‹ Le théâtre des marionnettesChapitre 80 sur 135 · LA M^ME VOIX · texte numérisé non relu

LA M^ME VOIX

Ah ! on s'y en va.

BALANDARD

C*est pas malheureUX ! (a referme la fen^tre et va pour se recoucher, il entend les poulets qui p^pient dans le panier.) Qu eSt**

ce que c'est encore que ^a ? (n regarde dans le panier.) Des poulets? Us sent gentils ; petits ! petits!... mais vous

allez vous taire ! (U va pour se coacher, 11 ^ternue.) Ale donc^

va ! je me suis encore enrhume par cette fenfitre ouverte. Dort-il, ce voyageur ! Heureux Jules ! (ii souifevo un

peu le paraplaie sans rofr la figure de Corisande.) Ah ! ah ! 11 gamit

bien un lit! riche nature! un hippopotame... (u se re-

couche, un moment de silence. La pendule de la cliemin6o sonne une heure.)

Voild une pendule qui fait trop de bruit, (u se rei^ve ct va k la pendule.) Attends, tol ! jc vas t'arr^lcr. Pas besoin de savoir Theure pendant que je dors, (ii arr^te la

pendule et ra se recoucher pendant que toutet les autres, jusqu'it eelle de la ca.h6drale, sonnent k leur tour.) Dlable ! jC nO peUX paS leS

arr^ter toutes. (un coq chantedaas la cour.) fist-co que c'cst

SCfeNE SIXIfiME. 231

celui du panier ? Quelle voix ! pas possible, non, c'est

dans la COUr. (Un cUen japp? k pIusieurB reprises.) Ell YOil& Un

chien assommant! II est enrag6! Attends, je vas te faire taire ! (u se ifeve.) Qu'est-ce que je pourrais bien lui Jeter? Qa? Un tire-botte... ma foi, oui. (u ouvre la fea«ire; le chien jappe eneore plus.) Allez coucher, au chenil, 4 la

paille ! (Le chien redouble ; il lui jette le Ure-boUe. On entend un

carreau brisd.) Allons, boH ! lo tire-botlo a rebondi dans la fen^tre d'en bas. J'ai manqu6 le chien, mals 11 a eu

peur et il se Sauve. (Une cbauTe-tourls Tole autoar de sa bougie.)

Quoi, encore ? une chauve-souris ! Ah I mals, c'est que je n'aime pas ces b^tes-la... je ne peuxpas les souifrir. Heureusement la bonne a laiss^ son balal. (u prend le

balal et faitle moulinet sans allraper la chauve^ouris.) C'est fatigaut

et inutile, je vas lui mettre la bougie sur la fen^tre.

(n met la bougie, le rent I'aeiiit, il ferme la fenfttre.) Va aU diable ! Je Crois qu'elle est partie! (n regagne son Ut & Ulons et se couche. Un train de marchandises passe.) Ah ^a I C'est doUC tOUS

les trains de la terre qui passcnt ici... (u se met sur son 86ant.) Nom d'un chien! j'ai la colique... C*est cette fenMre ouverte, j'ai attrape un courant d air, comme dit la fille a Tail. De Tail I je n'en ai pourtant pas mange, moi ! Ah ! j'y suls ! j'ai mange du canard aux oignons a Jeu-Maloches. Heureusement, ^a se passe, ce ne sera rien ! Dormons. (on emend ruisseier la piuie.) He ! h6 ! dites done le camarade! Monsieur Jules I vous avez rudement bu de la biere hier soir... Encore? toujours done? Eh non, c'est la pluie... une pluie d'orage ! Le mastodon te n'y ebt pour rien. 11 se contente d'imlter le violoncelle en ronflanl, c'est en mi bemol... ^a change, le voilk en sol diese, il ronfle faux. C'est une toupie hollandaise, ce gar^x)n-la. H6! Jules! 11 n'entend rien. J'etais siir qu'il ronflerait, il doit avoir le nez trop court ! Je vas siffler, on dit que c'est le moyen. (ii siffle k piusieurs reprises.) Qa fait quelque chose, ^a diminue. (ii biiiie; les ronflement^

232 LNE NUIT A CHATEAUROUX.

de coriMDde redoubient.) AUons ! & present, c'est un tonnerre lointaio. Nod, Qa ne peut pas durer comme Qa ! II faut qu'il s'^vcille ou que je reste eveill6 toute la nuit. Mais, comment r^veiller? Jules! Monsieur ! Gros bonhomme!... U est probablement sourd, il faut le secouer un peu.

II prend son 6dredon et frappe avec but le parapluie dont le boat percer^dredon. Le duret se impend en nuage. Gorisande effrayte s* reveille.

CORISANDE

Quoi? Qu*est-ce qu'il y a ? Un tremblement de terre *?

Tiens, liens! afifreux ronfleurl -

CORISANDE, i part.

Madame Friturin? (aaut.) £t^s-vous somnambule? R^veillez-vous I

BALANDARD

Me reveiller ? je ne fais que Qa I Tiens, attrape !

