SCENE XI LE NOTAIRE, Les Precedents
LE NOTAIRE; un peu gris, son portefeuille' sous le bras.
Madame la comtesse, je vous demande pardon d'etre un peu en retard ; mais un diner de corps qui s'est un peu prolonged. . Enfin vous m'excuserez.
Asseyez-vous, je vous prie.
LE NOTAIREy s*as8eyant.
Voyons, de qiioi s'agit-il?... Vos domestiques sontvenus ce soir d^poder chez moi une assignation contre vous.
LA COMTESSE
Quelle plaisanterie ! mes gens sont fous! arrangez raifaire !
LE NOTAIRE
D'autant plus que ce n'est pas de mon ressort. J*ai renvoy^ la chose par-devant qui de droit.
LA COMTESSE
C'est bien, mais il s'agit de bleu autre chose. Je vous ai fait prler de venir ce soir au sujet d'un manage pour ma fille.
LE NOTAIRE
Ah! vous la mariez... fortbien ! Et centre qui?
LA COMTESSE
Gonlre? avec un million! Le voila la-bas, pres de Marguerite... Gomme il a Tair distingue, n'est-cepas?
LE NOTAIRE
J'ai la vue si basse... Mais allez au fait... €e monsieur apporte un million et Marguerite?... zero,
A peu pres... Vous comprenez done qu*il s'agirait de dresser le contrat de telle sorte que I'avenir de ma fille idt assure.
LE NOTAIRE
Nous aliens voirga... J'ai toujours du papier timbre et tout ce qu'il faut pour 6crJre avec moi* (n cherche dans sa Berrieite.) J'aurai bientdt hide un projet de contrat.^. il n*y aura que des blancs a remplir*.. Ou me mettrai-je?
LA COMTESSE, a Balandard.
Garden! approchez une table*
BALANDARD5 apporUnt une tables
Voila I Monsieur ne desire rien autre ?
SCfeNE ONZlfeME. 207
LE NOTAIRE
Si fait, un verre de quelque chose... j'ai mang6 poivr6 d ce diable de diner, et j'ai unesoifde Polichinelle.
BALANDARD, h lart.
II a Fair d'avoir pourtant assez bu. (naut.) Monsieur desire un verre d'eau sucree ? ,
LE NOTAIRE
De Teau ! c'est bien froid sur Testomac.
BALANDARD
Un verre de punch ?
LE NOTAIRE
Oui ! (a part.) (la me dissipera peut-etre mon mal de
tete. (Haut, cherchant dans sea papiers.) CcjOUrd'hui, CtC, CtC... ;
d la requete de M. Baptiste Labranche et demoiselle Javotte... C'est votre assignation.
LA COMTESSE
Faites-en des papillotes pour votre perruque.
LE NOTAIRE
Ma perruque ? Est-ce que j'ai Fair d'en avoir une ?
LA COMTESSE
Oh! non.
BALANDARD, apportant un verre de punch.
Monsieur!...
LE NOTAIRE, aralant d'un trait le contenu de son yerre.
Ah ! excellent punch !
BALANDARD
Monsieur ne r^cidive pas ?
LE NOTAIRE
•Oui, tout a rheure... (ii fecrii.) Cejourd'hui... etc., pirdevant nous, M« Gratterole, notaire, demeurant a Paris, rue du Papier-Timbre, etc., etc. Ont comparu :
Demoiselle Marguerite de Valtreuse, n6e a Paris (Seine), de madame sa m^re et de M. son pere inconnu^ fille mineure...
Elle est majeure, mais vous pouvez laisser...
LE NOTAIRE
Frangaise, 'saine de corps et d'esprit, d'une part... et M. le... (a Parasol.) monsieur, ia-bas, votre nom, sMl VOUS plait?
PARASOL
Boniface Parasol.
LA COMTESSE, aa notaire.
II est Espagnol et marquis.
LE NOTAIRE
Je le veuz bien !... Et le marquis Bonifacio Parasolos> d'autre part, c^libataire, n^ en Espagne ou autres lieux. fites-vous parent du d^troit de Bonifacio ?
PARASOL
Permettez...j'ai une petite observation & vous faire...
