‹ Le théâtre édifiant: Cervantes - Tirso de Molina - CalderonChapitre 78 sur 181 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

CELIA, ENRICO, LIDORA, GALVAN

LIDORA

Ils fuient, c'est un plaisir de les voir détaler.

GALVAN

Quel coup d'épée je lui ai porté !

ENRICO

Poules viles et lâches ! Est-ce ainsi que vous humiliez votre adresse ?

CELIA

Mon trésor, qu'as-tu fait ?

LE DAMNE POUR MANQUE DE CONFIANCE lOl ENRICO

Niaiserie, enfantillage ! J'ai attaqué gaillardement le plus grand et je lui ai ouvert un pan de blessure.

GALVAN

Moi j'ai allongé un coup de pointe au plus petit et je lui ai tiré un arrobe de laine. Il portait un fameux plastron.

ENRICO

Celia, tu seras toujours pour moi une cause d'ennui!

CELIA

Fais trêve à ta mauvaise humeur ; calme-toi, sur ma vie.

ENRICO

Il me déplaît, ne te l'ai-je pas dit, de trouver là où je déteste de les rencontrer ces espèces de marquis tout crinière et moustache. Quel profit en tires-tu? Que te promettent, que te donnent des freluquets occupés tout le jour à se friser les cheveux? La pierre, le cœur de chêne, les rochers sont d'un naturel plus généreux. Leur bourse a fait profession dans l'ordre de saint François. Alors, pourquoi les reçois-tu ? Pourquoi leur donnes-tu entrée chez toi ? Je t'ai pourtant prévenue ; tu finiras par me mettre en colère.

CELIA

C'est bien.

Retire-toi,

CELIA

Écoute-moi, mon trésor, et apprends que parmi ces marquis, il s'en trouve qui me font des cadeaux. Ceux-ci m'ont offert cette chaîne et cette bague.

ENRICO

Voyons. J'ai besoin d'une chaîne, celle-ci me paraît très belle.

l82 LE théâtre: DIFIANT

CELIA

La chaîne ?

ENRICO

Il me manquait aussi une bague.

LIDORA

Laisse quelque chose à Madame.

ENRICO

Ne saurait-elle le demander ? Pourqiioi le réclamestu?

CALVAN

Lidora mourrait plutôt que de se taire.

LIDORA, à ■part.

Elles ont bien tort celles qui vous aiment, truands de Belzebuth.

CELIA, s' adressant à Enrico. Ma vie, tout t'appartient ici; et puisque je suis tienne, entièrement tienne, écoute-moi.

ENRICO

Je suis tout oreille.

CELIA

Je voudrais te demander seulement de nous conduire ce soir à la porte de la Mer.

ENRICO

Tu peux prendre ta mante.

CELIA

Le goûter nous attendra; j'y veillerai.

ENRICO

Tu entends, Galvan ; préviens sans retard nos amis Escalante, Cherinos et Roldan que je vais à la porte de la mer avec Celia.

GALVAN

C'est compris.

LE DAMNÉ POUR MANQUE DE COMIANCK l8>"?

EXRICO

Dis leur qu'ils aillent nous attendre, et que chacun amène sa maîtresse.

LrooRA Bien, sur ma foi !

GALVAN

Ce sera une fête charmante ; mais que de coups d'épée je prévois !

CELIA

Souhaites-tu que nous sortions voilées ?

ENRICO

Ce n'est pas là ce que je désire. Vous irez à visage découvert. Je veux qu'en ce jour chacun sache que tu es mienne.

CELIA

A ton gré; mon unique souci est de te servir. Allons.

(Enrico et Galvan se retirent et, tout en sortant, ils causent á voix basse.)

LiDORA, á Celia.

Es-tu sotte de lui avoir donné tous les bijoux !

CELIA

Quel meilleur em^ploi pouvais-je en faire, que de les offrir à un cavalier aussi vaillant ?

GALVAN, à Enrico.

Mais tu as donc oublié que hier on ta proposé et que tu as promis de tuer quelqu'un "?

ENRICO

J'ai reçu et dépensé la moitié de l'argent.

G. AL VAN

Alors, pourquoi vas-tu à la mer ?

l84 LE THEATRE ÉDIFIANT

EN RICO

C'est toute une expédition à préparer ; j'y songerai plus tard. Maintenant, il me plaît de l'oublier. La bague et la chaîne que Celia m'a données me suffisent et au delà pour le moment.

GALVAN

Je croyais aller au-devant de tes intentions.

ENRICO

Que le malheureux vive dans l'allégresse, exempt de soucis et de peines, les heures de répit que je lui accorde. En dépensant le produit de la chaîne, nous lui faisons un enviable cadeau.

{Ils sortent.)

TROISIÈME TABLEAU

Yue de J^aples et de la porte de la mer.

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