‹ Le théâtre des marionnettesChapitre 89 sur 135 · MADAME DE BONBRICOUL AND · texte numérisé non relu

MADAME DE BONBRICOUL AND

En queue? c'est horrible. •

VACUARD.

Mais non, des cheveux superbes comme des crinitres de dragons. Du blanc, du rouge, du noir autour des yeux, ^a fait bien.

CORISANDE

Conament s'appelaient-elles?

VACHARD.

II y en avait une grande qui s'appelait Estelle, Adele... Celeste, je crois. Oui, Celeste, c'est qa..

CORISANDE

Et raulre?

VACHARD.

L'autre, un nom ea a, Ophelia, Alida, Coriza, je ne sais pas. Le nom ne fait rien & TafTaire. EUe avait du chien, la petite!

CORISANDE

Et dites-moi quel train elles menent dans la maison?

VACHARD*

Ah! un train de hussards a quatre roues... un train de sous-lieutenants. La chasse, la tible, la danse, la

toilette. Je me suis bien amus^.

MADAME DE BONBRICOULAND.

Et nous, ga ne nous amuse pas. .

SC£NE SIXifiME. 257

VACIIARD.

Ah! qu'est-ce que vous voulez? \\ est charmanl, le vieux ! Pas beaucoup de m^moire, mais jeunc comme a vingt ans.

MADAME DE BONBRICOULAND.

Trop jeune.

VACHARD.

Bah! il mange son Men. Mais, qii'est-ce que ^a vous fait? Je suis riche, moi! El vous ne manqucrez de rien. Allons! pas d'idees tristes; ma belle-tante, je vous retieps pour un tour de valse.

lis sortent.

SCfiNE VI NANNETTE, LE COMTE DES ANDOUILLERS et

ton chiea, LeS Pr£c£dENTS.

NANNETTE

Madame, voila mosieur le comle drs Andouillers.

HYBLEA.

Ah! mon oncle!

CORISANDE

Mon pere? quel miracle!

MADAME DE BONBRICOULAND.

Mon frfere? c'est bien heureux!

Il8 s'embrasfient les uns apr^ les aulreg.

LE COMTE

Bonjour, ch^re soeur! bonjour, Hybl6a! bonjoup ma fille. Ma foi, j'arrive peut-^tre un peu en retard! j'ai amene ma meute favorite... Tayau! tayau! (Lechienjappe.) C*est Mirault, mon bon Mlrault!

MADAME DE BONBRICOULAND.

Mais vous n'aljez pas faire entrer dans ma chambre toute votre meule, qa sent bien mauvais »

258 LA GHAMBRE BLEUE.

LE COMTE

G*est r^moiion, le chemin de fer. II s'6tait tenu jusqu'a pri^sent. Nannelte, emioenez ce boa Mirault, ses puces et le reste.

NANNETTE

Viens, mon ch^ri, vlens! t'auras du sucre.

Elle sort avec le chien.

LB COMTE

Ah qk ! ou en sommes>nous du mariage? Est-ce

I'heure du CUr6, du maire? (imltant la trompe de chasse.)

Tarata, taratala!...

HYBL^A.

Mais nous ne comptions plus sur vous at je suis marine depuis midl.

LE COMTE

Marine ! sonnons Thallali ! (ii chante.) Taratata, tarata ! Alors passons k tabic.

MADAME DE BONBRICOULAND.

On a fini de diner; mais il y en a encore.

LE COMTE

Je Tespere bien ! Ah ga ! et le jeune mari^, tu vas me le presenter. Ou est-il T^poux fortune.

SCfiNE VII BALANDARD, Les Pr^c^dents.

BALANDARD

liens! mon vleux compagnon de chasse!

LE COMTE

Balandard ! Tami Balandard. Bonjour, Ernest, enchante de vous trouver d cette petite noce. Comment vous trouvez-vous ici.

SCfiNE HDITlfiME. 259

OALANDARD, 4 part.

Pourquoi m'appelle-t-il Ernest? je me nomme Pierre. Quel vioux toqu6 !

CORISANDE

Cest moi qui ai amene M. Balandard.

LE GOHTE.

Ah ! tu connaissais Ernest, tu ne me le disais pas. Qui, oui, il est un de mes bons amis. Chasseur comme moi, bon enfant comme moi, riche comme moi. Ah! nous allons en decoudre de la plume et du poil! II y a de belles chassespar ici! (ii ciiante.) Tarala, tarata! Dis done, Ernest, as tu regard^ ma niece? Est-elle assez gentiUe? Hein! quelle tournure! Quel galbe! Tu vas la fair« danser. Ah ^a! mes petites chattes, vous allez me faire. souper, j*ai faim, nous avonsfaira, n*est-ce pas Ernest?

BALANDARD, Ik part.

Ii tient dson Ernest! (iiaut.) Merci, j'ai din6 ct dans^ copieusement !

LE COMTE

Comme tu voudras !

