SCENE X
BALAiNDARD, puis FRlTURlN.
On en tend le train du chemin de fer, — arriver, — s'arr^ter, repartir^
FRITURIN, enlre.
J'ai rencontre a Vierzon M. Rafin^ qui m'a dit que la tante 6tait sur pied. J'ai trop d'ouvrage ici pour aller
SCKNE DIXIEMK. 243
perdre mon temps a Bcurges. Ma femme ne s'atlend gu^re... Com me je vas la surprendre agr^ablement ma pauvre bichelte!
II B'approche du lit et embrasse Balandard.
BALANDARD
Eh quoi! qu'esl-ce que c'est que ga? Est-ce vous, madame ?
FRITURIN, 6tmn6.
Madame ?
BALANDARD
Eh noni c'est un homme et pas beau, (ii s'eniiie la oguro.) Diles done, je n'aime pas ces mani^res-U!
FRITURIN, slapefait, i pari.
Un homme chez moi, dans le lit de ma femme! j'aurais dii m'en douter. Get empressemenl d'Ursule a m'61oigQer...(A Balandard.) Que fais-tu Ici, infdme ?
BALANDARD
Inf^me loi-m^me, j*essaye de dormir.
FRITURIN.
Yous files chez moi, maroufle!
BALANDARD
Je suis chez loi, maroufle? Eh bien, yy suis fort mal. Du diable si j*y reviens jamais...
FRITURIN.
Y revenir, miserable? tu n'en sortiras pas.
BALANDARD
Tu n'as pas fini de m'emb^ter? je te vas flanquor une danse et te coller k la porte. A-t-on jamais vu un aubergiste qui invective comme ^a ses voyageurs?
FRITURIN.
C'est juste, vous fites chez moi, mais vous aurez de mes nouvelles si... je vais m'informer des faits.
24i UNE NUIT A CHATEAUROUX.
BALANDARD
C'est par la que vous auriez dCl commencer. AUons I fiche ton camp ou je te jelte ta table de nuit a la (€te.
(Pritorin sort effraj6, Balandard so reloarne dans son lit.) Eh bien, en
voila une ville charmante que ChAteaurouxI je m'en souviendrai...
II s'endort.
SCftNE XI
BALANDARD, Le Pompier, puu CORTSANDE.
Cr^pitement, fum6e, sifflemeot d'incendie. — On bat le rappel. — On crie au feu I au feu I tocsin. — Balandard ronfle. — Le fond de la chambre se cr^ve et laisse voir les b^timents enflamm^s. — Deux poutres embras^es se d6tachent et tombent en travers des lits sur les rideaux. — Un pompier entre.
LE POMPIER
Debout! debout, voyageur!
BALANDARD
Est-ce qu'il est huit heurcs?
LE POMPIER
Le feu! le feu!
BALANDARD
Feu qui? Taubergiste est mort?
LE POMPIER
Non, la maison flambe! levez-vous.
BALANDARD, se lerant et s'habillant.
Le feu puri fie tout!
SCftNE ONZlfcME. 245
LE POMPIEU.
Vous 6tes d'un beau sang-froid! Le toit peut s'effondrer sur nos t^tes.
BALANDARD
Croyez-vous, pompier?
LE POMPIER
Fichez done votre ^amp.
BALAXDARD, passant son kabit.
Paraitre en bras de chemise en public, jamais ! Yous files bien Id, pompier.
LE POMPIER
Moi, je suis dans mon 6I6ment.
BALANDARD
Alors, je n*ai pas le temps de me raser?
LE POMPIER
Farceur! vous n'avez pas froid aux yeux, vous !
BALANDARD
Non, je n'ai froid nulle part. II fait chaud ici. (n cuercho sa vaiue.) Et mes pctltes affaires!... Comment done ^a s'est-il d6clar6 cet incendie?
LE POMPIER
Par imprudence, inadvertance, nonchalance ou malveillance ou encore par negligence. AUons! filez!
BALANDARD
Par oil? il n*y a pas d'escalier!
CORISANDE, entrant.
Si fait! si fait, c'est un nuage de fumee, je Tai bien
246 UNE NL'IT A CHATEAUROLX.
travers6 pour yenir vous avertir! (prtnam une do set caisBes.) Pompier! sauvez mes colis. (a Baiandard.) Venez!
BALANDARDi prenant ane autre naiase.
Ma ch^re dame, aurai-je Thonneur de vous oifrir mon bras?
CORISANDE
Une autre fois, courons, il n'est que temps.
l\si <iortenl, le pompier a'empresse aux colis. — Feu de bengale rouge.
Rid.'au.
LA GHAMBRE BLEUE
ComMie de famille, m61^ de chiens et de bruits, en un acte, jou6epour la premiere fois k Nohant, le 4 avril 1875.
PERSONNAGES