SCÈNE VII
CURCIO, JULIA, ARMLNDA, EUSEBIO, caché.
CURCIO
Ma fille, si après avoir obtenu l'heureuse situation que tu ambitionnais et où tu es certaine, désormais, de parvenir, tu ne reconnaissais pas mes peines et mes soins, si tu ne m'offrais pas ta vie et ton âme en témoignage de gratitude, c'est que tu serais indigne de la faveur que tu dois aux efforts de ma tendresse. Toutes les démarches sont terminées, tous les préparatifs achevés, et tu n'as plus qu'à te parer et à te faire très belle pour devenir l'épouse du Christ. Vois, quelle heureuse destinée ! Aujourd'hui tu l'emporteras sur toutes les femmes que l'on envie, car, à la face de l'univers, se célébreront tes noces divines... Que dis-tu ?
.JULIA, à part.
Que puis-je faire ?
EUSEBIO, á part.
Si elle cède, je me donne la mort sous ses yeux.
JULIA, à part. Je ne sais que répondre. [Haut.) Seigneur, l'autorité d'un père n'a pas d'égale et tu as tout pouvoir sur ma vie, mais tu ne saurais entreprendre sur ma liberté. N'eût-il pas été sage, seigneur, de m'informer de tes intentions et de t'inquiéter aussi de mes goûts ?
CURCIO
Non. Quand j'ai parlé, il n'y a pour toi ni justice ni injustice et tu dois tenir ma volonté pour ton unique désir.
JULIA
Il appartient à l'enfant de choisir un état, c'est son unique droit ; et combien il serait fâcheux qu'un
LA DEVOTION A l.A CHOIX 2yl
injuste destin inclinât son libre arbitre. Laisse-moi tout le temps de penser et de réfléchir et ne t'étonne pas si je te demande quelque délai. Un ne décide pas Lii un instant du sort de sa vie.