‹ Le théâtre des marionnettesChapitre 74 sur 135 · SCENE XI LE NOTAIRE, Les Precedents · texte numérisé non relu

SCENE XI LE NOTAIRE, Les Precedents

LE NOTAIRE; un peu gris, son portefeuille' sous le bras.

Madame la comtesse, je vous demande pardon d'etre un peu en retard ; mais un diner de corps qui s'est un peu prolonged. . Enfin vous m'excuserez.

Asseyez-vous, je vous prie.

LE NOTAIREy s*as8eyant.

Voyons, de qiioi s'agit-il?... Vos domestiques sontvenus ce soir d^poder chez moi une assignation contre vous.

LA COMTESSE

Quelle plaisanterie ! mes gens sont fous! arrangez raifaire !

LE NOTAIRE

D'autant plus que ce n'est pas de mon ressort. J*ai renvoy^ la chose par-devant qui de droit.

LA COMTESSE

C'est bien, mais il s'agit de bleu autre chose. Je vous ai fait prler de venir ce soir au sujet d'un manage pour ma fille.

LE NOTAIRE

Ah! vous la mariez... fortbien ! Et centre qui?

LA COMTESSE

Gonlre? avec un million! Le voila la-bas, pres de Marguerite... Gomme il a Tair distingue, n'est-cepas?

LE NOTAIRE

J'ai la vue si basse... Mais allez au fait... €e monsieur apporte un million et Marguerite?... zero,

A peu pres... Vous comprenez done qu*il s'agirait de dresser le contrat de telle sorte que I'avenir de ma fille idt assure.

LE NOTAIRE

Nous aliens voirga... J'ai toujours du papier timbre et tout ce qu'il faut pour 6crJre avec moi* (n cherche dans sa Berrieite.) J'aurai bientdt hide un projet de contrat.^. il n*y aura que des blancs a remplir*.. Ou me mettrai-je?

LA COMTESSE, a Balandard.

Garden! approchez une table*

BALANDARD5 apporUnt une tables

Voila I Monsieur ne desire rien autre ?

SCfeNE ONZlfeME. 207

LE NOTAIRE

Si fait, un verre de quelque chose... j'ai mang6 poivr6 d ce diable de diner, et j'ai unesoifde Polichinelle.

BALANDARD, h lart.

II a Fair d'avoir pourtant assez bu. (naut.) Monsieur desire un verre d'eau sucree ? ,

LE NOTAIRE

De Teau ! c'est bien froid sur Testomac.

BALANDARD

Un verre de punch ?

LE NOTAIRE

Oui ! (a part.) (la me dissipera peut-etre mon mal de

tete. (Haut, cherchant dans sea papiers.) CcjOUrd'hui, CtC, CtC... ;

d la requete de M. Baptiste Labranche et demoiselle Javotte... C'est votre assignation.

LA COMTESSE

Faites-en des papillotes pour votre perruque.

LE NOTAIRE

Ma perruque ? Est-ce que j'ai Fair d'en avoir une ?

LA COMTESSE

Oh! non.

BALANDARD, apportant un verre de punch.

Monsieur!...

LE NOTAIRE, aralant d'un trait le contenu de son yerre.

Ah ! excellent punch !

BALANDARD

Monsieur ne r^cidive pas ?

LE NOTAIRE

•Oui, tout a rheure... (ii fecrii.) Cejourd'hui... etc., pirdevant nous, M« Gratterole, notaire, demeurant a Paris, rue du Papier-Timbre, etc., etc. Ont comparu :

Demoiselle Marguerite de Valtreuse, n6e a Paris (Seine), de madame sa m^re et de M. son pere inconnu^ fille mineure...

Elle est majeure, mais vous pouvez laisser...

LE NOTAIRE

Frangaise, 'saine de corps et d'esprit, d'une part... et M. le... (a Parasol.) monsieur, ia-bas, votre nom, sMl VOUS plait?

PARASOL

Boniface Parasol.

LA COMTESSE, aa notaire.

II est Espagnol et marquis.

LE NOTAIRE

Je le veuz bien !... Et le marquis Bonifacio Parasolos> d'autre part, c^libataire, n^ en Espagne ou autres lieux. fites-vous parent du d^troit de Bonifacio ?

