SCENE III
MADAME FRITURIN, d'en has.
D^solee, madame, d^solee! niais il ne me reste plus dc place.
CORISANDE, dehors.
Aliens done, il ne m'en faut pas tant de place!...— Voyons, voyons, ma ch^re dame, je suis ^reint^e, il faut que je dorme ou que je meure, je pars demain matin pour La Gh^tre, k trois heures. Une chambre quelconque, oii vous voudrez, mais il me la faut ; je ne m'en vas pas, je ne vous quiite pas.
Elles entrent en sctee.
MADAME FRITURIN, entrant uii Oamheau k la main.
D6sol6e, desol6e, ma ch^re dame, mais...
SCftNE TROISlftME. 221
CORISANDE
Eh bien, qu'est-ce que vous dites que vous n'avez pas de chambre, yoila deux lits.
MADAME FRITURIN.
Mais ici, c'est ma chambre.
CORISANDE
£h bien, vous ne couchez pas dans deux lits, je suppose! Entre femmes on s'entr'aide. Pr^tez-m*en un, soyez compatissanle pour une pauvre voyageuse. Je vous payerai double.
MADAME FRITURIN.
Vous m'en direz tant, ma ch^re dame, que... je ne peux pas vous refuser. Volci mon lit. (Eiie lui montre le iit
de gauche pr&s de la porte.) Jo VOUS lo C^de, jO COUCherai danS
celui de mon mari.
CORISANDE
Yotre mari?
MADAME FRITURIN.
II est absent, madame, 11 vient de parlir pour Bourges.
CORISANDE
Alors tout s'arrange.
MADAME FRITURIN.
Le lit est tout frais^ blanc de ce matin, vous y serez tres bien. Faut-il faire mooter tous vos bagages?
CORISANDE
Tout, certainement, je vous en prie.
MADAME FRITURIN, & la canlonade.
Jean ! montez les colis chez moi. (a corisande.) Vous en avec beaucoup ?
CORISANDE
Eh ! raais oui. Je vais a une noce, la noce dc ma niece, mademoiselle Hyblea de Bonbricouland. Con-
^l LXK MIT A CHATHAt'ROUX.
naissez-vous ^? elle se marie a La Ch&tre, avec un milltaire, le capltaine Yachard.
MADAME FRITURIN.
Mais parfaitementy madame. Toutes les personnes nobles du pays descendent chez moi.
JEAN, qu'on a entenda mooter Tescalier avec des gros sabots, entre
apportant une partie des bagages.
Via vout^s aflalrcs.
CORISANDE
Bon, ma malle, et la caisse de robes... (a madame fhtarin.) Cadeaux de noces et toilette pour moi, il faut bien qu'une Parisienne paraisse un peu requinqu^e.
JEAN
Ou que je vas poser 9a?
CORISANDE
NimpOrte OQ, apportez le reste, (jean sort. — a madame
FrituriQ.) Dites douc, il n'est pas beau, votre gar^on.
MADAME FaiTURIN.
C'est comme ga que mon marl me les choisit, il est si jaloux !
On entend Jean qui d^ringole dans rescalier.
JEAN, dans Tescalier.
Diache les fumeurs I ^ crache dans les escayers...
MADAME FRITURIN.
C'est un pr^texte pour tomber; il n'y manque jamais, faites pas attention, c'est son habitude. Yous dites que cetle demoiselle est voire niece; est-ce que vous seriez...?
CORISANDE
Corisande des Andouillcrs.
MADAME FRITURIN.
Ah ! mon Dieu ! ma chere dame, je vous ai vue sou-
SCfiNE TROlSlfiMK. 223
vent quand vous ^tiez demoiselle, je vous reconnais a present.
CORISANDE
Ah dame I j'ai engratss^, et puis je n*ai plus quinze ans.
MADAME FRITURIN.
On vous ies donnerait toujours.
CORISANDE
J*en ai trente, et je suis fraiche, je n*ai pas encore
bcSOin de Cacher mon &ge. (j(«aa apporto le resle (les paquets.)
Bien ! mettez lout <^ ici.
JEAN, posant lentement et maladroiteinent Ies objeU.
Je cr6s bin quVest des mangoailles. Ca sent rudemen t bon !
CORISANDE
Qui, c'esl pour la noce : des pStes, des truffes, un gros baril d'anchois et de sardines.
JEAN
Et c'te cage, ga piaule la dedans; c'est-i' pas qu'euque b6te mechante?
MADAME FRITURIN, regardant la cage.
Beta I c*est des pelits poulets. Est-ce qu'ils vous ont mordu ?
JEAN
Oh non ! je m'en suis m6fie.
CORISANDE
Des poulels chinois pour ma soeur qui est folle des b^tes.
MADAME FRITURIN, h Jean qui veut regarder Ies poulets.
Allons, c'est bon, allez-vous-en. (jean sort.) Et ne tombez pas.
Tout ausf)U6t, on eiilend Jean rouler dans I'egcalier.