SCENE V
MADAME PALMER, aree una petite table ronde k treu pteds, ea sautoir; MISS KATE, entrant d'an autre cdt£.
MISS KATE
Ma mere, il ne faut pas faire altendre M. Balandard qui nous a invitees.
MADAME PALMER
Oh ! il n'est pas encore Theure et ncus avons le temps d'aller plonger nos torses dans les Hots bleus de la M^diterran(^e,
SCfeNE CINQUIEME. 147
MISS KATE
Mais vous n'allez pas vous baigner avec votre table ?
MADAME PALMER
Si fait. Eile ne me quitte jamais, tu le sals. U m'est arriv6 parfois de Toubiier dans les auberges ; les bonnes, les gargons s'cn amusaient, ils la tourmentaienl et ensuite elle ne me disait que dcs polissonneries.
MISS KATE
Vous croyez done vraiment?...
MADAME PALMER
Tu en doutes, enfant; sache done que ce matin encore je Tai consultee elle m'a pr^dit que tu ferais un heureux mariage. Tu vols, la preuve c'est que void M. Balandard qui nous invite a dejeuner. N'est-ce pas une premiere demarche ?
MISS KATE
M. Balandard ne me ddplait pas ; mais je ne vols rien de si concluant dans les oracles de cette table en bois blanc.
MADAME PALMER
Oh! pauvre filie ! je vois bien que tu n'as pas la foi. Mais je veux consuiter sur-le-champ, et devant toi Q^oph^e, mon amie !
MISS KATE, A part.
Ah! je ne la croyais pas folle a ce point!...
MADAME PALMER, posant sa Uble doTant elle.
Cl^oph^.e, tu vas ecrire, tu vas donner une preuve de ta lucidity d cette enfant qui doute. Voyons! ma cherie, eclaire-nous ! (a port.) Elle est inquire, ne dit rien qui vaille. Ah ! pourtant si I Ah ! 11 me sembie qu'elle a ecrit la... Bal...
148 LES ESPRITS FRAPPEDRS.
SCfiNE VI BALANDARD, LES M£mes.
Mcsdames, j'ai Thonneur de vous averlir que les huitres sont ouvertcs et n'aiment pas d altendre.
MADAME PALMER
Trop aimable, monsieur, (a Kate.) Va, passe la premiere, je te rejoins, (a saiandard.) Un mot, monsieur.
Hiss Kate entre au casino.
BALANDARD
Tout a vos ordres, madame !
MADAME PALMER
Je serai breve. Croyez-vous au spiritisme ?
BALANDARD
Je ne crois qu'a ^a.
MADAME PALMER
Avez-vous du fluide?
BALANDARD
Guere, avant dejeuner.
MADAME PALMER
On en a toujours ou jamais. Faites-vous lourner des tables ?
BALANDARD
Sans doute, comme des totons.
MADAME PALMER
Nous allons bien voir. (eiIo place Ba table derant Balandard.)
Imposez les mains h Cleophee. Touchons-nous les petits doigts. Y 6tes-vous?
SC12NE SlXlfiME. 149
BALANDARD
J*y suis. Les etincclles magQetiques petillent sous mes oDgles. Les entendcz-vous ! Pchi, pchi, pchi 1 Voyez, elle va tourner !
MADAME PALMER
Menagez-la; faites-la ^crire. Je veux savoir cc que le deslin nous mdnage. £tes-vous celibataire ?
BALANDARD
Tout a fait !
MADAME PALMER, Iransparldo.
Cleophde 6crit... oui Bal... Bal... C*est Men vous! 11 faut vous raarier !...
BALANDARD
Rien nc presse ; aliens dejeuner !
MADAME PALMER
Vous ^tes rhomme que je cherche.
BALANDARD, h part.
Est-ce qu'cUe veut faire de moi son gindre?
MADAME PALMER
Je ne vous demande pas si vous ^tes riche ou pauvre, peu m'itnporte! J'ai trente millions de dollars en rentes aux fitats-Unis, fermes, usines, cottages, for^ts vierges, prairies dans le Far-West, usines de fer et de cuivre au lac Sup^rieur, placers d'or en Californie, plantations de coton en Louisiana, Cannes a sucre et negres aux Antilles, trois steamers sur le Mississipi, et des champs de cafe, de vanille et de chocolat partout.
BALANDARD, ft part.
Compl^tement folle!
150 LES ESPRITS FRAPPEUKS.
MADAME PALMER
Vous doatez? Rcgardez-moi. Y love you,
BALANDARD
El moi doac? Je m'ea ferai mourir.
MADAME PALMER
Voici mon anneau, donnez-moi le v6trc, et nous sommes fiances.
BALANDARD
Chere dame, alloDS d'abord dejeuner. Nous reparlerons fianQailles au dessert.
MADAME PALMER
Pourquoi pas tout de suite? C'est convenu.
Madame, je ne puis vous repondre sans avoir d'alK)rd consuIt6 ma malle.
MADAME PALMER
Voire malle ?
BALANDARD, k pait.
C'est le moment de me debarrasser d*cllo et de faire les affaires de mon neveu. (Haut.) II n'y a pas que vous qui cultiviez le spirilisme. Je m'occupe aussi de celte science. Voire Cleophee n'est rien en comparaison de ma malle. Votre table ecrit, c'est vrai ; mais elle ne parle pas. Cette malle a appartenu a Swedenborg, le noble Suedois, et je ne Tai pas payee sa valeur; car je lui dois ma fortune et je ne fais riea sans la consulter.
MADAME PALMER
Cesl admirable ! oh ! je voudrais I'enlendre parler. Ou esl-elle? Pourrai-jela voir, la toucher?
SCfiNE SEPTlilME. IM
BALANDARD
Rien de plus facile, je vais Tapporler id. (a part.) U s'agit de pr6venir Arthur,
II rntre au casintf.
MADAME PALMER, secouant sa table«
Cleoph^e I parle ! Tu peux parler puisque les malles parlent bieo. Je veux que tu paries ! Rien I tu restes muette, tu n*es qu'un esprit subalterne. Je vais te roellre en penitence I
Elle In pose dans un coin.
BALANDARD et PURPURIN, appoitant une malle dnorme
et la posaDt. MADAME PALMER ot MISS KATE.
BALANDARD, (Apart.)
II n'est pas l^er mon neveu .
PURPURIN.
Nous allons rire.
Miss KATE, (k part.)
Quelle est cette nouvelle folle de ma m^re ?
MADAME PALMER, regardant la malle avec admiration.
Qu'elle est belle et grande! un monument. (ABaiandard.) Laissez-moi la baiser au front, (euc rembrasse.) Elie a remu^. Le coeur me bat.
On eotend Arapper trois coups dans la malla.
BALANDARD
On frappe les trois coups, ^a va commencer.
MADAME PALMER
Ah ! que je suis ^mue ! (on soupire dans la maue.) Je crois qu'elle soupire.
BALANDARD
C'est un soupirant !
152 L^S USPRITS FRAPPEURS.
MADAME PALMER
A la main de ma filte, sans doute. Voyons, esprit,
VeUX-tU me r^pondre ? (Un bruit sec r^sonne dans la iralle.) Aoh !
<^a sent bien mauvais, et les esprits sont inodores.
BALANDARD
Pas tous, madame, pas tous !
Noureau bruit dans la malle.
MADAME PALMER
Oh I c'est un esprit bien polisson I
BALANDARD
C'est Tesprit de Pigault-Lebrun, il vaparler, c*est toujoiirs ainsi qu'il debute.
MADAME PALMER
Avec qui dois-je marier ma fille ? Scrait-ce M. Balandard?