SCÈNE IV ANTONIO, ANGEL
' ANTONIO
Il obéit avec plus de hâte que le soleil n'en met à lancer ses rayons.
{Fray Ángel se dirige vers la porte.) Père fray Ángel, attendez.
ÁNGEL
Dites-moi vite ce que vous me voulez.
ANTONIO, montrant une douzaine de cartes qu'il tenait cachées.
Voyez.
ANGEL
Des cartes ? Perdition !
ANTONIO
Ne faites donc pas l'étonné, petit hypocrite. Ce n'est pas le cas de lever les bras au ciel.
ANGEL
Oui te les a données, fray Antonio ?
ANTONIO
Une dévote de mes amies.
ANGEL
Une dévote? Le diable plutôt.
Je n'ai jamais été en bons termes avec lui. Tu peux me rendre ce témoignage.
ANGEL
Ces dames sont-elles honnêtes et de bon aloi?
ANTONIO
D'assez mauvais plutôt et je les crois inclinées au péché, car, pour marquer quarante, j'ai compris qu'il leur manquait trente points.
ANGEL
Si elles eussent été un peu plus recommandables, nous aurions déniché un coin propice où nous divertir.
ANTONIO
L'heure viendra de le trouver. L'habitude constante de l'occasion étant de se présenter d'elle-même à ceux qui désirent mal faire. Ne s'offre-t-elle pas aux tripoteurs magnifiques et grossiers qui, l'âme tranquille et l'espritdispos, tiennent ouvertement boutique de blancs et de tricheries ? Mais sortons d'ici. Voici le Prieur qui vient avec le grand chevalier andalous, haut conseiller et visiteur de l'ordre, qui fut jadis le maître de notre Père fray de la Cruz.
{Ils sortent.)