SCENE X
GRELOT, COMBRILLO, LA POTASSIN,
puis ROSE.
GRELOT
Eh ! la raaison ! 11 n*y a done personne pour prendre nos baluchons.
LA POTASSIN.
Ne vous impalientez pas, mon petit p^re Grclot !
COMDRILLO.
Mere Polassin, faut savolr ou est dcscendu Balandard; nous sommes en retard.
LA POTASSIN.
C'cst la faute au vin blanc, monsieur Combrillo...
COMBRILLO.
II desalt^re pas du tout.
GRELOT
11 desseche, j*ai une soif... (ii ajpau'.) Hola !
LA POTASSIN.
Vous avez bien assez bu en route; \ous etes deja ivre.
GRELOT, lai pinQanl le nez.
T'as trouve ^a toutc seule, Potassine de mes rfives.
LA POTASSIN, en colore.
Vous cles inconvcnanti En voila des manieres de magon.
COMBRILLO, app«ljnt.
Gar^on!... La bonne!...
ROSE, Tenant de Tauberge.
Voild! voila. (a part.) Cest-il encore des hercules?
GRELOT
A pen pr5s, jeune insulaire de Tr6pagny-les-Meche?, nous desirous trois verres de fine.
LA POTASSIN, d Rose.'
Ne I'ecoutez pas, il abuse de sa faculte de boire sans soif.
ROSE
Entrez, madame, je vais vous servir.
EUes eatrent dans I'aubjrge.
SCfiNE XI GRELOT, COMBRILLO; BALANDARD, suriapor:e
de I'auberge. - GRELOT, h Balandard,
Te voila! c'est pas malheureux!
BALANDARD
C'est peut-etre moi qui suis en retard?...
GRELOT
Savoir!...
BALANDARD
Bienl ga y est, completement 6mu, mo voild bien loti avec un pareil auxiliaire. — Va le coucher, va !...
GRELOT
Tu m'envoies coucher? Balandard, t*es un iogral!
BALAUDARD.
CoiTibrillo, vous un bomme s^rieux, comment le laissez-vous se meltre dans un etat pai*eil?
COMBRILLO.
Moi ! je suis plus soul que lui.
BALANDARD
Alors, vous ne pourrez pas jouer le Cadavre recalcitrant.
COMBRILLO.
Le cadavre, possible... le recalcitrant jamais.
SCfiNE DOUZlfiME. 171
BALANDARD, remontant.
Je me passerai de vous. II s'agit de changer la compositioa du spectacle. — Goqenbois, mon ami, voulezvous bien remplir le rdle du spectre chauve?
COQENBOIS, sar la porte.
Cest pas les cheveux qui me gfincront. J*essayerai.
ELOA, d Balandard.
Mon petit homme, je me mets toute a votre disposition.
BALANDARD
Bien. Nous remplacerons VErmite de la marec montante par des solos de tambour et des poses plastiques de mademoiselle Eloa.
ELOA
. Je vais done enfin debuter!... je suis-t'il contente! faut que je vous embrasse!
EUe embrasse Balandard.
COQENBOIS.
Eloa! de la lenue devant le monde.
BALANDARD
AUons finir de diner et, apr^s, en route pour le th^dlre !
GRELOT
En attendant que j'aillemecoucherje vas souper un brin. Viens, Gombriilo.
COMBRILLO.
Chez moi, je suis malade, j'ai unegueule de bois.
lis rentrenl lousdans Thdlel.
SCfeNE XII CHALUMEAU, TRINGLET, PIQUENDAIRE.
CHALUMEAU
J*ai joUment manoeuvre raOfaire; toute la population est pour notre candidat.
17i LE CANDIDA! DE TREPAGNY.
PIQUENDAIRE.
Alors! ^a va bienl II parlera ce soir pendant quatre heures. II me Ta promis. Ohl quel bel organel son succes est assure.
TRINGLET.
Savoir! moi je me porta aussi et je repr^senle les ouvriers qui sont plus nombreux que les auberglsscs, moDsieur Piquendaire.
PIQUENDAIRE.
Oh ! vous feriez mieux, dans Tint^r^t de voire sante, de rester avec vos ouv6riers calechiers que de briguer les sufTrages universaux.
TRINGLET.
Possible ! on verra qa, plus tard ! En attendant, je vcux voir comment il a le nez fait, mon concurrent.
n ra yers la fenetre.
PIQUENDAIRE.
Laissez-le diner tranquillement, pas dindiscretion I
TRINGLET.
li a done dos femmes?
PIQUENDAIRE.
Sans doute, des femmes du monde.
TRINGLET.
Celte pctite-la qui a un casque de pompier, c*est peut-etre sa fille !
PIQUENDAIRE.
Je ne sais pas au juste, mats elle est sans doute a la derniere mode.
TRINGLET.
Taisez-vous done, espece do melon, je no suis pas dupe de vos manoeuvres de la derniere heure. Ce Manandar est un farceur et les drdlesses qu'il r6gale, c'est dcs saltimbanques. J ai reconnu THercule de carton. Je vas crever lout qa. On va riro!
SCfiNE TREIZlfeME. 1^3
PIQUENDAIRE.
Taisez-vous done. Voila le maire et son peuple qui vient avec son 6charpe, ses autoril^s, la gendarmerie, Torph^on, les pompiers et tout «:e qui s'ensuit pour f^ter le d6l6gu6 du comity electoral de Paris!
TRINGLET.
Zut pour Paris I
SCfiNE XlII LE MAIRE, Deux Gendarmes, Deux Pompiers,
rarmdaubras, TrOIS MuSICIENS, QuELQUES HABI- TANTS et Les Pr^c^dents.
UN GENDARME
Place, messieurs! place!
LE MAIRE
Monsieur Piquendaire, nous venons chercher nousm^me le candidal pour le conduirc au banquet... Nous esp^rons que vous serez des ndtres, car c'est a vous que nous devons de le poss^der dans nos murs, et notre reconnaissance...
PIQUENDAIRE.
Trop aimable, monsieur le maire. (a pan.) Je deviens un homme important, Teleclion faite, jemefais nommer du conseil municipal. (Haul.) Je vais chercher notre homme.
II sort ft gauche.
LE MAIRE, h la foule.
Chers concitoyens, je vous recommande le calme qui sied a un peuple libre... Pas de cris seditieux... pas de manifestations bruyantes... du calmo, citoyens! Le triomphe de notre cause est au fond de la urne electorale. L'opporlunisnie, messieurs, c'est la seule raison d'£tat qui puisse sauver la bourgeoisie r^publicaine
174 LE CANDIDA! DE TRfiPAGNY.
dans CCS temps de crise pecuniaire et socials que nous traversons. Dc F^nergie ! oui, il en faut; mais n*oubIiez pas que nous devons gouverner avec prudence. Une main de fer dans un gant de velours, comme Ta dit avec justesse un de nos bons ministres !
TOUS, criant.
Ylvent les bons ministres!