SCÈNE I
ENRICO. PEDRISCO
PEDRISCO, pleurant.
Nous voici bien tous deux.
ENRICO
Que diable, tu pleures ?
'PEDRISCO
Que diable, je pleure ! Ne puis-je me lamenter sur les péchés que je paye sans les avoir commis?
ENRICO
Est-ce une vie que gémir sans cesse ?
PEDRISCO
Corps de Dieu avec ta vie !
ENRICO
Oublia-t-on jamais de te servir le déjeuner? La table n'est-elle pas mise à toute heure?
PEDRISCO
Que m'importe de voir la table, sil n'y a rien à manger dessus.
Prends sur tes sottises.
PEDRISCO
Donne-moi sur ton dîner.
ENRICO
A mon école, n'apprendras-tu pas à souffrir?
PEDRISCO
Oui commet des péchés les paye, c'est un proverbe connu, mais moi qui n'ai pas péclic, pourquoi faut-il que je paye?
ENRICO
Pedrisco, veux-tu me faire la grâce de te taire?
PEDRISCO
Enrico, je me tairai. Et pourtant la faim poussée à ce point ferait parler un mort et taire les vivants, fussent-ils plus bavards qu'un courrier.
ENRICO
Combien tu crains de ne plus sortir de prison!
PEDRISCO
C'est là ton erreur. Depuis le jour où je suis entré ici, je n'ai cessé de croire que l'un et l'autre nous en sortirions...
ENRICO
Alors de quoi es-tu inquiet?
... Pour être supplicié, si Dieu n'y remédie pas.
ENRICO
Tu n'as pas peur, je pense.
PEDRISCO
C'est entendu, mais je tremble à la pensée que nous danserons sans musique.
ENRICO
La fortune nous réserve un meilleur avenir.