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LA TRADITION RENOUÉE : ZORRILLA

Des noms se pressent en foule. Deux chefs, qui semblent guider tous les autres, s'imposent d'abord à l'attention : Gutierrez etZorrilla continuent — à la suite du Duc de Rivas, de Breton de los Herreros et d'Hartzenbusch la série moderne supérieure.

Don Antonio Garcia Gutierrez, né à Chiclana, dans la province de Cadix, en 1812, n'est mort, à Madrid, que le 27 août 1884.

Comme son contemporain Hartzenbusch, il débuta par des traductions françaises qui réussirent peu, et il essaya vainement de faire recevoir deux comédies, le Chevalier d'Industrie et Don Quichotte en jupons. Il tenta un dernier effort, décidé à renoncer au théâtre, s'il échouait.

Donc, il écrivit un drame oii il mit tout son talent, toute sa force. On le lui refusa. Le jeune auteur

de 24 ans brisa sa plume, s'engagea dans Tarmée que le gouvernement* envoyait aux frontières contre Don Carlos. Il allait partir, quand il vint à un acteur ridée de lui demander son drame pour la représentation de son bénéfice. Ce fut le 1" mars 1836, au Théâtre del Principe. La pièce, suivant la formule, « alla aux nues ». L'auteur obtint un sursis, et finalement ne partit pas. Libéré de son engagement militaire, il se consacra définitivement au théâtre, où il allait trouver la gloire.

Le drame joué dans des circonstances si décisives pour la destinée de Garcia Gutierrez s'appelait le Trouvère, C'était un chef-d'œuvre d'habileté scénique, de mouvement et de passion, et les vers en étaient brillants et majestueux. Il n'est personne, aujourd'hui, qui n'en connaisse la fabulation, popularisée, banalisée, disent en Espagne les fervents de Gutierrez par la musique de Verdi, qui plus tard à'El Trovador fit l'opéra // Trovatore, répandu dans le monde entier.

Des succès nombreux élevèrent au plus haut rang Garcia Gutierrez : /e Page^ le Roi Moine, la Femme Vaillante^ Simon Bocanegra (que Verdi encore transforma en opéra), les Milliormaires, Duel à mort^ Juan LorenzOy Dofla Urraca de Caslille, Noblesse oblige, le Bon Chevalier^ le Grain de sable. Il faut joindre à cette liste de drames trois jolies comédies, la Créole^ Conte d'Enfant, et surtout un modèle de grâce et de style, Chrysalide et Papillon.

Mais l'œuvre maîtresse de Gutierrez est la Vengeance Catalane, C'est un drame historique grandiose, avec des tons d'épopée, où la richesse de la langue castillane atteint à des effets merveilleux. On a dit que cette pièce renfermait plus qu'un grand talent, et on l'a qualifiée

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(l'œuvre de génie. « Il y a là, déclare un critique anglais, du Caldéron et du Shakespeare. »

Parmi nos auteurs modernes, Dumas père, principalement, semble avMr influencé Gutierrez. Il a traduit Don Juan de Marafla, Caligiila,et rappelle encore le dramaturge de la Tour de Nes/es dans le Bâtard et Marguerite de Bourgogne. En société avec Zorrilla, il écrivit Juan Dandolo en 21 heures, les deux poètes renouvelant les prouesses de la collaboration de Lope et de Montalvan.

Gutierrez devint très célèbre. Le gouvernement le chargea de plusieurs missions en Europe : il voyagea jusqu'en Amérique et séjourna à La Havane et au Mexique. Il mourut à 72 ans, à Madrid.

C'est à José Zorrilla, le dramatiste le plus populaire de l'Espagne, que la forme héroïque castillane doit d'avoir été, en un talent personnel, complètement et définitivement retrouvée. C'est le poëte le plus harmonieux et le plus facile; c'est aussi le plus national. Nul n'a su toucher avec autant de délicatesse et de bonheur aux légendes et aux traditions espagnoles. Il est vraiment de la lignée, longtemps interrompue, de Tirso et de Caldéron. Jusque dans sa vieillesse, après vingt volumes, presque tous en vers, il trouvait sans effort la fraîcheur, la richesse de ton, Téclat de jeunesse qui charmaient dans ses œuvres de début.

Don José Zorrilla y Moral, né à Valladolid en 1817, fut élevé au Collège des Nobles, à Madrid, où quinze ans plus tôt il eût eu Victor Hugo pour condisciple. Ses études terminées, il revint dans sa ville natale pour y faire son droit: mais il s'y occupa surtout de poésie.

A vingt ans, une circonstance le rendit célèbre. Ce fut le 15 février 1837, aux obsèques du jeune critique

HISTORIQUE Wi

de si grand renom, dont j'ai dit plus haut la fin tragique, alors que tout Madrid s'émut d'un suicide faisant banqueroute au plus brillant avenir. Sur la tombe de Mariano de Larra, Zorrilla lut une ode, qui lui acquit immédiatement une réputation éclatante. Peu de temps après, il publiait son premier volume de vers. Mais je n'ai à parler que de ses pièces.