CORISANDE

Venez, mon pere, je vous tiendrai compagnie.

LE COMTE

Toujours bonne, toil Bonsoir, Ernest!

Tous MrtenU

SCfiNE VIII

BALANDARD, chanlant.

Je chassais, dans mes grands bois, Avec mes bons chlens de chasse, Je chassais, dans mes grands bois, Tous les gibiers k la fois.

Voila pour ce vieux toqu^ ! Corisande, sa fille ! c'est

dr6iel (On entend les sons d'an orchestre.) Je 116 SaiS paS sl CCttC

pelite fSte de famille va se prolonger longtemps. (une heare fonne.) Mais j'en ai assez!... Ou diable mVt-on nich6?... Encore si je savais a qui m'adresser pour avoir mon petit baluchon? Les domesttques sont affaires

ou plutdt efTareS. (a apercoit son sac de nuit sur an faateuil.)

Ah! parbleu! voila mon chapeau, mon paletot^ mon sad... Evidemment c'est la ma chambre. Pas laid Faraeublement, style Louis XV. (ii ra aa iit.) Un vrai vieux lit... (la a Fair propre, De bonsgros rideaux desoie brochde... On ne fait plus ces 6toffes-laI On fait mieux et moins bien... Comme je vas dormir \i dedans, (lout en se dtehabiiiant.) Elle est tr^s genlille, la jeune marine, Tair d6cid6, moqueur... Je la crois un peu coquette... Le mari^... commun... un predestine. .« un

minotaure... (u prend an flambeau et oarre la porte du cabinet.)

Cabinet de toilette et tout ce qu'il faut. (n entre et ressort.) On fait bien leschoses a La Gh&tre. (n va k la porte d' entree.) Si je m'enfermais?... Ah bien ! oui, ni clef, ni vcr-

rOU !... (n revlent et pose le flambeau snr la table de nuit.) On

entend bien un peu la muslque, mais c'est supportable ! D'ailleurs, je ne hais pas un petit air pour m'endormir. (n se couche.) Oh! lo lit cst parfait!... Cest un beurre. (ii toaffle la bougie.) 11 Skagit dc rattrapcr la nuit de Chdteauroux... Comme il fait clair! Est-ce que c'est deja

le jour? (n regarde du cdte de la chemin6e.) Eh nou! C^CSt

Fautre bougie, (u soufne de son lit.) Trop loin ! Ah ! ma foi, iant pis! je ne me relive pas, EUe s'eteindra quand elle trouvera qu'elle a assez bri\le. (n 6ternue.) Voila que je m'enrhume. J'ai perdu mon bonnet de colon dans I'incendie et je n'ai pas pense a en acheter un autre. Mais qu'est-ce que c'est que 9a? un bonnet de femme, de nuit... aimable attention de mes hdt^sses. (n met le

bonnet de nait de madame de Bonbricouland.) C*est parfait! ^a

. SCfiNE NEUVI£ME, 261

tient chaud aux oreillcs... je m'en ferai faire une demidouzaine comme <^a... avec des brides... A-t-elle les yeux vifs cette jcune marine?... des pelits soleils... Si je dormais au lieu de penser a la femme d'autrui?... Ah I que je suis bavard!

II tire les rideaux et s'endort.

SCfiNE IX HYBL^A, CORISANDE, BALANDARD, «ndon>.i.

Les deux femmes passent. IlybMa entre dans le cabinet de toilelle. Corisande se tienl aupr^s de la porte entfouverle.

IIYDL^A.

M. Balandard a disparu. II s'est eclipse sans riea dire. Et raoi qui comptais sur lui pour conduire le cotillon 1

CORISANDE

Ma chfere enfant, 11 a bicn le droit d'aller se rcposer. Je pense qull t'a assez fait sauter, tu n'en avals que pour lui.

HYDLISA.

Ma petite tante, 11 est mieux que mon marl, n'est-ce pas?

CORISANDE

Tu dois trouver ton mari mieux que tous les autres. As-tu bient6t fini ?

HYBLEA.

Je mets un peu de poudre de riz... un nuage... j*a* vais si chaud !

/ CORISANDE

Aliens, vieos done, petite foUe.

I]ybl6arenlre en Bc^ne, eiles sorlent et laissent la porte ouverle. BALANDARD, se r^veillant au bruit, 6carte les lideaux.

Eh bien, quo!?... qu'est-ce que c'est? J'avais d^ja

perdu COnnaisSance... je rSve..« (On entend jouer une yalse.)

Ah ! je la connais cette vaise. C'est toujours la m6me ! Pas valine, la musique de La CMtre... (doux heures nov nent.) Est-ce que la scie des pendules va recommencer ici comme a Ch&teauroux? Non, il n'y a que celle-ld et le timbre est faible...

U tire les rideaux et se rendort. L'air de la valse continue. Un monsieur et une

dame entrant en valeant,

SCfiNE X BALANDARD, endormi; Un Monsieur, Une Dame.

Page 1