‹ Le théâtre en ItalieChapitre 31 sur 51 · LA G 1 0 C 0 N D A · texte numérisé non relu

LA G 1 0 C 0 N D A

Hors d’elle-même, la Gioconda ne songe plus qu’à la destruction. Elle fut sa force, sa jeunesse, son génie. Cette statue, elle lui appartient ; il l'a faite avec sa vie, à elle. Tout est fini, et elle s’élance pour la briser.

L’on ne saurait nier ici l’originalité de la scène. Silvia pousse un cri, et veut empêcher l’œuvre fatale. Elle disparaît à son tour derrière le rideau qui cache la statue en criant : ce J’ai menti ! » Mais un bruit terrible se fait entendre, suivi d’un cri strident. La Gioconda s’enfuit épouvantée, et la sœur et le mari apparaisseni pour recevoir dans leurs bras Silvia dont les deux mains ont été écrasées en voulant retenir la statue qui est sauve.

Pour la première fois — je parle de la représentation à laquelle j’ai assisté à Milan — le public demande l’auteur, carM. d’Annunzio voyage avec la troupe et revient saluer aux fins d’acte. D’Annunzio paraît alors, fort correct, en habit noir et en cravate blanche, la boutonnière ornée d’une lleur blanche. Détail particulier : il est seul, sans ses interprètes. Il est rappelé plusieurs fois.

D’un aveu presque unanime, le dernier el

quatrième acte est inutile et fait hors-d’œuvre.

L’auteur nous répondra sans doute qu’après

nous avoir symbolisé la Beauté et la Bonté il •/

veut nous symboliser la Douleur et la Résignais

tion. Mais comme nous ne reverrons plus ni le mari, ni la Gioconda, l’impression seule de cette femme sans mains nous sera pénible, et nous aimerions mieux nous en passer.

Nous sommes dans une maison au bord de la mer, à l’embouchure de l’Arno ; l’on aperçoit au loin des montagnes de Carrare. Silvia, qui vit là dans une profonde retraite, habillée d’une espèce de péplum qui lui cache les bras et laisse deviner l’absence des mains, a apporté avec elle quelques bibelots de son ancienne demeure, comme la Donna dal mazzolino , la figure bien connue d’Andrea del Verrocchio. Là encore se trouve une vieille épinette du temps d’Elisa Baciocchi, duchesse de Lucques. Nous sommes par une belle après-midi de septembre.

Pour faire un contraste avec cette force humiliée et tronquée — pour parler le langage de l’auteur, — de cette noblesse avilie, de cette harmonie rompue, apparaît la Sirenetta , une petite mendiante un peu folle, inconsciente, le tablier rempli d’algues, de coquillages, d’étoiles marines.

Que vient faire ici la Sirenetta?

Au point de vue dramatique, j’aime mieux vous dire de suite qu’elle ne vient rien faire dans l’action. Et, du reste, il n'y a plus d’action. Au point de vue symbolique ou poétique, je crois que l’auteur a voulu nous montrer qu’à

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