DE LA BELLE HELENE A LA BONNE HELENE
certain baron qui s'appelle (irog tout exprès pour qu'on puisse lui dire qu'il a Tair bon, ou : soyez chaud ! Il y a aussi un certain Fritz que la grande duchesse fait baron de Vermout-von-Bock-Bier, comte d'Avallwintt- Katt-schopp-Vergismein-nitch, tout exprès pour... Ne jugez-vous pas que cela est douloureux ! Et on a beau dire que le mouvement le plus rapide emporte dans sa radieuse impétuosité toutes ces plaisanteries, et qu'au surplus, Meilhac et Halévy étaient trop fins pour ne pas comprendre que les comédies parodiques étant des plaisanteries devaient être courtes, eu dépit de la brièveté de l'œuvre et de son mouvement, on a le temps de souflVir. Heureusement, Meiliiac et Halévy étaient Irop délicats pour nous faire soutYrir jusqu'à l'excès et .ils ont égayé ainsi leurs parodies de couplets qui sont délicieux, et, môme en leurs intentions bouftonnes, d'une charmante bonne grâce. La poésie dç leurs vers est évidemment subalterne, mais sa riante séduction €st irrésistible. Et puissent leur simplicité aisée, leur amabilité élégante, leur tenue réservée encore que joyeuse être des modèles pour la chanson de notre époque, pesante, grivoise et triste !
Hélas î l'intluence de cet art facile, libre et cependant correct ne s'est pas affirmée, et c'est donc une preuve que tout est mort de la comédie parodique... Aussi bien, les sources n'en étaient pas inépuisables et toutes les légendes ne pouvaient prêter à beaucoup de gaieté ni à beaucoup de parodies. Seules pouvaient exciter un rire nombreux celles dont la popularité était presque universelle, et celles-ci étaient rares, Barbe-Bleue, Orphée aux Enfers^ Geneviève de Brabanl à quoi s'appliquèrent d'autres esprits burlesques et les siècles curieux de recherches érudites en cite-
roii't-ils beaucoup d'autres lorsqu'ils étudieront une l'orme d'art dont ils ne déchiffreront point la bizarrerie ? La Belle Hélène demeurera la comédie parodique la plus significative, sans doute parce qu'elle est la plus agréablement folle et aussi parce que les héros qu'elle déforme sont particulièrement illustres chez les peuples dont la culture antique constitue la base de Tins Iruction, et aucun peuple n'est absolument exempt de cette culture. La Belle Hélène a été écrite par des classiques en délire, par des poètes lettrés en rupture dv ban, le général Boum dirait : en rupture de banc d'école. Elle marque la révolte d'esprits indépendants et modernes contre l'idéalisme et l'héroïsme un peu figés que l'antiquité nous a transmis. Révolte ingénue et nous aurions tort d'en être dupes !... Et par un singulier mais juste retour des petites révoltes des lettrés d'ici-bas, il arrive que la comédie parodique, avant de périr, ne soit plus qu'un exercice scolaire, qu'une œuvre de rhétoricien, avide de liberté, certes, mais qui au moment de renverser ses idoles, montre surtout combien il est attaché à ses dieux.
Jules Lemaître a marqué par uns comédie parodique la disparition de la comédie parodique. Il a écrit la Bonne Hélène. On a à peine besoin de dire que Meilhac et Halévy avaient écrit d'abord la Belle Hélène. Jules Lemaître est un charmant esprit. Il constate. Il comprend. Il suit. D'ailleurs le prestige de Meilhac et Halév}/ parisiens devait agir fortement sur Jules Lemaître qui avait surtout la bonne solidité provinciale. Jules Lemaître est même extraordinairement docile, et c'en est attendrissant ! — aux enseignements nonchalants et rieurs de ces Parisiens fieffés. Un tout petit exemple qui révèle une grande soumission !
DE LA BELLK HELKNE A LA BONNE IIELKNE L^3
Les rois de la Belle Hélène participent aux concours de charades et aux jeux d'es[)ril. Et telles sont les rimes proposées pour les bouls-rimés : Chaîne, Poîds, Peine, Trois.