LE NOTAIRE
Je ne permets pas! Silence! du sexe... du sexe...
(Sa perruque tombe et loi bouche les yeax.) Ah ! mon DiOU ! je
n'y vols plus! Vous avez 6teint le lustre!... je suis aveugle.
BALANDARD, lai remettant sa perruqne.
Non, monsieur, c'est votre faux loupet.
LE NOTAIRE
Merci, jeune homme, tu m'as sauv6 la vue ! Quels sontles t^moins?
C'est madame de Saint- Remy. (a pan.) Mais oCi esteile? Que fait-elle? Pourquoi n'est-elle pas ici?
SCfiNE ONZlfiME. 209
LE NOTAIREy terirant.
Assiste de madame de Saint-R^my, ^galement du sexe masculin.
LA COMTESSE
Pardon^ c'est une dame.
LE NOTAIRE
Alors, Jusqu'd preuve contraire I Tautre t^moin ?
(Sa perruque tourne encore.) Ah ! enCOre UQC Ophtalmio ! Je
deviens d^cid^mentaveugle...
BALANDARD
Non, c'estvotre pemique.
n la lui remet.
LE NOTAIRE
Merci, mon ami, Tautre t^moin ?
SAUTELACOUPKOPF,
C'est moi, monsieur.
LE NOTAIRE
Votre nom ?
SAUTELACOUPKOPF.
Babylas, prince de Sautelacoupkoff.
LE NOTAIRE
L'autre t^moin, Babylone de la Tour Malakoff, 6galement du sexe f6minia.
SAUTELACOUPKOPF.
Je reclame.
LE NOTAIRE
Plus tardi ne me troublez pas, je le suis d^jk assez... Votre profession?
SAUTELACOUPKOPF.
Prince, parbleu!
LE NOTAIRE, 6crlt.
Prince Parbleu... (a pan.) Mon Dieul que j'ai mal k la t^e!... (Haat.) Lesquqls ont, par ces pr^sentes, r6gl6 les
conditions civiles de leur mariage qu'ils entendent ce- 16brer et achever a la mairie de leur paroisse en presence des t^moins instrumentaires dont les noms figurent au bas dudit acte, dont acte.
LA COMTESSE
Si vous faisiez signer tout de suite les futurs et les t6moins, puisqu'ils sont tous Id?
LE NOTAIRE
Au fait, qsL m'^viterait la peine de revenir.
Mais je ne vois figurer sur ce contrat aucune clause d'apport de dot.
LE NOTAIRE
C'est probablement un oubli... Je vais faire un renvoi a Parasolos... lequel reconnait en dot d demoiselle Marguerite... la somme de...
LA COMTESSE
Mettez cinq cent mille francs!
LE NOTAIRE 4criU
Voild! Maintenant, mademoiselle T^pouse, veuiilez signer...
MARGUERITE
Ou?
LE NOTAIRE
Ici! et a ce renvoi important, la!
Marguerite signe.
LE NOTAIRE, tendani la plume h Parasol,
A VOUS, jeune hidalgo, veuiilez signer.
PARASOL
Je ne sais pas ^crire.
LE NOTAIRE
^a ne fait rien, signez en espagnol.
SCfeNE DOUZlfeME. 211
PARASOL
Qui? quoi? Permettez!
BALANDARD, bas h Parasol.
Taisez-vous done ! On joue une charade.
PARASOL
Une charade?... Qu'est-ce que e'est que ga?
LA COMTESSE, B'adressant i tous.
Permettez -moi, mes amis, de vous faire partde toufe ma joie!
MACROPHYLLOS.
Madame^ recevez mes compliments.
SAUTELACOUPKOFF.
Mademoiselle, mes felicitations sinc^res.
OLYMPIA
Chere Marguerite, ch^re comtesse! (Avec uno r^y^rence.) Monsieur le marquis !
PARASOL, h part.
Us sont fous! Et pas moyen de placer un mot.
On Sonne. Balandard va ouyrir et annonce madame de Saint-Bemy.
SCfiNE XII MADAME DE SAINT-REMY, Les Pr^c^dents.
MADAME DE SAINT-REMY
Qu'est-ce que ga veut dire? C'est vous, monsieur Balandard, qui ouvrez les portes et sous cette livr^e?...