II la frappe arec I'Sdredon h oioill6 Tide.

CORISANDE, k part.

Ah mais, elle veut m'assassiner, elle est furieuse I Je me d^fendrai !

EUe saisit son 6dredon, se l^e. Combat dans les t^nibres. On attrape la pendole qui tombe et se brise en sonnant toutes ses heures.

BALANDARD

Qu'est-ce qu'il se passe ? Tr6ve ! je demande une tr6ve. Je n'en peux plus, ouf !

CORISANDE

Et moi done! vous voila calm6e, recouchons-nous ; votre pendule est cass6e, c'est votre faute, eest vous qui avez commence.

BALANDARD, k part.

Ma pendule, ma pendule, pour qui me prend-il avec sa voix flCit^e? 11 ronfle Irop, il perd sa voix par le nez.

SCfeNE SlXlfiME. 233

corisande;.

Hein ? quoi ?

BALANOARD.

Hien, dormez, la paix est faite.

COAISANDE.

Je ne demande que ga, moi ! Mais comme vous 6tes cnrhum6e du cerveau, ma ch^re !

BALANDARD

Ma chere ! il me prend pour madame Friturin... Je tombe sur un myst^re d'iniquit^s. (Dans robscarit^, en re-

gagnant son lit, il se trompe et se met dans celui de Corisande oit Corisonde va

pour se eoucher.) Ah noTi ! par exemplo ! vous 6tes tro gros, mon cher !

CORISANDE, k part.

Mon cher ! elle r^ve encore. (Haat.)Mais c'est mon lit que vous avez pris.

BALANDARD

Pas du tout, c'est le mien.

CORISANDE

Alors, c'est que je me trompe. (Eiie va au nt de Baiandard, s*y couche. A part.) D^ailleufs, jo ne veux pas la contrarier, elle a le cauchemar mauvais.

Elle se rendort.

BALANDARD

Et le voiia reparli a ronfler, ga ne Ta pas corrig6, et je suis ^reint^, moi. Si ^a pouvait me rendre sourd ! Comme cet oreiller sent la pommade ! Je n'en mets pourtant pas... Qu*est-ce que j*ai fait de mon bonnet de coton? je Taurai perdu dans la bataille. Je vasmc fourrer sous la couverture.

II s'enfonce sous les drapa. Au dehors deux hdures sonnenl a toutes les pendule;* et horloges. Attelage et bftchage de la diligence, bruits et dialogues de toIx ranques et embrouill^es dans la conr.

i34 UNE MIT A CHATEAUROLX.

— Comm'^a, c'est la Grise que v'lez? hi done I

— Dam ! le Rossard est trop ^corche !

— Avez-vous la caisse pour le capitaiae?

— Quel capitaine?

— Le capitaine Vachard a La Chatre; c'est un uniforme neuf qu'il attend pour sa noce.

— J Tai pas ! Ah ! si, le v'la ben.

— Et c'te paquet d'abres, ^a se lient lout drait commc un ciarge^ ga rangera jamais sous la bache.

— Mettez-le d'ssus anvec des cordes.

— (la lient pas, j*ai pas d'cordes,

— Ah! bougre de maladroit, ^a salt pas s*y prendre... liens, argarde, qa y est; c*est pas pm malin que ga!

— Et le grous violon d c'musicien qui va a la noce ?

— Y a pus d'place.

— Faut ben Tprendre, c'est pour faire danser les mari^s.

— Pique-le sous ces malles.

— Y veut pas entrer.

— Y veut pas ! pousses-y done la queue !... ii a pete un coup !

— Ca fait rien ! am^ne les chevals !

BALA N D A R D, se meltant sur son R6ant .

C'est d'un puissant int^r^t, ce qu'ils disenf, mais

C'est aSSOmmant ! (n se Ibre el r& ouvrlr la fendtre, on entend ruisseler la pluie. Arec Ironie. ) DitOS donC, si VOUS VOulieZ

monter, je me m^lerais a votre conversation.

UNE VOIX d'eN BAS.

Hein ? quoi qu'il y a ?

BALANDARD

Mais c'est comme si vous parliez dans ma chambre.

UNE voix.

II va pas nous flanquer la paix, celui-Ia?

SCtlNE 1>IXI6ME. 235

BALANDARD, i part.

Ah ! c'est comme ^a qu'ils le prennent ? OCi est le

pot... d reau?(ll ra it 1a table de nait.) Attendez!... (n prend

le pot.) J'ai ce qu'il faut, il est charge jusqu'au pouce. (ii retonrae & la fenfire.) DItes donc, bavards, approchez done, je veux V0U8 dire quelque chose.

UNE voix.

Qu'est ce que c'est?

BALANDARD, verMnt le pot par la fendtre.

Voild ce que c'est ! (ll referme la fenMre et ra se recoucher. On emend ronfuB^ment des maledictions dans la cour) !

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