LISA K DO
.le suis Lisardo de Sienne, tils de Í. ¡sardo Curcio. Les prodijjTalités. bien inutiles, de mon père consumèrent eu peu de temjjs la fortune qu'il avait héritée de ses parents. Nous savons tous quelle faute il commet celui qui laisse des enfants pauvres pour avoir gaspillé son bien. Toutefois, la misère, bien qu'elle avilisse la noblesse, ne dispense pas de remplir les devoirs imposés par la naissance. Or, Julia — les cieux savent combien il men coûte de la nommer — les méconnut ou. du moins, les ignora. Mais, enfin, Julia est ma sœur. Plût à Dieu qu'il me fût permis de la renier ! Sachez donc que pour les femmes de son rang, les lettres d'amour, les llatteries, les messages corrupteurs, les contacts avec des entremetteuses infâmes sont blessants et injurieux. Votre conduite n'est pas sans excuses, j'en conviens, et je confesse même que j'eus agi comme vous si une dame m'eût autorisé à lui parier d'amour ; seulement, vous étiez mon ami et, à ce titre, votre faute se confond avec celle de ma sœur et devient irrémissible. Si .Julia vous plaisait, si vous souhaitiez la prendre pour femme, — il n'est pas admissible et je me refuse à croire que vous ayez eu sur elle d'autres desseins que des desseins honnêtes, ni même que vous ayez songé à l'épouser, car, vive Dieu, avant de la voir mariée avec vous, j'eus mieux aimé la voir morte de mes mains — enfin, si vous l'aviez choisie, vous eussiez dû vous ouvrir de vos intentions à mon père avant d'en rien laisser soupçonnera ma sœ-ur. C'eût été convenable et juste. Mon pè-re eût examiné votre demande et jugé s'il était bien h lui d'y donner suite ; à vrai dire, je ne crois pas qu'il leût accueillie. \\u pareil cas, un gentilhomme
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pauvre, dont la fortune n'équivaut pas à la qualité, met sa fille dans un monastère et la consacre au Seigneur plutôt que ternir l'éclat du sang et de convenir de sa pauvreté, car la pauvreté est un vice. Le couvent a même une telle hâte de recevoir ma sœur Julia que, dès demain, elle sera nonne de gré ou de force. Et comme il serait malséant qu'une religieuse conservât les gages d'un fol amour et les souvenirs d'une sotte inclination, je les remets entre vos mains, mais avec la résolution aveugle de les reprendre et de les détruire en même temps que leur auteur. Défendez-vous ; l'un de nous deux doit rester sur le terrain, et, suivant le choix de la mort, vous cesserez votre poursuite amoureuse ou je cesserai d'en être témoin.
EUSEBIO
Abaissez votre épée, Lisardo, et puisque je me suis dominé au point d écouter vos injures, veuillez prêter à ma réponse une égale attention. Le récit de mes aventures sera long, et je conviens que l'entendre c'est demander beaucoup à la patience d'un seul homme. Mais nous ne pouvons nous dispenser de nous battre et lun de nous va mourir. Dans le cas où la fortune me serait contraire, apprenez des prodiges qui vous étonneront, des merveilles qui vous transporteront et qu'il serait regrettable d'ensevelir avec moi dans l'éternel silence du tombeau. J'ignore quel a été mon père; je sais seulement que mon premier berceau fut le pied d'une croix, et ma première couche, une pierre. Ma naissance tint du prodige, au dire des bergers qui me trouvèrent sur le versant de la montagne. Durant trois jours, racontent-ils, l'on entendit mes vagissements, mais la crainte des bêtes féroces empêcha d'atteindre l'escarpement où je me trouvais, et cependant aucune d'elles ne me blessa. Qui douterait que je ne dus mon salut au respect inspiré par la croix? Un berger me découvrit par hasard en cherchant une bre-