CONDITIONS GÉNÉRALES DU THÉÂTRE EN ITALIE
d’autres pays, il est facile de deviner l’embarras d’un humble chroniqueur désirant avant tout être sincère, et qui, pour cette raison, n’entend que consigner ici ce qu’il a vu.
Je crois déjà entendre un de nos compatriotes s’écrier :
— Oh ! l’Italie ! L’art dramatique italien ! Quel champ fécond d’études ! Quels artistes!
— Pardon, mais...
— D’abord, la Ristori.
— Hélas ! monsieur, la Ristori a dit adieu à la scène, et vit fort retirée, à Rome, me dit-on.
— J’oubliais ce détail ; Ernesto Rossi est mort il y a peu de temps. Mais n’avez- vous pas Salvini ?
— Sans doute. Mais Tommaso Salvini, bientôt septuagénaire, ne se montre plus guère. Il habite Florence, ne paraît en public que dans des circonstances exceptionnelles, et'le théâtre dont il est propriétaire est fermé par ordre, pour cause de sécurité en cas d’incendie.
— Mais laDuse! monsieur! la Duse.
— Après s’être reposée tout l’hiver pour cause de santé, j’apprends à l’instant même qu’elle
part pour l’Egypte... Et nous sommes en Italie.
— Passe encore pour la Duse dont la santé est fort chancelante et qui joue presque toujours hors d’Italie. Vous ne me direz pas enfin que vous n’avez pas Novelli !
— Que j’ai le bonheur de connaître pour l'avoir vu jouer à Barcelone et à Valence (Espagne); or, Novelli se fait acclamer une partie de l’année à l’étranger.
Faut-il donc renoncer pour cela à notre projet?
Que non pas, car l’Italie renferme toute une pléiade de valeureux artistes dont, en France, on ignore absolument les noms.
N’avons-nous pas eu le plaisir, en voyageant en Espagne, de vous signaler Novelli, longtemps avant qu’il ne fût connu à Paris ? Parmi les artistes espagnols ne vous avions-nous pas parlé longuement de Mme Guerrero bien avant qu’elle ait eu l’idée de venir jouer à la Renaissance? Et n'est-il pas intéressant, aussi bien pour vous qu pour nous, de continuer ce petit métier d’éclaireur dramatique international ?
Les obstacles que nous rencontrons en Italie, par suite de cette diffusion théâtrale, ne sont donc pas pour nous arrêter, loin de là. Seulement pour en revenir à notre programme, pour vous parler du théâtre tel qu’il est, tel qu'il se pratique, pour en rendre un compte rendu aussi fidèle que possible, il ne faudra pas nous en vouloir si nous allons être forcé d’abandonner la classification méthodique que nous avions adoptée dans nos précédentes séries, en Espagne et au Portugal. Conséquence inévitable de cet émiettement dra-