PARASOL

Permettez...j'ai une petite observation & vous faire...

LE NOTAIRE

Je ne permets pas! Silence! du sexe... du sexe...

(Sa perruque tombe et loi bouche les yeax.) Ah ! mon DiOU ! je

n'y vols plus! Vous avez 6teint le lustre!... je suis aveugle.

BALANDARD, lai remettant sa perruqne.

Non, monsieur, c'est votre faux loupet.

LE NOTAIRE

Merci, jeune homme, tu m'as sauv6 la vue ! Quels sontles t^moins?

C'est madame de Saint- Remy. (a pan.) Mais oCi esteile? Que fait-elle? Pourquoi n'est-elle pas ici?

SCfiNE ONZlfiME. 209

LE NOTAIREy terirant.

Assiste de madame de Saint-R^my, ^galement du sexe masculin.

LA COMTESSE

Pardon^ c'est une dame.

LE NOTAIRE

Alors, Jusqu'd preuve contraire I Tautre t^moin ?

(Sa perruque tourne encore.) Ah ! enCOre UQC Ophtalmio ! Je

deviens d^cid^mentaveugle...

BALANDARD

Non, c'estvotre pemique.

n la lui remet.

LE NOTAIRE

Merci, mon ami, Tautre t^moin ?

SAUTELACOUPKOPF,

C'est moi, monsieur.

LE NOTAIRE

Votre nom ?

SAUTELACOUPKOPF.

Babylas, prince de Sautelacoupkoff.

LE NOTAIRE

L'autre t^moin, Babylone de la Tour Malakoff, 6galement du sexe f6minia.

SAUTELACOUPKOPF.

Je reclame.

LE NOTAIRE

Plus tardi ne me troublez pas, je le suis d^jk assez... Votre profession?

SAUTELACOUPKOPF.

Prince, parbleu!

LE NOTAIRE, 6crlt.

Prince Parbleu... (a pan.) Mon Dieul que j'ai mal k la t^e!... (Haat.) Lesquqls ont, par ces pr^sentes, r6gl6 les

conditions civiles de leur mariage qu'ils entendent ce- 16brer et achever a la mairie de leur paroisse en presence des t^moins instrumentaires dont les noms figurent au bas dudit acte, dont acte.

LA COMTESSE

Si vous faisiez signer tout de suite les futurs et les t6moins, puisqu'ils sont tous Id?

LE NOTAIRE

Au fait, qsL m'^viterait la peine de revenir.

Mais je ne vois figurer sur ce contrat aucune clause d'apport de dot.

LE NOTAIRE

C'est probablement un oubli... Je vais faire un renvoi a Parasolos... lequel reconnait en dot d demoiselle Marguerite... la somme de...

LA COMTESSE

Mettez cinq cent mille francs!

LE NOTAIRE 4criU

Voild! Maintenant, mademoiselle T^pouse, veuiilez signer...

MARGUERITE

Ou?

LE NOTAIRE

Ici! et a ce renvoi important, la!

Marguerite signe.

LE NOTAIRE, tendani la plume h Parasol,

A VOUS, jeune hidalgo, veuiilez signer.

PARASOL

Je ne sais pas ^crire.

LE NOTAIRE

^a ne fait rien, signez en espagnol.

SCfeNE DOUZlfeME. 211

PARASOL

Qui? quoi? Permettez!

BALANDARD, bas h Parasol.

Taisez-vous done ! On joue une charade.

PARASOL

Une charade?... Qu'est-ce que e'est que ga?

LA COMTESSE, B'adressant i tous.

Permettez -moi, mes amis, de vous faire partde toufe ma joie!

MACROPHYLLOS.

Madame^ recevez mes compliments.

SAUTELACOUPKOFF.

Mademoiselle, mes felicitations sinc^res.

OLYMPIA

Chere Marguerite, ch^re comtesse! (Avec uno r^y^rence.) Monsieur le marquis !

PARASOL, h part.

Us sont fous! Et pas moyen de placer un mot.

On Sonne. Balandard va ouyrir et annonce madame de Saint-Bemy.

SCfiNE XII MADAME DE SAINT-REMY, Les Pr^c^dents.

