‹ Le théâtre en ItalieChapitre 46 sur 51 · LE RÉPERTOIRE DE FERRAVILLA · texte numérisé non relu

LE RÉPERTOIRE DE FERRAVILLA

C’est à ce théâtre que j’entendis jadis Cesare Rossi dans la Bottega del Gaffe et Febvre de la Comédie française dans le Demi-moncle. Tout récemment, Sarah Bernhardt y joua la Dame aux Camélias et Fédora , et le 28 janvier 1899, Silvain y donna Louis XI.

Les théâtres en dialecte, quoiqu’on en dise, sont malades. Si l’unité politique se fait avec le temps en Italie, ils disparaîtront. Le théâtre milanais ne s’est relevé que grâce aux efforts, au talent, à l’originalité de Ferravilla. A l’oreille, pour un étranger connaissant la langue italienne, le milanais est assez rude et déplaisant ; l’occupation autrichienne qui a duré tant d’années, le contact incessant avec l’Allemagne y sont sans doute pour quelque chose.

Le piémontais, qui se rapproche beaucoup plus du français que de l’italien, fait l’effet d’un patois de paysan ou d’un langage de montagnard.

Reste donc — pour le nord de l’Italie, s’entend — le vénitien. Mais à celui-là je fais grâce : d’abord parce qu’il est plus facile à comprendre, et ensuite parce qu’il est d'une douceur infinie.

Le dialecte vénitien adoucit encore la langue italienne déjà si suave. Il évite les sons sifflants tels que le c, qu’il remplace par le 2, les dentales t et d, la liquide r, supprime les consonnes entre deux voyelles (la coa pour la coda), change Yn

en f/n (gnenle pour niente ), prépose un x (qui se prononce d'ailleurs comme un 5 adouci) devant la troisième personne du singulier du verbe être : xè 1 .

Voilà pourquoi l’ensemble de ce parlé zézayant, tout en diminutifs, lui donne l’apparence d’une langue quelque peu enfantine et balbutiante, d’une sorte de gazouillement qui parait étrange dans la bouche de personnes adultes et mûres. Et cependant j’éprouve le même plaisir à entendre parler l’italien par un Vénitien, qu’espagnol par un Andalou. C’est puéril, et c’est charmant tout à la fois.

• Carlo Goldoni, le Théâtre et la vie en Halle au xvin6 siècle, par Ch. Rabany, docteur ès lettres, Paris, Berger -Levrault, 1896.

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