JUGEMENTS SUR LA GIOCONDA
fiasco , nous mettons toute la salle au rabais ; qu’on se le dise ! »
Et les gens de s’écrier après avoir lu : « Tas d’imbéciles et de naïfs que nous sommes ! nous pouvions avoir pour soixante lires demain la loge que nous avons payé cent lires ce soir ! »
M. Schürmann me répondra sans doute qu’il connaît son métier depuis le temps qu’il le pratique, et que ce n'est pas d’aujourd’hui qu’il exhibe des étoiles. Il encaisse, tout est pour le mieux. Mais, spectateur payant, et écho du public, qu’il me permette bien de lui dire que ce n’est pas avec cette manière de faire qu'il peut laisser après lui de bons souvenirs par où il passe, et qu’il a de la chance d’avoir affaire à des artistes qui se laissent mettre au rabais dès le second soir! Leur réputation n’y gagne pas.
A côté de ces impressions très personnelles que je n’entends imposer à personne, surtout parce qu’elles sont les impressions d’un étranger, il convient d’enregistrer comme corollaire les jugements mêmes de la presse italienne.
Au sujet du Demi-Monclc , voici en quels termes, deux jours après que j'avais écrit les notes ci-dessus et auxquelles je n'ai pas voulu changer un seul mot, le journal la Stampa , de Turin (30 mai), s’exprimait : « Etrange idée que celle, pour une tournée artistique, de nous
donner le Demi-Monde et la Gioconda ! Les tournées artistiques — à part les tournées étrangères qui peuvent être intéressantes pour des raisons faciles à comprendre — n’ont de raison d’être que si elles nous font entendre et voir des spectacles que l’on ne peut pas toujours mettre en scène dans les conditions normales du théâtre. Mais une vieille comédie du vieux Dumas fils, ou une comédie très nouvelle qui ne peut ni ne doit présenter aucune difficulté d’exécution à aucun comédien ou comédienne d’une certaine force, pourquoi ? Est-ce que dans la dernière moitié de ce siècle, sur des scènes italiennes, nous n’avons jamais eu des interprétations exquises de cette pièce? Fallait-il donc attendre pour en avoir une jusqu’à l’année 1809? Et puis, si le Demi-Monde peut ne paraître qu’un prétexte pour varier un peu le répertoire de là tournée , la Gioconda est-elle donc une œuvre d’art qui a besoin d’être promenée et affichée comme un Verbe par une Compagnie spéciale ?
« Voilà pour le répertoire. Pour ce qui regarde les interprètes, avec tout le profond respect que je dois à l'art d’Eléonora Duse et d’Ermete Zacconi, l’idée de cette tournée me semble plus étrange encore. Tous deux — je ne discute pas ici s'ils le méritent plus ou moins — occupent