SCENE QUATORZlfiME
LA COMTE^SE
G*est une idee lumineuse. — - Alloas-y I
On sonue.
Qui est-ce qui vient encore?
EUc ra oavrii-.
SCfiNE XIII BAPTISTE, Les Precedents.
LA COMTESSE
Ah 1 c'est vous, Baptiste, vous venez me faire des excuses ?
BAPTISTE
Madame en aura, (ii va au rond ct ouvre is pone.) Entrez, messieurs.
SCfiNE XIV UN COMMISSAIRE, Deux Agents de police,
& chaque pone, LeS PRECEDENTS.
LE COMMISSAIRE
Au nom de laloil que personne ne tiortel
LA COMTESSE
FiloDs!...
LE COMklSSAIREi
Lcs issues sont gard^es.i. (a la comiesse.) Fiiie TirouXj connue sous le faux nom de comtesse de Yaltreusei au nom de la loi, je vous arr^te, vous et vos acolytesj comme tenant un tripot.
LE NOTAIRE, 8*6Tem«int.
Qu'est-ce qu'ii y a?
LA COMTESSE
Nous sommes pinci^s.
LE NOTAIRE
Ah mais! qsL n'est pas drdle pour un notaire I
BAPTISTE
C'est moi qui ai rhooaeur de faire coffrer madame en prison.
LA COMTESSE
Canaille ! tu m^ suivras. Monsieur le commissaire, cet homme est mon complice.
LE COMMISSAIRE, h Baptistc.
Au nom de la loi, je vous arr^te aussi.
BAPTISTE
Je ne m*altendais pas a celle-la ! Et ma candidature?
Rideao.
UNE NUIT A GHATEAUROUX
Com^die en un acte, jouee pour la premiere fois k Nohant,
le 26 mars 1875.
PERSONNAGES
BALANDARD
FRITDRIN, aubergiste.
Le Gommissaire db police.
JEAN, gallon d'auberge.
Le Pompier.
CORISANDE
Ursule FRITURIN.
MARIETTE, fiUe d'auberge.
La sc^ne se passe k Ch4teauroux, en 1875.
Una chambre d'aubergc. — A gauche du spectateur, un bureau avec livres de comptes et lampe allum^e. Chaise, une chemio^e de marbre violet avec pendule, vases et flambeaux. — Glace au-dessus, garnie de cartes de visiles, d'adresscs ct de photographies. Porle d'enlr^ donnant sur le corridor.
A droite, une table avec un regiment de bougeoirs garnis. Fen^trc donnant sur la cour avec rideaux ferm^s. — Un fauteuil avec un sac de nuit, un paletot et un chapeau. — Champignons k la muraille formant porte-manteau. — Au fond, deux lits en noyer garnis de draps, d'oreillers et d'6dredons. — Rideaux. — Une table de nuit entre deux lits. — Une chaise de paille au pied de chaquc lit.
SCfiNE PREMIERE
FRITURIN, MADAME FRITURIN, aa»i«e i .on bureau. FRITURIN, se promenant les mains dans ses poches.
Allons, madame Friturin, ma noble Spouse, continuez d inscrire les d^penses du jour.
218 INK NUIT A CHATi:4UU0LX.
MADAME FRITURIN.
D'abord, monsieur Isidore Friturin, je ne sais pas pourqiioi vous m'appelez noble. Voiis savez bien que tous les Friturins, vos aieux, ont et^ aubergistes a Ghaleauroux, de pfere en fils, u Tenseigne de la T6te de Veau, et que quand, moi, Ursule de la Potiniere, n^e. a Vatan.. de parents pauvres, j'ai consenti a devenir votre epouse, j'ai perdu le peu do noblesse que mes anc^tres avaient amassoe sur ma t^te.
FRITURIN.
Et vous regretlez... En voila assez, n'est-ce pas? Marquez le n® 5, la d^pense du comte de BarbUlon, sa dame, sa demoiselle... Comme si on en manquait, des gens titres al la T6te de Veau! Est-ce dans votre bicoque de campagne, a Vatan, va-t'en au diable ! que vous en receviez beaucoup des gens comme ga ! Six dejeuners, six diners, un potage extra, un chocolat, une fleur d'orange pour la demoiselle, sucree ; bougie, caf(6, oxcedent dc serviettes de toilette : soixunte-quatre francs soixante-quinze centimes.
MADAME FRITURIN.
Va pour soixante-cinq francs !
FRITURIN.
Soit ! — Le n<> 6, un dejeuner, un diner, trois cigares, deux bougies: douze francs. — Le colonel, son ordinaire, quinze jours de pension, quinze dejeuners, quinze diners, quinze bordeaux, quinze chablis, treote cigares, pas dc linge, pas de chambre, pas de bougie!...
On entend Koimer dix heures, d'abord k la pendule qui est sur la chemineej puis dans la salle h manger, puis dans la cuisine, puis & la cath^drale*
MADAME FRITURIN.
Ah! mon Dieu! d6ja dix heures 1
FRITURIN.
Nous avaiiQOHs!
SCfcXfc: DElXifeME. 211)
MADAME 1 RITURIN,
NoO; ecoute! ga sonne d la catheJrale. Ne ya pus manquer le chemin dc fer!
FRITURIN.
Flcbtre! je n'ai plus que dix miiiuies! as-Ui fnit moQ sac de nuit? II ne me faut que mon habit, deux mouchoirs et an faux col. Est-elle ridicule, ta lanto, d'etre malade dans un moment oii nous avons lant d*ouvrage, la raaison plelne, quoi! Pour ce qu'elle a a te laisser... Enfiu, c'est toujours un petit heritage... No le desole pas, Ursule, Bourges nest pas au bout du monde, je serai de retour apres-demain.
Trompetle da cantoimier de chemin de fer dangle loinlain. MADAME FRITURIN.
Voila le train !
FRITURIN.
Mon paletot, mon sac, mon chapeau I Voila, bonsoir, sois-moi fidele!
MADAME FRITURIN.
Va done, va done ! crois-tu pas que je vas aller dansor le cancan avec les cigari^res? Va doncl tu manqueras le train.
MARIETTE, avec una bougie allumee qa'elle posesur la table de nuiU
Je vas porter le sac d monsieur.
MADAME FRITURIN*
On n'a pas besoin de toi, fais vile les couvertures I
Uti sorienl. Coup dc sifflct d'arrivee^u Irain ct roulenient de wagons.
SCErsE 11
MARIETTE
On n'a pas besoin de toi pour aider le bourgeois. Croit-elle pas que j'y liens a son vieux? Fais les couver-
220 UNE xNLIT A CliATEAUROUX.
tures! Pardi! je vas ben les faire, ceux couvartes! j'at mis des draps blancs k ce matin...
MADAME FRITURIN, dehors.
Mariette, Mariette! descends^ descends vile!
MARIETTE, sans se d^raDger, criant.
Voild, madame! (Apart.) Descends vile, et puis on me dira: Pourquoi que t'as pas fait les couvartes?
SiiHet de la locomotiTe. — Sonnette du chef de gare — toux de la chaudi^^ •—
rottlement du train qoi s'dloigne.
Aliens! v*ld monsieur qui s'en va!
MADAME FRITURIN, d'en has. .
Marietle!
MARIETTE
On y Ya, madame ! (Elle s'arr^te & la porta ouTerte et teoulc
des Toix dans I'escaiier.) Ah bon ! eucore des vo^ageurs, ousqu'on va les meUre?
Lillti ttorl ea laitisanl ba bougie allumee.