‹ Le théâtre édifiant: Cervantes - Tirso de Molina - CalderonChapitre 16 sur 181 · LES MÊMES, LE MARI LUGO · texte numérisé non relu

LES MÊMES, LE MARI LUGO

Calmez-vous et restez à l'écart. Il ne vous reconnaîtra pas.

LA DAME, à part.

Malgré mon désir de fuir, je ne puis remuer les pieds.

LE MARI

Seigneur Lugo, qu'y a-t-il de neuf?

LUGO

Certaine affaire que je vais vous conter et qui m'obligeait à me mettre en quête de vovis.

LA DAME, à j)cirt.

Je voudrais m'en aller et je n'ose.

LE MARI

Je suis à vos ordres. Contez-moi ce que vous avez à me dire.

LA DAME

Partir eût été de beaucoup préférable.

LUGO

Approchez-vous et écoutez. La beauté que le ciel a bien voulu départir à votre femme et qui lui fait de la terre un paradis a enflammé le cœur d'un jeune homme et l'a réduit à l'état de charbon delà fovirnaise amoureuse.il est riche, il est puissant et audacieux, au point de renverser et de briser les obstacles jugés insurmontables. Il n'use ni de promesses ni de prières et, pour se guérir, il recourt à des remèdes plus prompts et plus actifs. L'honnêteté de votre femme est si grande, dit-il, qu'elle le surprend et qu'il l'admire autant que sa beauté. Jamais, il ne lui a parlé d'amour parce que l'audace expire devant la modestie.

LE MARI

Cet homme vient-il chez moi?

LUGO

Il rôde autour de votre maison, mais il n'y entre pas.

LE MARI

Oui épouse une jolie femme divorce avec l'honneur à moins que le ciel n'y remédie.

LA DAME, à part.

Quel est le sujet de leur entretien? Serait-ce moi? Que Dieu me protège ! Combien j'ai raison de craindre !

LUGO

Je dis enfin que tel est le feu qui embrase, telle est la passion qui bouleverse cet amant qu'il compte en appeler à la force au lieu de recourir à la prière. Il veut vous voler votre femme avec le concours de garnements de ma trempe, vaillants, audacieux, débauchés. Il m'a parlé de ses projets, me tenant pour le chef de cette mortelle engeance qui met le sceau sur ses mauvaises actions. Quoique je sois un garçon aventureux, de ceux qui fréquentent le champ des travers, je ne tue pas par intérêt, ni ne me complais dans les vilenies. Je lui ai promis de l'aider avec le ferme dessein de vous prévenir. Vous êtes avisé, il vous est facile maintenant de parer le coup.

LE MARI

Je suis homme à me défendre. J'ai du courage et je porte une épée.

LUGO

Contre les menées perfides, l'homme le plus courageux ne peut rien.

LE MARI

Enfin, ma femme ignore les projets de ce coquin.

LUGO

Elle pense à vous offenser comme y songe cette vertueuse dame voilée. Sur le ciel, je jure qu'elle ne sait rien.

LE MAKI

Je suis décidé à l'éloigner.

LE TRUAND BEATIFIE 77

LUGO

C'est bien à ce parti que je m'arrêterais.

LE MARI

Je la mettrai en un lieu où le vent à peine pourra l'effleurer.

LUGO

Soyez prudent et vous mènerez à bonne fin une aventure périlleuse. Éloignez-la et, à mesure que les jours passeront, l'absence rafraîchira un cœur que la présence embrasait. Jamais l'amour ne s'installe d'une manière durable chez ceux à qui les années sont encore lég^ères.

LE MARI

Je vous remercie de cet avis, Seigneur Lugo, et un jour vous saurez de ma courtoisie si je mérite votre amitié. Je désirerais connaître le nom du galant acharné à ma poursuite?

C'est me demander un renseignement que l'on ne doit pas attendre d'un homme tel que moi. Il suffit que vous emportiez d'ici un avis utile pour régler au moins votre conduite. Hormis ce que je vous ai raconté, vous ne saurez rien autre chose de cette affaire. Votre femme est de tout point innocente. Satisfait de cette assurance, agissez en homme prudent.

Je possède dans un gros village, une maison de campagne solide et munie de clefs capables d'opposer une résistance victorieuse aux entreprises de cet audacieux garnement... Ne bougez pas, ma tête est pleine de projets, je vais réfléchir.

(// sort.)

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