SCENE XI
PAULO, PEDRISCO, puis ENRICO, CELIA, ROLDAN et CHERINOS
PEDRISCO
Je suis émerveillé dune pareille aventure.
PAULO
Ce sont les secrets de Dieu.
PEDRISCO
De sorte, père, que telle sera la fin de cet Enrico, telle sera aussi la vôtre.
PAULO
La parole de Dieu ne peut tromper. L'ange m'a dit que si Enrico se damnait, je me damnerais et que s'il se sauvait, je me sauverais également.
LE DAMNÉ POUR MANQUE DE CONFIANCE l85
PEDRISCO
Sans aucun doute, père, cet Enrico est un saint homme.
PAULO
C'est bien mon avis.
PEDRISCO
Voilà la porte que l'an nomme la porte de la Mer.
PAULO
L'ange m'a recommandé d'attendre Enrico en ce lieu.
PEDRISCO
Ici, mon père, vivait un gros tavernier chez qui j'allais fort souvent, et, un peu plus loin, vous vous en souvenez sans doute, cette grande fille aux cheveux roux qui ressemblait à un archer de la garde que l'on eût requis d'amour.
PAULO
O vil ennemi ! Des pensées lascives m'importunent. O faible corps ! (A Pedrisco.) Frère, écoute-moi.
PEDRISCO
J'écoute.
PAULO
Le démon me tient par le souvenir et par mes anciennes passions... (// se jette à terre.)
Que faites-vous donc?
PAULO
Je mejettesurle sol afin que tu puisses me piétiner. Viens, frère, piétines-moi sans relâche.
PEDRISCO
A la bonne heure ; je suis très obéissant, mon père. {Il -piétine Paulo.) Est-ce bien ainsi ?
PAULO
Oui, frère.
l8& LE THEATRE ÉDIFIA:îT
PEDRISCO
Je ne vous fais pas mal ?
PAULO
Piétines et ne tïnquiètes de rien.
PEDRISCO
Mïnquiéter, père! Pourquoi m"inquiéterai-je? Je piétine et je repiétine, père de ma vie ; mais je crains de vous crever, mon père.
PAULO
Piétines-moi, frère.
ROLDAN, dans la coulisse.
Arrêtez, Enrico.
E>'Rico, dans la coulisse.
Je vais le jeter à la mer, vive le ciel.