SCÈNE VI
FRAY CRISTÓBAL DE LA CRUZ, puis SAQUIEL vêtu en ours. Tout se passa de la sorte.
F. C. DE LA CRUZ, parlant de fray A7itonio. Avec la permission de Dieu, je te tirai de l'obscurité de l'abîme pour t'amener à la clarté du jour et je voudrais te conduire à la lumière du ciel.
LE TRUAND BEATIFIE I4D
SAQUIEL
Après avoir de ton plein gré fait cet échange nouveau au monde du bien contre le mal, de la santé contre la lèpre, te crois-tu un second Macaire dans le désert ? Penses-tu que l'accord va régner entre toujours et jamais, le plus et le moins, la vie et la mort, l'orgueil et l'humilité, l'activité et la paresse, la turpitude et la pureté, la vertu et le vice ! Tu te trompes, et il est si certain que rien d'analogue ne se produira, que j'invoque ton propre témoignage en faveur de cette vérité.
F. C. DE LA CRUZ
Quelles conclusions tires-tu de ces prémisses, ennemi Satan ?
SAQUIEL
Que tu donnes dans une étrange folie, bien digne de provoquer le rire. Maintenant, la porte du ciel ne s'ouvre qu'à bon escient et on ne la force pas à la façon des voleurs et aussi des truands.
F. c. DE LA CRUZ
Tu essayerais en vain de disputer. Malgré que je te sois supérieur par la foi, je conviens que tu es un raisonneur plus avisé qu'un humble moine et plus habile. Dis-moi l'objet de ta venue ou va-t'en et ne me parle plus.
SAQUIEL
Je n'en fais pas mj'stère ; je viens pour t'enlever la
vie.
F. c. DE LA CRUZ, égrenant le rosaire.
Si tu as l'agrément de Dieu, il te sera facile de me l'ôter et il me sera plus facile encore de la donner sans discussion ni retard. Mais si tu es porteur de cette permission, pourquoi ne la montres-tu pas et tardes-tu à m'attaquer ? En vérité tu payes d'audace et je soupçonne que tu n'as pas reçu licence de toucher à un seul de mes cheveux. Pourquoi crier ainsi ! Oui te tourmente ? Arrête-toi, ennemi Satan.
146 LE THEATRE ¿DIFLANT
SAQCIEL
Le plus petit grain dun rosaire est une balle pour moi. Truand, ne me martyrise pas ; hypocrite, détourne-toi de mon chemin.
F. C. DE LA CRUZ
Malin, une fois au moins il est bon que tu dises la vérité.
{Le démon s'en va en criant.)
Reviens, et amène avec toi tous les bravaches de l'enfer afin que je vous défie dans une forme qui plaira au Père très grand et très puissant. O mon âme, prends conscience de toi-même et avance sans crainte dans la bonne voie. Souviens-toi que les seules forces du diable sont celles que tu lui donnes. D'ailleurs, pour t'enlever tout prétexte de refuser un corps à corps avec lui, que Dieu t'assiste et rompe les lacets que tu serais impuissante à briser.