ANTO.MO
Sur ma vie, ceux qui ont fait une pareille élection ont le timbre fêlé.
LE PRIEUR
Pourquoi donc, ne serait-elle pas sainte ?
l5o LE THEATRE ÉDIFIANT
Ils font prieur un nouveau Job à qui, pour l'être des pieds à la tête, il ne manque qu'une femme et un tas de fumier ! Enfin, ils sont frères. Comment celui dont le corps est tout douleur pourrait-il conserver l'esprit assez libre pour exercer une fonction aussi périlleuse et aussi pénible que celle de prieur ? Dans ce monastère, on ne se rendrait donc pas à l'évidence ?
F. C. DE LA CRUZ
o que vous avez bien parlé, fray Antonio ! Que le ciel vous le rende. (Se tournant vers les nouveaux venus.) Mes Pères, ne A-03'ez-vous pas en quel état je suis ? Je n'ai pas une partie de mon corps que le mal ait épargné. Considérez que la douleur trouble l'esprit et que je ne suis bon à rien, sinon à verser des larmes, à gémir et à implorer de Dieu le pardon de mes péchés innombrables. Ainsi, fray Antonio, raconte aux Pères la [vie dont tu as été le bon témoin, raconte-leur mes extravagances et mes plaisirs, découvre l'immensité de mes fautes, dis-leur l'hiimilité de ma famille, la bassesse de mon extraction, dis-leur que je suis le fils d'un tavernier afin que toutes ces considérations réunies les fassent revenir sur leur vote.
LE PRIEUR
Mon Père, le présent efface le passé. D'aussi mauvaises excuses ne sauraient nous satisfaire. Acceptez et résignez-vous. C'est la volonté de Dieu.
F. c. DE LA CRUZ
Qu'il soit béni. Une courte expérience vous montrera combien je suis inutile.
ANTONIO
Vive le ciel; un aussi bon frère mérite d'être pape.
ANGEL
Il sera Provincial. Je n'en doute pas.
LE TIIUAND BEATIFIE
AXTOMO
C'est bien le moins. Allons, Père, Thcure est venue de te soigner.
F. C. DE LA CRUZ
Que Dieu vous rende cette heure propice.
LE PRIEUR
Pleurez pour ne pas être prieur, et allez prendre possession de votre charge.
(Ils sortent.)
DEUXIEME TABLEAU
Une salle dans le palais du prince des ténèbres.