MADAME DE SAINT-REMY

Qu'est-ce que ga veut dire? C'est vous, monsieur Balandard, qui ouvrez les portes et sous cette livr^e?...

BALANDARD

line fantaisie de la maltresse de la maison.

LE NOTAIREy k madame da Saint-Remy.

Savez-vous signer?

MADAME DE SAINT-REMT

Gertainement que je sais signer... Pourquol faire? Quelle vente faites-vous done?

LE NOTAIRE

Mais pour le conlrat de...

MADAME DE SAINT-REMY

Le central de qui?

LE NOTAIRE

Mais celui de mademoiselle de Valtreuse et du marquis Bonifacio Parasolos.

MADAME DE SAINT-REMY

Mais Boniface Parasol, et non Bonifacio, n'est pas marquis, mais simplement un domestique de place. Le jeune homme dont je vous avals parl6, c'est M. Arthur Balandard ; le void !

Mouvement de surprise parmi leg assistanU.

LA COMTESSE, se laissant tomber sar an fauteuil.

Quel impair!

OLYMPIA

Quelle d^gringolade ! Et moi qui faisais des frais... pour... un frotteurl

LA COMTESSE

Le contrat pourrait servir tout de m^me. II n'y aurait que les noms A changer? n'est-ce pas, notaire ?

LE NOTAIRE

Si vous le d^sirez...

BALANDARD

Vous plaisantez agr6ablement... mais, en bonne conscience, je ne peux pas 6pouser la fianci^e de... M. Parasol.

SCfeNE DOUZIJIME. 213

PARASOL

Gette demoiselle ne m*est de rien ! je suis mari6 depuis quatorze ans et j'ai sept enfants, je n*ai pas k me plaindre de ma'me Parasol.

LE NOTAIRE

Que diable ! il fallait le dire plus tdt.

PARASOL

Et le moyen? G'est pas un notaire, c'est un chemln de fer.

LE NOTAIRE

Alors il n'y a rien de fait.

B dechire le oontrat.

MADAME DE SAINT-R£mY, k part.

C'est une affaire manqu^e. (a parasoi) Apr^s un pareil esclandre, Parasol, je vous engage a vous retirer

PARASOL

Avec plaisir, madame. (a saiandard.) Monsieur, je suis f4ch6 de ce qui arrive, mais vous avez pu voir vousm^me s*il y avait moyen de placer une observation.

BALANDARD

Mon brave, je ne vous en veux pas, au contraire.

PARASOL

Monsieur est bien bon!... Si monsieur voulait accepter queique chose, sans fagon, chez le roastroquet du coin.

BALANDARD, riant.

Une autre fois, je ne dis pas non; mais ce soir, c'est rooi qui vous invite a souper k mon h6tel.

PARASOL

Je suis aux ordres de monsieur... Je vals chercher un fiacre...

214 LE LUNDI DE LA eOMTESSE.

BALANDARD

Cest inutile... j'ai mon coup^.

PARASOL

Je vais faire avancer.

U sort.

BALANDARD, dUnt sa lirr6e, h U conilesse.

Madame, je vbus rends voire livr^e et en vous remerciant de voire bonne soiree, (a part.) Pourvu que je retrouve mon habil !...

II sort.

OLYMPIA

Si je filais aussi? (a Marguerite.) Bonne nuit, madame la marquise de Parasolos.

E'le sort.

MARGUERITE

Bonsoir, esp^ce de grue! Ah! j'^louffe, mon diner ne passe pas. J*en ferai une maladie! Ah! maman, je meurs !

Ell^ tombe, les jambes en I'air sur le piano eo gigotant sur le clavier qui joue uft air. La oomtesse, Sautelaooupkoff, Macrophyllos s'empreBsent autour de Marguerite.

MACROPHYLLOS.

Elle fail la carpe, apporlez un pol d'eau.

SAUTELACOUPKOFF.

Grallons-Iuilaplante des pieds. Otons-lul son corset

LA COMTESSE

Polisson! Laissez-la tranquille.

MACROPHYLLOS.

Alors, faisons encore un lour de roulelte pour la reraeltre.

LA COMTESSE

Mais 11 n*y a plus pcrsonne k rincer.

SAUTELACOUPKOFF.

Et le notaire qui dorl la-bas?

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