‹ Le théâtre des pòetes, 1850-1910Chapitre 23 sur 39 · DE LA BELLE HELENE A LA BONNE HELENE 18Ô · texte numérisé non relu

DE LA BELLE HELENE A LA BONNE HELENE 18Ô

La princesse Mimi éclate de rire. Poucet rit aussi et reprend : « Ce n'était pourtant pas malaisé. Vous n'aviez qu'à dire :

Vous êtes bien petite, ô ma princesse blonde, Mais votre petitesse emplit pour moi le monde !

Ou bien :

Je suis un bon géant très doux Qui meurt d'amour pour un joujou.

Adorable, » dit la princesse. Mais Polyphème a Tair si malheureux I « Ne vous désolez pas, lui dit alors Mimi, vos vers ne sont pas très l>ons, mais le cœur y est... — Mais, fit Poucet, ce ne sont pas des vers, car le premier a neuf syllabes et le second en a quatorze et n'a pas de césure. — Ce sont donc, fit la princesse, des vers de poète décadent. Taisez-vous, prince Poucet. »

La parenté s'avoue, se proclame. Et il n'est point du tout démontré que Jules Lemaître soit le parent pauvre. Il est simplement le parent de province. C'est ainsi qu'il écrit la Bonne Hélène^ badinage massif d'élève très distint^ué et qu'il ne IVùt point écrite si Meilhac et Halévy n'avaient écrit d'abord la Belle Hélène.

Dans les deux comédies parodiques, Hélène est d'ailleurs aussi belle que bonne et aussi bonne que belle*. Ici elle est prête à céder à tous ceux qui l'aiment, parce que « c'est la fatalité ». Là elle cède à tous ceux qui l'aiment, parce qu'elle ne veut « faire de peine ^) à personne. A tous ceux qui l'aiment, ou mieux à tous ceux qui la désirent, car l'amour, dans la Bonne Hélène comme dans la Belle Hélène, est tout sensualité, point sentimentalité. Donc, Priam, Hector, Cléophile, le fils aîné d'Hec-

lor, désirent Hélèae et le lui disent. Elle leur répond, aux uns comrae aux autres :

Je vous dois trop pour être avec vous incivile.

Puis :

Mais il ne faudra pas qu'Hécube le soupçonne

Mais il ne fau4ra pas qu'Andromaque s'en doute.

Or, Toracle déclare :

Que l'antique Ilion renaisse à lespérance !

Les Phrygiens verront la fin de leur souffrance,

Pourvu qu'au puissant Zeus, père du genre humain,

Un agneau soit offert par la loyale main

D'un prince qui, fidèle à tes lois, Pudeur sainte,

De la divine Hélène ait ignoré l'étreinte 1

Tous les princes sont contraints de se récuser, tous, etPriam, et Hector, et Cléophile.

Asios d'Arisba, Pyrechme d'Amydone, Le prince de Milet et le roi de Cytor.

Tous, et le grand prêtre lui-même se voile le visage d'un pan de son manteau. Pâiis est plutôt mécontent. Hélène :

Mon doux Paris, par noire amour qu'ici j'invoque, Va, je t'expliquerai... Ce n'est qu'une équivoque.

Le petit Astyanax, encore au berceau, offrira le sacrifice. On guidera sa main. Jupiter le permet. Hélène montre l'enfant à Paris, railleuse :

A son âge il n'est pas suspect, je suppose.

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