‹ Le théâtre édifiant: Cervantes - Tirso de Molina - CalderonChapitre 99 sur 181 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

PAULO en ermite, avec la croix et le rosaire, ENRICO, GALVAN

PALLO, à part.

J'ai repris cette robe pour soumettre Enrico à une épreuve décisive et savoir s'il se souvient de Dieu qu'il a tant offensé.

ENRICO

Qu'un homme perde la vie sans être vu ni écouté de personne !

GALVAN

A chaque moustique qui passe, je crois entendre le sifflement d'une flèche,

ENRICO

Jai le cœur en feu. Force inutile et vaine, vous êtes domptée ! O fortune parcimonieuse !

PAIXO

Loué soit le Seig^neiir.

ENRICO

Qu'il soit loué j)our l'éternité.

PAULO

Sachez supporter avec vaillance ce coup de la fortune irritée,

Cruel moment ! Oui ètcs-voxis pour me parler ainsi?

PAULO

Un moine, un habitant de cette forêt déserte où vous attendez la mort.

ENRICO

C'est bien, et maintenant que nous commandezvous?

PAULO

J'ai humblement supplié ceux qui vous attachèrent à ce chêne et s'apprêtent à vous tuer de me laisser parvenir jusqu'à vous et de m'autoriser à vous parler.

ENRICO

Dans quel dessein ?

PAULO

Si vous en avez le désir, pour vous confesser puisque vous suivez la religion du Christ.

ENRICO

En ce cas, père, vous pouvez revenir où vous étiez,

PAULO

Otie dites-vous? N'êtes-vous pas chrétien?

ENRICO

Si, je le suis.

a28 LE THÉÂTRE ÉDIFIANT

Vous ne Têtes pas, puisque vous refusez les suprêmes secours que je vous porte. Pourquoi les repoussezicous ?

ENRICO

Parce qu'il me plaît de m'en passer.

PAULO, á part.

Hélas ! Malheur sur moi ! C'est bien là l'objet de mes craintes. Ne savez-vous pas qu'on va vous tuer à l'instant.

ENRICO

Veuillez vous taire, mon frère, et me laisser finir en paix. Si messieurs les brigands veulent me donner la mort, je suis ici.

PAULO, à part.

Dans quelle confusion il jette mon âme !

ENRICO

Je ne donne satisfaction à personne.

PAULO

Mais à Dieu.

ENRICO

Dieu sait bien queje suis un grand pécheur. Pourquoi m'inquiéter de réparer mes fautes ?

PAULO

Grave erreur ! Pour que son amour sacré vous les pardonne.

ENRICO

Père, ce que je n'ai jamais fait, je ne le ferai pas maintenant.

Son cœur est un dur rocher.

ENRICO

Gai van, que- deviendra Madame Celia?

GALVAN

Dans une situation aussi critique, qui ne perdrait la mémoire ?

PAULO

Chassez de votre esprit de pareilles pensées.

ENRICO

Mon père, vous m'excédez maintenant.

PAULO

Ces pieuses paroles vous offensent?

ENRICO

Elles me lassent et si je n'étais pas attaché, d'un coup de pied, je vous aurais déjà envoyé dans la mer.

PAULO

Songez que votre supplice est décidé.

ENRICO

Je suis fatigué d'attendre.

GALVAN

Mon père, confessez-moi, je suis à moitié mort.

Otez-moi ce bandeau, mon père.

PAULO

J'accède volontiers à votre demande.

{Il enlève le bandeau d'Enrico et celui de Galvan.)

ENRICO

Dieu soit loué, j'y vois !

GALVAN

J'ai droit aussi à quelques remerciements.

PAULO

A la bonne heure. Maintenant, portez vos regards sur les gens qui viennent vous tuer.

23o LE THÉÂTRE ÉDIFIANT

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