SCÈNE II CELIA et LIDORA dans la rue. ENRICO et PEDRISCO
CELIA, s'arrétant devant une fenêtre de la prison. Bien que je ne craigne personne, il serait mieux de ne pas nous approcher ensemble.
LIDOllA
Puisque je suis votre servante, je puis bien vous accompagner.
ENRICO
Je crois que c'est Celia.
PEDRISCO
Oui, Celia ?
ENRICO
Une femme qui m'aime plus qu'elle-même. Avec elle, arrive le remède à mes maux.
La faim me tourmente cruellement.
ENRICO
Aurais-tu par hasard où mettre tout l'argent que j'espère de Celia.
PEDRISCO
Malgré la faim dont je souffre, je me souviens, vive Dieu, que j'ai un sac. {Il va chercher le sac.)
ENRICO
Il est bien petit.
PEDRISCO
La pensée me vient que nous sommes aussi fous l'un que l'autre, toi en me le demandant, moi en te l'apportéoit.
ENRICO
Belle Celia de ma vie !
CELIA, à part.
Hélas, malheur sur moi, je suis perdue! (A Lidora.) Enrico est là, c'est lui qui m'appelle. {S'a-pjprochantde la fenêtre.) Monsieur Enrico.
PEDRISCO
Monsieur ? Mauvais indice quune aussi bonne éducation.
ENRICO
Je ne conservais plus lespérance, Celia, d'une aussi grande faveur.
CELIA
En quoi puis-je vous servir, Enrico ? Comment êtesvous ?
ENRICO
Bien et maintenant mieux puisque au prix de mille soupirs, mes yeux voient tes beaux yeux.
CELIA
Je veux vous donner...
PEDRISCO
O délectable perspective ! O la plus belle, la plus adorable des femmes ! O paroles suaves ! je tiens haut le sac, il ne pourra pas contenir....
ENRICO
Celia, je souhaiterais connaître le cadeau que tu me destines.
CELIA
Je vais te le donner de suite et te tirer d'anxiété.
ENRICO, à Pedrisco.
Que te disais-je ?
PEDRISCO
Tes désirs sont comblés.
CELIA
Je VOUS apporte la nouvelle que vous serez exécuté demain.
Le sac est plein, je vais en chercher un second,
ENRICO
Ou'ai-je entendu ? Celia, écoute.
PEDRISCO
Elle est bonne celle-là.
CELIA
Je suis mariée.
ENRICO
Mariée, vive Dieu !
PEDRISCO
Calme-toi.
ENRICO
Qu'est-ce que j'entends ? Avec qui, Celia ?
CELIA
Avec Lisardo. Il m'aime et me respecte.
ENRICO
Je le tuerai.
CELIA
Abandonnez cette idée et réconciliez-vous avec Dieu, rien autre ne vous importe.
LIDORA
Partons, Celia.
Je perds la tête. Celia, considère...
CELIA
Je suis pressée.
PEDRISCO
Par Dieu, j'en mourrai de rire.
CELIA
Je sais ce que vous avo' ñ me dire. Vous désirez que
je fasse dire quelques messes pour lé repos de votre âme. Vos souhaits seront accomplis. Restez avec Dieu.
ENRICO
Personne ne brisera ces grilles !
LIDORA
Celia, ne l'écoute pas se plaindre plus longtemps. Éloignons-nous d'ici toutes deux.
ENRICO
Et je devrais souflFrir un pareil supplice ! En est-il de plus cruel ?
PEDRISCO
Ce que pèse ce sac !
CELIA
Quelle fureur !
La colère m'aveugle ! Une femme prit-elle jamais de pareilles licences !
' SCÈNE m
ENRICO, PEDRISCO PEDRISCO
Je n'entends pas sonner la monnaie qu'ily a dans le sac. Vive Dieu, l'argent qu'il renferme pèse moins qu'un fétu de paille.
ENRICO
Cieux saints ! Etre contraint d'endurer ces affronts 1 Comment n'ai-je pas rompu mes fers ? Comment n'ai-je pas arraché ces grilles?
PEDRISCO
Du calme.
ENRICO
Laisse-moi, imbécile. Vive Dieu, je les romprai et je châtirai mon rival, je donnerai carrière à ma jalousie.
PEDRISCO
Les geôliers viennent.
EN RICO
Qu'ils viennent.