous en collez une autre ?

LE COLLEUR

Oui, monsieur Piquendaire, cclle du citoyen Tringlet.

PIQUENDAIRE.

Un radical, un ouvrier, un greviste, un ouvrier cal6chier ou carrossier. S'il 6tait 61u, ce serait une honte pour notre ville. Otez ces affiches qui salissent mes murailles, ou je ne r^ponds pas de moi.

LE COLLEUR, chantant.

Moi je rx>lle, moi je colle,

Moi je coUe, indistinctement,

Les affiches, les affiches,

Les affiches de tous les gonyernements.

PIQUENDAIRE, arrachant les affiches Tbinolet.

Non, je ne souffrirai pas davantage les ordures de la radicaille le long de mon mur.

LE COLLEUR

Moderez-vous, monsieur Piquendaire.

PIQUENDAIRE, farieax.

Que je mo mod^re! et tu continues d coller!... Attends

II prend un balai tt le frappe. -> Cliantanl.

Toi, tu colics, mais moi j'te coUe Un coup d'balai iaconliaent, Pour t'apprendre k fiche le camp!

LE COLLEUR

Je m'en vais, soycz calme et pas d'emporlement.

Il8ort.

SCfiNE DEUXifeME. 157

SCfiNE II

ROSE, PIQUENDAIRE, COQENBOIS, ELOA, Spectateurs

Au. second plan, Coqenbois, habill6 en Iiercule, dresse una table et 8 y tient debout. Eloa, coifT^e il'un casque de pompier, v^tue d'un maillot et d'une jupe de plumes, bat de la caissc. Quelques spectateurs forment le cercle aulour d'eux.

ROSE, paraissant sar la porta do Tauberge*

Qui es(-ce qui bat le rappel?

PIQUENDAIRE.

Qui peut savoir? En ce temps electoral, il faut s'atlendre a tout. C'est peut-^tre une revolution.

ROSE

Taisez-vous done, moasieur Piquendaire, vous ne vous plaisez qu*d rae falre peur. Comrae s'il y avait jamais eu de revolution d Trepagny-les-M^ches.

PIQUENDAIRE.

Alors, c'est pcut-Stre le candidat...

ROSE

Eh ! non, c'cst un saltimbanque ! Taisez-vous donc^ il va parler.

COQENBOIS, ail fond.

Ah! ah! le voila, le veritable premier lutteur de France, Goqenbois, dit Sans pitie^ roi dcs hercules, le meme qui a remport6 les plus brlllants succes dans les principales arenes de France, d'Angleterre et d'AlIemagna. Ses glorieuses omoplates n'ont jamais touchy la poussiere des arenes. Voici mademoiselle Eloa, dite Va mon cceur, filb sauvagc, belle ct antique descendante d*un tambour-maitre du 3® zouaves. Elle bat la caissc de naissance. Ses poses mythologiques lui ont valu le

suffrage de toutes les academies, meme celle de France. Nous allons commencer pur les jeux romains ou la r^cr^alion des hommes forts; premiere partie, la roue de la fortune, dont la bande do fer ne pese pas moins de clnquanle kilos. Voyez, messieurs, sur la pointe du nez.

Roulement de tambour.

ROSE

II est fort, tout de mSme, pour porter une roue de charrette a nez tendu*

PIQUENDATRE.

C'cst son nez qui est fort... aiTaire d'equiiibre I

ROSE

Vous n'en feriez toujours pas autant !

PIQUENDAIRE.

Oh! si j'avais el6 eleve pour ca...

COQENBOIS, descendant de sa table.

Tenez, messieurs! je vais enlever a un metre audessus de T^corce terrcstre, quatre electeurs assis sur cettc table en plein ch^ne, par la seule force de mes glorieuses omoplates. C*est ce que nous appelons le levier d'Archim^de. Montez, messieurs... fites-vous 61ecteur? oui, asseyez-vous... Encore trois. li y a de la place pour quatre... Toi, petit, t'as pas I'Sge^ t'as pas assez de poids, on pourrait supposer que je triche, Y 6tes-vous? Tenez-vous les uns les autres. L'union fait la force! £nlev6...

Roulement de tambour.

ROSE

Cest un rude gaillard!...

COQENBOIS.

Maintenant, messieurs, nous allons passer au tour le plus difficile^ c'est celui du gousset. Eioa, fais le tour de la soci^t6 !

SCfeNE TROISlfiME. 159

ELOAy qui a pos6 sa caisse, s'aTance une subtile k b main*

AUons, monsieur, mam'zeUe, n'oubliez pas de modestes artisses.

PIQUENDAIRE, lai donnant on sou.

Faat bien encourager les arts.

ELOA

Un sou? monsieur s'en fera mourir!

Elle Ta au fond.

PIQUENDAIRE, (k pait.)

Elle a de Toeil.

COQENBOIS, au fond.

Eloa. pas de conversalion olscuse avec le public... continuous nos exercices par la ville.

lis Bortent, suivis da public

SCfiNE III PIQUENDAIRE, CHALUHEAU, <>i.oam«.

ft

Monsieur Piquendaire, une chaise de poste qui entre en ville! C'est lui, Manandar, le seul, le vrai, notre candidat; il m'a dit son nom, 11 parle du nez. 11 est enrhum6 du cerveau.

PIQUENDAIRE.

Courez, Ghalumeau, amcnez-le chez moi, au Grand Monarque ! C'est un monsieur auquel je tiens. Pr^cipitez-vous !

CHALUHEAU.

J'y vole, vous n'oublierez pas nos petiles conventions quand 11 sera depute : 6elle place d'inspecteur des vidanges de la ville.

PIQUENDAIRE.

Reposez-vous sur moi, quand je serai son ami et quand jaurai obtenu ce que je desire, je penserai h vous.

160 LE CANDIDAT DE TRfiPAGNY,

CHALUMEAU

J'y cours.

II sort.

Page 1