‹ Le théâtre édifiant: Cervantes - Tirso de Molina - CalderonChapitre 101 sur 181 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ENRICO. PEDRISCO

PEDRISCO, pleurant.

Nous voici bien tous deux.

ENRICO

Que diable, tu pleures ?

'PEDRISCO

Que diable, je pleure ! Ne puis-je me lamenter sur les péchés que je paye sans les avoir commis?

ENRICO

Est-ce une vie que gémir sans cesse ?

PEDRISCO

Corps de Dieu avec ta vie !

ENRICO

Oublia-t-on jamais de te servir le déjeuner? La table n'est-elle pas mise à toute heure?

PEDRISCO

Que m'importe de voir la table, sil n'y a rien à manger dessus.

Prends sur tes sottises.

PEDRISCO

Donne-moi sur ton dîner.

ENRICO

A mon école, n'apprendras-tu pas à souffrir?

PEDRISCO

Oui commet des péchés les paye, c'est un proverbe connu, mais moi qui n'ai pas péclic, pourquoi faut-il que je paye?

ENRICO

Pedrisco, veux-tu me faire la grâce de te taire?

PEDRISCO

Enrico, je me tairai. Et pourtant la faim poussée à ce point ferait parler un mort et taire les vivants, fussent-ils plus bavards qu'un courrier.

ENRICO

Combien tu crains de ne plus sortir de prison!

PEDRISCO

C'est là ton erreur. Depuis le jour où je suis entré ici, je n'ai cessé de croire que l'un et l'autre nous en sortirions...

ENRICO

Alors de quoi es-tu inquiet?

... Pour être supplicié, si Dieu n'y remédie pas.

ENRICO

Tu n'as pas peur, je pense.

PEDRISCO

C'est entendu, mais je tremble à la pensée que nous danserons sans musique.

ENRICO

La fortune nous réserve un meilleur avenir.

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