SCÈNE VIII
ENRICO, GALVAN
La terre ouvrirait-elle ses entrailles pour m'y ensevelir que je ne saurais échapper au châtiment. Je me retourne vers toi, mère altière et superbe, cache-moi et ouvre-moi ton sein. L'épée entre mes dents, je vais m'y précipiter. Seigneur immense, prenez pitié de mon âme; bien queje sois un pécheur endurci, impénitent, je ne laisse pas d"avoir conservé votre sainte foi. Mais, qu'allais-je faire! Je me jetterais à la mer et j'abandonnerais, triste et affligé, un misérable vieillard. Enée du vieil Anchise, je veux retourner vers mon père et l'amener avec moi.
GALVAN
Où vas-tu ? Arrête-toi.
UNE VOIX, au dehors.
Suivez-moi par ici.
GALVAN
Sauve ta vie.
ENRICO
Pardonnez-moi, mon père, père de mes yeux, de ne pouvoir vous amener avec moi ; mais, du moins, je
LE DAMNÉ POUR MANQUE DE CONFIANCE 2 l3
sais bien que je vous emporte dans mon cœur. Toi, Galvan, viens.
GALVAN
Je ne t'abandonne pas.
ENRICO
Tous les chemins sont fermés, nous ne pouvons les prendre.
GALVAN
En ce cas, je me jette à la mer.
ENRICO
Que son sein irrité soit mon sépulcre. Hélas, père adoré, combien je souffre de vous laisser !
GALVAN
Suis-moi.
ENRICO
Je serais un lâche, Galvan, si je ne te suivais pas.
QUATRIEME TABLEAU
"Une forêt.