SCÈNE II
LES MÊMES, LE PÈRE DE LA CRUZ, la figure et les mains couvertes de plaies. DEUX AUTRES BOUR- GEOIS le tiennent sous les bras; après eux vient FRAY ANTONIO.
F. C. DE LA CRUZ
La faiblesse accompagne la lèpre. Je ne puis me tenir. Dieu soit béni, qui exauce mes désirs et me permet ainsi de commencer à payer ma dette.
LE PRIEUR
L'adresse est si raturée, qu'à moins de vous bien regarder face à face, l'on ne pourrait vous reconnaître, saint homme,
F. c. DE LA CRUZ
Père Prieur, surveillez votre affection, elle se hâte trop et me donne une qualité qui me surprend et cadre mal avec ma misère morale. Je suis un frère inutile, un pécheur animé, sans doute, de bonnes intentions, mais l'intention ne suffit pas pour mériter un pareil nom.
PREMIER BOURGEOIS
En vous, Père de la Croix, je contemple un autre Job. Vous en avez la patience et vos traits meurtris et
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fanés sont à sa ressemblance. La malice d'autrui a mis en relief votre innocence et votre charité et ces vertus ont payé comptant, comme le montre la sévérité de vos souffrances. Vous vous êtes engagé aujourd'hui et aujourd'hui vous avez payé.
F. G. DE LA CRUZ
Du moins j'espère payer, puisque je me suis engagé de ma propre volonté.
DEUXIÈME BOURGEOIS
o grand journalier de la vigne du Seigneur! O flamme de charité ! O brasier ardent !
F. C. DE LA CRUZ
Messieurs, je suis le fils d'un tavernier. Faites-moi grâce de vos louanges et laissez-moi à mon humilité. Ces témoignages de courtoisie sont déplacés.
Et moi qui trahissais mon àme et la sacrifiais à la gourmandise et à la truanderie mère de toutes les hontes et de toutes les malpropretés, dès cet instant je promets de me consacrer au nettoiement et au soin de tes plaies, jusqu'à la fin de ma vie ou jusqu'à leur guérison. Au surplus, ne crains pas avec moi la vaine adulation. Je n'ai jamais frayé avec cette gueuse et, au lieu de te donner du saint, je ne cesserai de t'appeler truand. De la sorte, la vanité, cet ennemi domestique et sournois, ne trouvera aucun chemin pour te faire la guerre.
DEUXIÈiME BOURGEOIS
Vous êtes venus pour le bien de cette terre. Dieu vous garde mille ans. Père aimé.
PREMIER BOURGEOIS
La charité a choisi votre cœur pour y élire domicile.
LE TRUAND BÉATIFIÉ iSq
F. C. DE LA CRUZ
Frères, soutenez-moi, je suis fatig-ué.
{Ils sortent tous.)