‹ Le théâtre édifiant: Cervantes - Tirso de Molina - CalderonChapitre 141 sur 181 · SCÈNE III CHILINDRINA, EUSEBIO · texte numérisé non relu

SCÈNE III CHILINDRINA, EUSEBIO

CHILINDRINA

J'ai traversé toute la forêt pour venir te parler.

EUSEBIO

■Qu'y a-t-il, ami?

CHILINDiU.NA

Je t'apporte deux nouvelles assez mauvaises.

EUSEBIO

Tu m'inquiètes autant que tu m'effraies. De quoi s'agit-il?

CHILINDRINA

La première, je voudrais la taire... la première, c'est que le père de Lisardo a reçu...

LA DÉVOTION A LA CHOIX 3o5

EUSEUIO

Achève; l'impatience me gagne.

CniLINDUINA

... La mission de te prendre ou de te tuer.

ELSIiUIO

Je crains plus encore d-apprendre l'autre nouvelle et, dans mon extrême confusion, il me semble que toute mon àme chemine vers le cœur, indice certain d'une disgrâce prochaine. Qu'est-il arrivé?

CIUM.XÜKINA

Julia...

ELSEBIO

Mes pressentiments ne m'avaient pas trompé. Si le nom de Julia sort le premier de ta bouche, ce n'est pas sans raison ; tu veux me préparer à une catastrophe. Julia, as-tu dit? N'est-ce pas suffisant pour me rendre soucieux? Maudite soit l'étoile cruelle qui m'obligea de l'aimer. Enfin... Julia... continue.

CHILI.N'DHI.NA

Est dans un couvent séculier.

ELSEBIO

Ma patience est à bout ! Le ciel exercerait-il sur moi d'aussi cruelles vengeances, me châtierait-il si durement parce que j'ai caressé des désirs évanouis, des espérances mortes? J'en viens à être jaloux des cieux eux-mêmes que Julia me préfère! Mais l'homicide étant le seul but de ma vie et le vol, son unique soutien, j'en suis arrivé à un tel degré d'audace queje ne saurais être pire que je ne suis. Maintenant que mon projet est arrêté, précipitons-en l'exécution. Appelle Celio et Ricardo. {A part.) Je meurs de trop l'aimer.

CniLlNDIUNA

Je vais les chercher.

(Il SO}-t.)

:îoG LE THKAXnE ÉDIFIANT

EUSEBIO

Cours cl dis-leur queje les attends ici. Je donnerai lassaut au couvent où elle est enfermée. Si terrible soit-il, aucun châtiment ne m'eflfraye. Pour me voir maître et seigneur de la beauté de Julia, l'amour tyrannique m'oblige à lutter contre la force, à rompre la clôture d'un monastère, à violer un asile sacré! Mon désespoir est sans borne et l'amour ne me poussât-il pas à de pareilles extrémités, que je m'y livrerais pour le seul plaisir de commettre tant de forfaits réunis.

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