‹ Le théâtre des marionnettesChapitre 77 sur 135 · UNE NUIT A CHATEAUROUX · texte numérisé non relu

UNE NUIT A CHATEAUROUX

JEAN, au dehors.

Cest c'te marche en bois.., fa glisse! je me suis d6crochet6 les 6rins !

Corisande fait uq mouyement.

MADAME FRITURIN, I'arrfitant.

Ne craignez done rien. II veut qu'on s*occupe de lui. Ainsi, vous fites madame de... mon Dieu, j*ai oublie votre nom de dame, un nom stranger.

CORISANDE

Madame de Graboyos, mon man etait Espagnol. (a pan.) Un Auvergiiat, un Espagnol de Clermont! (Haul.) Dieu merci, je suis veuve I

MADAME FRITURIN.

Ah! vraimenl? Je Tavais oui dire, mais M, le comfe des Andouillers, voire p^re...

CORISANDE

Mon p5re, mon perel... le meilleur des hommes.

MADAME FRITURIN.

Oh ! certainement, un homme qui n'a rien i lui.

CORISANDE

Et pour cause. II y a trop de femmes chez lui. 11 ne s'occupe pas assez de moi, il m'a laiss^ faire un manage... Et d present, il ne salt pas seulement si j'exisle, si je suis veuve ou remariee.

MADAME FRITURIN.

Dame, ecoutez ! 11 est bien dg^ et sa memoire...

CORISANDE

E^, puis, il y a de ma faute, j aurais dA aller vivre avec lui apres mon veuvage, mais il aurait fallu faire maison nette, me disputer avec lui, peut-6tre, lui faire de la peine... moi, je ne sais pas chagrin er les autres, Qa m'ennuierait, ^a me ferait maigrir...

Elle Uille.

SCftNE QlJATRlfiME. 225

MADAME FRITURIN.

Madame, je vous fais causer et vous files fatigu^e.

CORISANDE

Oh ! moi, quand je parie, je n'ai plus sopoimeil; mais c'est 6ga], je vais me coucher. (odzs heures sonnent.) Onze heures ! Je n'ai que quatre heures d dormir et encore le temps de faire ma toilette du matin...

MADAME FRITURIN.

Je vais aller continuer mes comptesdans mon bureau.

CORISANDE

Vous ne vous couchez pas encore?

MADAME FRITURIN.

Oh ! gu^re avant minuit. Mais je ne ferai pas de bruit en rentrant. Dormez tranquille ! Bonne nuit, madanie.

CORISANDE

Bonsoir, merci.

Madame Friturin sort et emporle la lanipe.

SCfiNE IV

CORISANDE, die son chapeaa, oarre sa malle, en tire son bonnet de nuit, dSfatt sa robe, dte son corset, resle en peignoir et se couche tout en parlant.

Ah ! elle peul bien faire tout le train qu'eile voudra, je la d6fie bien de me r^veiller avant Theure. J'ai 6t6 61ev^e comme ga, moi ! fille d'un chasseur, bercee par les hurlements des chiens courants, r6veill6e d^s Taurore au son de la trompe... Mon pauvre p^re !... j'esp^re bien qu*il sera a la noce de sa petite -fille... apres 9a, il n*^tait pas a la mienne. II n'a jamais vu mon mari. Ce que c'est que d'etre trop bon. On se laisse gouverner. J'en tiens, moi, de cette faiblesse-1^. J'ai supporte un mari qui n'6tait pas agr^ble tons les jours,

226 LWE NUIT A CHATEAUROUX.

Enfin ! il n'y est plus et on nc m*y reprendra pas & sacrifier ma liberie, (sue se couche.) Oh! quel vent par celte porte ! c'est comma un soufflet de forge! Ah bah! c.*est comme ga dans toutes les auberges. Je connais ga, majs j'ai un moyen.

Kllc va chercher fion parapluie, Touvre, le met rar son lit et s'endort dessous en fredonnant apr^s avoir souMe sa bougie.

SCftNE V

CORISANDE, puis MARIETTE et BALANDARD,

Houlement d'une chaise de poste. Coups de fouet. Grelots. La voiture s'arrdte, on entend confus^ment une discussion anim^ en bas.

CORISANDE

Pas possible ! Si fait, si fait, n*importe ou. — Trop de

monde. — ^a m'est egal. (On entend dUUnctement madame Fri-

turtn.) Mariette ! va done voir chez moi...

MARIKTTE, entrant arec une raliae k la main et tenant une bougie allum^.

Ya done voir si elle dort... Eh oui, qu*alle dort... anvec un parapluie?... Ah ! c'est le coulant d'air de la porte... Eh ben, si alle dort, c'est ben commode, alle saura pas... Et puisqu'il paye double aussi, lui ! (eiie

INMe la valise sur une chaisj et la bougie sur la table de nuit, va i la porte et dil h la canlonade h Toix couverte.) Montez, montCZ, mOUSlcur !

puisque madame quitle son lit pour vous faii*e plaisir... Alle couchera ben dans le bureau.

BALANDARD, entrant.

Elle est tres aimable, ta patronne. Tu Tappelles?...

MARIETTE

Madame Friturin.

BALANDARD

Eh bien, je lui reserve deux stalles de premieres quand je viendrai donner une representation a Ch^teauroux.

SCftNE CINOLlftME. 227

mariettj:.

C'est-i' que vous etes coumedien ?

BALANDARD

Qui, coumedien et directeur de Iroupe.

MARIETTE

Eh ben^ et mol? j'aime tant ga, la coumedic !...

BALANDARD

Toil je te ferai entrelr pour rien, et tu auras du Sucre d'orge... a ia menthe. (a part.) Dieu! qu*ell6 sent rail 1

MARIETTE

Ah merci ! et quand que c*est qu'il y aura ia coum^die ?

De demain en cinq ou six ans. Mais« dis done, ii y a quelqu'un dans ce lit? Est-ce que c'est M. Friturin?

MARIETTE

Nod, monsieur, c'est un voyageur de commerce qui s*en va dans deux petites heures.

BALANDARD

Ah ! bon ! mais est-ce qu'il pleut dans la charabro, qu'il a un parapluie sur le nez?

MARIETTE

Non, c*est le coulant d'air. Partez-vous point pour La Chdlre par la diligence de trois heures?

BALANDARD

Trois heures du matin? merci! La Chdlre? jamais... JjB ne connais que les bons billets qu*il a de La Ch^tre ! j'en ai eu souveot comme ^!...

MARIETTE, gracieuse.

Je sais pas ce que vous ditos ; ^a doit ^tre des betfses! vous avpz Tair farceur!

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