BALANDARD
line fantaisie de la maltresse de la maison.
LE NOTAIREy k madame da Saint-Remy.
Savez-vous signer?
MADAME DE SAINT-REMT
Gertainement que je sais signer... Pourquol faire? Quelle vente faites-vous done?
LE NOTAIRE
Mais pour le conlrat de...
MADAME DE SAINT-REMY
Le central de qui?
LE NOTAIRE
Mais celui de mademoiselle de Valtreuse et du marquis Bonifacio Parasolos.
MADAME DE SAINT-REMY
Mais Boniface Parasol, et non Bonifacio, n'est pas marquis, mais simplement un domestique de place. Le jeune homme dont je vous avals parl6, c'est M. Arthur Balandard ; le void !
Mouvement de surprise parmi leg assistanU.
LA COMTESSE, se laissant tomber sar an fauteuil.
Quel impair!
OLYMPIA
Quelle d^gringolade ! Et moi qui faisais des frais... pour... un frotteurl
LA COMTESSE
Le contrat pourrait servir tout de m^me. II n'y aurait que les noms A changer? n'est-ce pas, notaire ?
LE NOTAIRE
Si vous le d^sirez...
BALANDARD
Vous plaisantez agr6ablement... mais, en bonne conscience, je ne peux pas 6pouser la fianci^e de... M. Parasol.
SCfeNE DOUZIJIME. 213
PARASOL
Gette demoiselle ne m*est de rien ! je suis mari6 depuis quatorze ans et j'ai sept enfants, je n*ai pas k me plaindre de ma'me Parasol.
LE NOTAIRE
Que diable ! il fallait le dire plus tdt.
PARASOL
Et le moyen? G'est pas un notaire, c'est un chemln de fer.
LE NOTAIRE
Alors il n'y a rien de fait.
B dechire le oontrat.
MADAME DE SAINT-R£mY, k part.
C'est une affaire manqu^e. (a parasoi) Apr^s un pareil esclandre, Parasol, je vous engage a vous retirer
PARASOL
Avec plaisir, madame. (a saiandard.) Monsieur, je suis f4ch6 de ce qui arrive, mais vous avez pu voir vousm^me s*il y avait moyen de placer une observation.
BALANDARD
Mon brave, je ne vous en veux pas, au contraire.
PARASOL
Monsieur est bien bon!... Si monsieur voulait accepter queique chose, sans fagon, chez le roastroquet du coin.
BALANDARD, riant.
Une autre fois, je ne dis pas non; mais ce soir, c'est rooi qui vous invite a souper k mon h6tel.
PARASOL
Je suis aux ordres de monsieur... Je vals chercher un fiacre...
214 LE LUNDI DE LA eOMTESSE.
BALANDARD
Cest inutile... j'ai mon coup^.
PARASOL
Je vais faire avancer.
U sort.
BALANDARD, dUnt sa lirr6e, h U conilesse.
Madame, je vbus rends voire livr^e et en vous remerciant de voire bonne soiree, (a part.) Pourvu que je retrouve mon habil !...
II sort.
OLYMPIA
Si je filais aussi? (a Marguerite.) Bonne nuit, madame la marquise de Parasolos.
E'le sort.
MARGUERITE
Bonsoir, esp^ce de grue! Ah! j'^louffe, mon diner ne passe pas. J*en ferai une maladie! Ah! maman, je meurs !
Ell^ tombe, les jambes en I'air sur le piano eo gigotant sur le clavier qui joue uft air. La oomtesse, Sautelaooupkoff, Macrophyllos s'empreBsent autour de Marguerite.
MACROPHYLLOS.
Elle fail la carpe, apporlez un pol d'eau.
SAUTELACOUPKOFF.
Grallons-Iuilaplante des pieds. Otons-lul son corset
LA COMTESSE
Polisson! Laissez-la tranquille.
MACROPHYLLOS.
Alors, faisons encore un lour de roulelte pour la reraeltre.
LA COMTESSE
Mais 11 n*y a plus pcrsonne k rincer.
SAUTELACOUPKOFF.
Et le notaire qui dorl la-bas?