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bis perdue dans les escarpements de la monlajíne, et me porta au villatîe d'Kusebio qui, retenu par diverses raisons, s'y trouvait en ce moment. Il lui fit le récit de ma naissance, et la clémence du ciel me valut un accueil secourable. Eusebio résolut, en effet, de me garder chez lui et m'éleva comme un fils. Je suis Eusebio de la Croix, et je porte ces noms en souvenir de mon père adoptif et en mémoire de remblcmc sacré qui fut mon premier ¡j^uide et mon premier gardien. Par groùt, je m'adonnai aux armes, et comme passetemps je cultivai les lettres. Kusebio mourut et j'héritai de sa fortune. Si ma naissance fut prodigieuse, mon étoile ne le fut pas moins. Tantôt hostile elle me persécute, tantôt favorable elle me sauve des pires danfiers. Dans ma première enfance, j'étais aux bras de ma nourrice, quand mon naturel sauvaj^e et mes instincts barbares se révélèrent et que je témoig^nai d'une rare cruauté. De mes seules gencives, mais avec une force diabolique, je déchirai le sein qui me donnait le doux aliment, et la nourrice, folle de douleur et aveuglée par la colère, me précipita dans un puits sans que personne senquit de moi. L'on entendit rire, l'on descendit, et l'on prétend que je flottais sur l'eau et que j'appuyais sur les lèvres mes mains délicates dont j'avais formé une croix. Un jour que l'incendie dévorait notre demeure et que les flammes irritées condamnaient toutes les issues et rendaient la fuite impossible, je demeurai au milieu de la fournaise sans en souffrir, ni recevoir aucune atteinte. Doutant de la clémence du feu, je réfléchis plus tard à ce prodige et je remarquai que l'incendie avait éclaté le jour de la sainte Croix. Je comptais à peine trois lustres quand métant embarqué pour aller à Rome, le navire fut assailli par une horrible tempête. Désemparé, il heurta une roche profonde; sous le choc, les bordages éclatèrent en morceaux, les vagues pénètrent par la blessure béante, tout espoir
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était perdu. Jcmbrassai un madrier et gag^nai heureusement la cote. L'épave avait la forme dune croix. Je cheminai à travers ces montagnes et ces forêts en compagnie d'un autre voyageur. Nous arrivâmes à une bifurcation que signalait une croix. Tandis que je m arrêtai pour prier devant elle, mon compagnon gagnait du terrain; je hâtai le pas pour le rejoindre et je le trouvai mort. Des bandits au.\ mains sanglantes lavaient tué. Une autre fois, au cours dune rixe, je tombai à terre frappé d'une estocade, sans avoir eu le temps de me mettre en défense. Et alors que chacun croyait la blessure irrémédiable, on ne trouva qu'une marque laissée par la pointe impitoyable sur une croix que je portais au cou et qui s'était interposée pour me .sauver la vie. Enfin, je chassais et j'avais escaladé les pentes abruptes de nos montagnes, quand le ciel se couvrit de sombres nuages. Par la voi.x du tonnerre il déclarait au monde une guerre effroyable; il lançait contre la terre des javelines d'eau, il tirait contre elle des balles de pierre. Tous mes camarades cherchèrent sous les vertes ramures un abri contre l'orage et trouvèrent des tentes agrestes dans les épais et sombres halliei-s ; mais la foudre, telle une comète à travers la tempête obscure, réduisit en cendres mes deux plus proches voisins. Aveuglé, ti'oublé, confondu, j'essaie de me reconnaître et je me trouve à côté d'une croix, la même, j'imagine, qui avait assisté à ma naissance et dont je porte l'image fatidique imprimée sur la poitrine, car cet emblème sacré est l'indice que les cieux se serviront de moi pour montrer les effets publics dune cause secrète. Qui je suis ? Je l'ignore, et pourtant je me sens capable de si nobles actions, j'éprouve une inclination si vive pour la gloire, je suis emporté par un souffle si puissant que je me suis cni digne de mériter Julia, parce que la noblesse héritée n'est pas supérieure à la noblesse acquise. Voilà ce queje sais de moi. Certes, je connais la raison de vos repro-
LA DKVOTION A LA CUUlX -jUA
ches et je pourrais me disculper sans peine, mais vos paroles injurieuses ont fait naitj'e en mon cœur une colère si violente et si aveu^^le que je ne veux ni nie justilier, ni écouter vos plaintes. Et puisque vous me défende/ de prétendre à la main de votre sœur, que la maison soit bien ^^ardce ou le couvent bien clos, car je ne me désisterai pas de ma poursuite. Si vous ne méjugez pas digne de l'avoir pour femme, je l'aurai pour dame et amie. C'est ainsi que mon amour réduit au désespoir et ma patience mise à bout désirent châtier vos dédains et venger mon affront.
LISARDO
Ensebio, là ou le 1er doit parler, que la langue se taise. [Ils tirent Cépée et se battent. Lisardo tombe sur le sol, tâche de se relever et tovxbc de nouveau.) Je suis blessé.
EUSEBIO
N'êtes-vous pas mort plutôt ?
LISAKDO
Non... Jai encore assez de force dans le bras pour... líelas! Malhetir sur moi ! La terre me manque sous les pieds.
EUSEBIO
Et la vie manque à ta voix.
LISAKDO
Ne me laisse pas mourir .sans confession.
IXSKIîK)
Meurs, infâme !
LISARDO
Ne me frappe pas, je t'en supplie par cette croix où le Christ a expiré.
KtSEBIO
Ce mot te sauve de la mort. lU'Iéve-toi. Il ta suffi
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d'invoquer la croix pour amortir ma colère et amollir mon bras. Relève-toi.
LISARDO
Je ne le puis. Je ne fais aucun cas d'une vie qui se baigne dans le sang; et si l'âme hésite à sortir, c'est qu'entre tant d'issues, elle ne sait quelle porte choisir.
EUSEBIO
Courage et fie-t-en à mes bras. 11 y a tout près d'ici un petit hermitage où habitent quelques moines pénitents. Si tu arrives vivant à la port*^, tu pourras te confesser.
LISARDO
Par cette pitié que tu me témoignes, je te donne ma parole que si je mérite d'être admis en la divine présence de Dieu, je lui demanderai de ne pas te laisser mourir sans confession.
(Ensebio Vemjporte dans ses bras.)
GIL
Son compte est réglé ! La charité est une belle vertu, mais il eût été excusable de ne pas l'exercer. Le tuer et l'emporter sur ses épaules ! Merci !