‹ Le théâtre édifiant: Cervantes - Tirso de Molina - CalderonChapitre 97 sur 181 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

ENRICO et GAL^'AX mouillés et les mains attachées conduits par DES BANDITS, PALTLO, PEDRISCO

ENRICO

Où me conduisez-vous ainsi.

PREMIER BANDIT

Le capitaine est ici; il vous répondra.

PAULO, à Pedrisco.

Suis mes instruetions.

Je m'y conformerai.

PRE.MIER BANDIT

Le capitaine s'en va ?

PEDRISCO

Oui. {Aux prisonniers.) Où allaient vos grâces, qu'elles se soient engáf^ées dans un chemin aussi périlleux que celui de l'eau ? Elles gardent le silence.

ENRICO

En enfer.

PEDRISCO

Pourquoi donc se donner tant de peine quand il y a des diables si obligeants qu'ils les auraient enlevés sans réclamer aucun payement.

ENRICO

Pour leur devoir moins de reconnaissance.

PEDRISCO

Votre grâce raisonne fort bien et elle se montre très sage en refusant de témoigner au diable de la gratitude, pour un service dont seul il tirerait profit. Comment se nomme votre grâce ?

ENRICO

Je m'appelle le diable.

PEDRISCO

Je m'explique qu'elle ait voulu se jeter à la mer. C'est pour éteindre le feu qui la consume. D'où est-elle?

ENRICO

Si la fatigue de lutter contre leau et le vent ne m'eût forcé de jeter mon épée à la mer, le fil de son acier répondrait sans tardera vos sottes questions.

PEDRISCO

Ecoutez, Hidalgo, ne vous fâchez pas et surtout

gardez-vous de toute menace. Que je cède à la colère, et je jure Dieu de pratiquer dans votre corps plus de soixante trous, non compris ceux dont vous gratifia la nature à votre naissance. Vous devez vous souvenir que vous êtes prisonnier et que si vous êtes courageux, moi je suis vaillant comme un Hector. Sachez encore, si vous avez commis beaucoup de meurtres, que j'ai souvent tué la faim, éteint l'existence de beaucoup de lampes et, qu'en des rencontres nocturnes, j'ai mis à mort des myriades de puces. A voleur, larron et demi; d'ailleurs je suis le démon lui-même et par la vie...

PREMIER BANDIT

Voilà un fier langage.

ENRico, à part.

Et je souffrirais ces affronts et je ne me vengerais pas?

PEDRISCO, aux bandits.

Attachez-le à un arbre.

ENRICO

Je ne me défends pas. Faites de moi, à votre guise. PEDRISCO, désignant Galvan.

Lui, aussi.

CALVAN, à part.

Cette fois, mon compte est bon.

PEDRISCO, à Galvan.

Si vos actions ressemblent à votre visage, vous devez en avoir fait de belles. {Aux bandits.) Allons, venez les attacher et voyez que le capitaine soit satisfait. {A Enrico.) Approchez; voici l'arbre.

ENRICO

One le ciel me veuille ainsi traiter!

(Uon attache à un arbre Enrico et ensuite Galvan.)

PEDRISCO, aux bandits.

C'est bien, retirez-vous.

GALVAN

Pitié, ayez pitié de moi !

PEDRISCO

Je vais leur bander les yeux avec des jarretières.

GALVAN, à part.

Se trouva-t-on jamais dans un aussi mauvais cas? {Haut.) Votre grâce voudra bien considérer que nous vivons, elle et moi, de la même profession. J'exerce, moi aussi, le brigandage.

PEDRISCO

En ce cas, j'épargnerai du travail à la justice et je priverai le bourreau de la satisfaction de vous pendre.

PREMIER BANDIT

Ils sont attachés et bandés.

Prenons les arcs et les flèches et fichons-en deux douzaines, pas une de plus, dans chaque corps.

PREMIER BANDIT

Allons.

PEDRISCO, has aux bandits.

Que personne ne les blesse, ordres et menaces sont feints.

PREMIER BANDIT, bas à Pcdrisco.

Je crois que le capitaine les connaît.

PEDRISCO, bas aux bandits.

Retirons-nous et laissons-les. {Ils sortent.)

Page 1