‹ Le théâtre édifiant: Cervantes - Tirso de Molina - CalderonChapitre 102 sur 181 · SCÈNE II CELIA et LIDORA dans la rue. ENRICO et PEDRISCO · texte numérisé non relu

SCÈNE II CELIA et LIDORA dans la rue. ENRICO et PEDRISCO

CELIA, s'arrétant devant une fenêtre de la prison. Bien que je ne craigne personne, il serait mieux de ne pas nous approcher ensemble.

LIDOllA

Puisque je suis votre servante, je puis bien vous accompagner.

ENRICO

Je crois que c'est Celia.

PEDRISCO

Oui, Celia ?

ENRICO

Une femme qui m'aime plus qu'elle-même. Avec elle, arrive le remède à mes maux.

La faim me tourmente cruellement.

ENRICO

Aurais-tu par hasard où mettre tout l'argent que j'espère de Celia.

PEDRISCO

Malgré la faim dont je souffre, je me souviens, vive Dieu, que j'ai un sac. {Il va chercher le sac.)

ENRICO

Il est bien petit.

PEDRISCO

La pensée me vient que nous sommes aussi fous l'un que l'autre, toi en me le demandant, moi en te l'apportéoit.

ENRICO

Belle Celia de ma vie !

CELIA, à part.

Hélas, malheur sur moi, je suis perdue! (A Lidora.) Enrico est là, c'est lui qui m'appelle. {S'a-pjprochantde la fenêtre.) Monsieur Enrico.

PEDRISCO

Monsieur ? Mauvais indice quune aussi bonne éducation.

ENRICO

Je ne conservais plus lespérance, Celia, d'une aussi grande faveur.

CELIA

En quoi puis-je vous servir, Enrico ? Comment êtesvous ?

ENRICO

Bien et maintenant mieux puisque au prix de mille soupirs, mes yeux voient tes beaux yeux.

CELIA

Je veux vous donner...

PEDRISCO

O délectable perspective ! O la plus belle, la plus adorable des femmes ! O paroles suaves ! je tiens haut le sac, il ne pourra pas contenir....

ENRICO

Celia, je souhaiterais connaître le cadeau que tu me destines.

CELIA

Je vais te le donner de suite et te tirer d'anxiété.

ENRICO, à Pedrisco.

Que te disais-je ?

PEDRISCO

Tes désirs sont comblés.

CELIA

Je VOUS apporte la nouvelle que vous serez exécuté demain.

Le sac est plein, je vais en chercher un second,

ENRICO

Ou'ai-je entendu ? Celia, écoute.

PEDRISCO

Elle est bonne celle-là.

CELIA

Je suis mariée.

ENRICO

Mariée, vive Dieu !

PEDRISCO

Calme-toi.

ENRICO

Qu'est-ce que j'entends ? Avec qui, Celia ?

CELIA

Avec Lisardo. Il m'aime et me respecte.

ENRICO

Je le tuerai.

CELIA

Abandonnez cette idée et réconciliez-vous avec Dieu, rien autre ne vous importe.

LIDORA

Partons, Celia.

Je perds la tête. Celia, considère...

CELIA

Je suis pressée.

PEDRISCO

Par Dieu, j'en mourrai de rire.

CELIA

Je sais ce que vous avo' ñ me dire. Vous désirez que

je fasse dire quelques messes pour lé repos de votre âme. Vos souhaits seront accomplis. Restez avec Dieu.

ENRICO

Personne ne brisera ces grilles !

LIDORA

Celia, ne l'écoute pas se plaindre plus longtemps. Éloignons-nous d'ici toutes deux.

ENRICO

Et je devrais souflFrir un pareil supplice ! En est-il de plus cruel ?

PEDRISCO

Ce que pèse ce sac !

CELIA

Quelle fureur !

La colère m'aveugle ! Une femme prit-elle jamais de pareilles licences !

' SCÈNE m

ENRICO, PEDRISCO PEDRISCO

Je n'entends pas sonner la monnaie qu'ily a dans le sac. Vive Dieu, l'argent qu'il renferme pèse moins qu'un fétu de paille.

ENRICO

Cieux saints ! Etre contraint d'endurer ces affronts 1 Comment n'ai-je pas rompu mes fers ? Comment n'ai-je pas arraché ces grilles?

PEDRISCO

Du calme.

ENRICO

Laisse-moi, imbécile. Vive Dieu, je les romprai et je châtirai mon rival, je donnerai carrière à ma jalousie.

PEDRISCO

Les geôliers viennent.

EN RICO

Qu'ils viennent.

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