‹ Le théâtre des marionnettesChapitre 63 sur 135 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

COQENBOIS, avoc une roue at una table, ELOA, avec son taoibonr et on cabas, Un GeNDARHE.

LE GENDARME

C'est assez perlurber les populations par vos roule-

164 LE CANDIDA! DE TRl^PAGNY.

ments de caisse. Yous faites aulant de bruit qu'un candidate saltimbanque !

COQENBOIS. j

Saltimbanque ! candidat! tous les hommes sont freres^.

LE GENDARME

Vous encombrez la voie publique ; allez d Tauberge, dispersez-vous !

COQENBOIS.

fa suffit, gendarme, on s'y conformera.

LE GENDARME

Et pas d'observations!

II sort.

ELOA

Qu6 malheur! Savoir si on nous y souffrira a I'auberge?...

COQENBOIS.

En payant, nous avons droit aux egards aussi b'en qu*un ministre des finances...

ELOA

Elles sont jolies, no« finances !

COQENBOIS.

Eloa! a combien se monte la recelte?

ELOA

11 n*y a pas gras. Quatorze sous.

COQENBOIS.

Quatorze sous ! avec ^a on pent souper sans peur et sans reproche. Rangeons le materiel (iis sMnstaiieni pr^s de larbrea droiie), la roue... C'est pas ccllc de la fortune... installons-nous sous cet arbre. Comme ^a nous n'aurons pas de chambre k payer. Mels la table... pas les jambes en Tair... C'est pas convenable. Je depose ma couronne... Elle est bien legere... Soupons!

ELOA

Au prix ou est le beurre, nous n'aurons pas d'indigestion.

SCfiNE HUITI6ME. 165

COQENBOIS.

Mauvaise affaire quo les indigestions, et comme la sobriet6 est un brevet de bonne sant^, nous n*avons pas & nous plaindre.

ELOA

Encore si le pouletde filasse que jo fais sembiantde devorer 6tait en vrai.

Tu Youdrais manger les accessoires de Tadminislration. Tu n'espas 6conome, ma fille... Quel estle menu?

ELOA

Premier service, du pain. Le fromage pour rdli. Dessert un arlichaut.

COQENBOIS^ 8'asseoit par tcrre en chantonnant.

A table, d table, a table I Maogeons cet artichaut; II serait detestable S'il etait mange chaud !

SCfiNE VIII

BALANDARD, Tenant de Tauberge k gauche.

Qui cst-ce qui parodie mes couplets ?

COQENBOIS, sans se d^ranger et mangeant.

C'est vous qu'en files Tauteur ?

BALANDARD

Mais ovLi, nc vous en deplaise !

COQENBOIS.

^a ne me deplait pas... Qa m'est 6gal.

BALANDARD, ft part, regardant Coqenbois.

Drdle d'organel Bonne figure de comique... Le crane denude. II srralt excellent dans le r61e du spectre

166 LE CANDIDAT DE TRfiPAGNY.

chauve, et remplaccrait avantageusement Gombrillo qui DO vient pas.

Qu*est-ce que vous avez k me regarder? Je suis Coqenbois, dit Sans pitie, roi des hercules, dont les glorieuses omoplates...

BALANSARDk

Je connais le boniment. Je suis arliste aussi.

COQENBOIS.

Monsieur est lutteur?

BALANDARD

Oui, lulteur avec le succ^s, mais pas autrement; je suis directeur d'une troupe de comediens en tourn^e de province.

COQENBOIS.

Si j'osais, j'offrirais bien quelque chose a monsieur.

ELOA

Si monsieur est du bAtiment, 11 connait du reste le pain et le fromage.

BALANDARD, la regardant, k part.

Elie est dr61e, cette petite, Toeil vif... EUe ferait une piquante soubrette.

ELOA

Yous m'^pluchez, comme si j'etais Tartichaut. Est-ce que vous voudriez me faire un engagement?

Je ne dis pas non. Monsieur Goqenbois, est-ce que mademoiselle est votre..,?

COQENBOIS.

Eloal c'est ma niece. Si vous la voulez, j'y consens, avec son consentement bien entendu.Elle seratoujours plus heureuse avec vous qu'avec moi.

SCi:i»JE HUITIEME. 167

BALANDARD

Et vous? Si je vous priais de vous associer.

COQENBOIS.

M*associer? EUe est bonne! je n*ai rien. Faut pas se moquer des pauvres gens, ce n'est pas bien. Mais je comprendSy vous 6tcs un homme d^licat, vous avez pcur de blesser mon amour-propre... oh! vous pouvez me parler sans detours. Je suis bronz6 au physique comma au moral. Vieux soldat d'Afrique, sept ann6es de campagne^ deux blesHures, la m^daille militaire et deux dc sauvetage. On nest pas uu 14che, quoique saltimbanque !

BALANDARD

Et pourquoi ^tes-vous saltimbanque ?

COQENBOIS.

Peut-etre pour la m^me raison que vous etes com^ dien. Par amour de Tart et par goilt du d^lacement. Je suis ne nomade, pere et m^re inconnus, des tStes couronn^es ou des va-nu-pieds.

BALANDARD

Voulez-vous accepter a souper? Nous causerons.

Si je refusals votre invitation, vous diriez que je suis tier... vous croiriez peut-^tre que je vous m^prise. D'ailleurs, nous sommes tons les deux sur la m6me 6chelle artislique II n'y a de difference que les Echelons.

ELOA

Moi, je n'aspire qu'a grimper, j'accepte avec plaisir. Je vas serrer le fromage, il coulera mieux demain.

COQENBOIS.

Permettez que je d^pouille la livree de Fhistrion pour revetlr le paletot de Thomme du monde. (u mit

on carrick ridicale h trois collets, et se coiffe d'un vieux chapeau

haute de forme et luisant.) Eloa, poseton casque, donne-toi un coup de peigne et mels un noeud.

BALANDARD, A part.

Je crois avoir mis la main sur deux sujcts prccieux.

SCfiNE IX PIQUENDATRE, Les Precedents.

BALANDARD

All! vous voila revenu. Mettez deux couverls de plus pour monsieur et mademoiselle.

PIQUENDAIRE.

Tiens ! les saltimbanques. (a part.) II chauffe son -election, il a raison, faut pas 6tre fier dans ce m^lierla. (naut.) Vous 6les un homme d'esprit, je vols ^a, aussi vous Tcmporterez, mon cher monsieur le candidal.

BALANDARD, le reprenant.

Non! Balandard... Qu'est-ce qu*il a cet h6telier par trop flalteur?

COQENBOIS, k BaUndard.

Mjnsieur, nous sommes convenables et a vos ordres.

BALANDARD, k part.

lis sont parfaits! (Haut, k Eioa.) Mademoiselle, vous offrirai-je mon bras?

ELOA, coafuse*

Oh! monsieur... c'est trop d'honneur. (Apart.) II est jolfmcnt chouette c't'liomme-Ja!

COQENBOIS.

II a Fair d'un bon zigue.

lis entrent dans Tauberge.

SCl&NE DIXIKME. 169

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