La plus illustre est Don Juan Ténorio.

Depuis Tirso de Molina et Molière, le cavalier sévillan avait fait le tour des intelligences, hanté les penseurs, rempli le monde. La conception s'était élargie, diversifiée ; long serait le relevé des auteurs — dramatiques ou autres — qui s'attaquèrent à ce type étemel,

Si vaste et si puissant qu'il n'est point de poète Qui ne Tait soulevé dans son cœur et sa tête, Et pour ravoir tenté ne soit resté plus grand.

Après Tirso et Zamora, mais avec une tout autre originalité que celui-ci, Zorrilla, en 1844-, reprenait cette figure, l'abordant d'une façon bien à lui, moins profondément conçue qu'elle ne l'avait été, dans l'intervalle, par dç hauts esprits, en France, en Allemagne, en Angleterre, mais plus frappante, plus impressionnante à la scène, plus conforme, surtout, aux traditions fidèlement gardées en Espagne.

En négligeant les noms de moindre envergure, quels écrivains puissants se présentent pour compléter la liste commencée au chapitre do Tirso par le Burlador, et arrêtée à Molière et à Mozart !

Hoffmann, Gautier et Musset ont médité sur le Don Giovanni, mêlant leur conception personnelle à l'évocation de la musique géniale. La fantaisie satirique de

Byron créa le Donny Johnny^ ramant de Haydée et de Dudu, succédant aux Ana et aux Elvire. Et parmi ceux qui laissèrent de Don Juan des empreintes originales: Balzac, dans VÉlixir de longue vie y cette imagination terrifiante, où Juan écrase Tœil de son père, qui restait ouvert et vivant; — Mérimée, et l'exquise nouvelle, les Ames du Purgafoire ; Alexandre Dumas^ avec les scènes très étranges de Don Juan de Mararia. — Car on ne se borne plus aux Ténorio de Séville ; les branches de la famille se sont multipliées : le Don Juan de Balzac est Belvidero, celui de Mérimée est Marafia, comme chez Dumas...

11 y a un Don Juan russe, V Invité de piej^re^ de Pouschkine, lequel n'est pas le drame le moins aigu en sa brièveté. Juan attend Dofta Ana dans la propre tombe du Commandeur, de qui il Ta faite veuve : il lui arrache, indignée et frémissante, un rendez-vous chez elle, et il y prie l'homme de pierre. C'est là que la Statue étreint la main du Séducteur et s'abîme avec lui.

Après tant de Don Juan, le drame de Zorrilla — le plus vibrant peut-être du théâtre espagnol contemporain — émerveille encore.

Comme Cristoval dans Mérimée, et Sandoval chez Dumas père, Don Juan a ici un rival en toutes choses, Luis de Mejia, presque aussi fort que lui-môme. Mais voici une conception originale : Don Juan aime, de tout son être, la fille du Commandeur, oublie sa renommée cruelle, pleure, supplie. Le Commandeur le rejette avec mépris ; Mejia, violent, amer, le raille. On le veut donc? Il redevient Don Juan! et que sa damnation retombe sur ceux qui l'ont repoussé « à la porte du ciel » ! Il tue le Commandeur d'une pistolade, et Mejia tombe sous son épée. Le drame part de cette situation.

La fin est extraordinaire, et l'auteur trouve le moyen, avec un tel sujet, d'ôtre neuf.

L'entrée de la Statue est plus saisissante encore que dans Mozart. Elle passe à travers le inm\ parce que Don Juan l'en a ddfiée. Il s'engage à lui rendre sa visite. Il vient au tombeau ; mais il est tout changé... Il ne s'explique point son état : ses pieds le portent sans volonté ; il ne pose rien,,. Il ne parvient pas à se remémorer une rixe qu'il a eue avec le capitaine Avellaneda. Et cela, imagination effrayante et nouvelle, parce qu'il est mort. Il est mort, tué en duel, et sans être tout à fait éteint encore, sans avoir quitté la terre. C'est, en quelque sorte, son fantôme astral qui marche. Tel TEusebio de Caldéron, au dénoûment de la Dévotion à la Croix, Mais toutes ces choses sont laissées dans un vague lugubre, jusqu'au moment où, après avoir goûté aux horribles mots, serpents, cendres, etc., que le Commandeur lui fait servir, comme dans le drame de Tirso, il voit son hôte de pierre lui montrer un sablier en disant : « Ce sable qui coule, c'est ta vie . »

On entend l'Office des Morts.

« Pour qui sonnc-t-on ces cloches ? demande Don Juan. — Pour toi. — Et ces chants funèbres ? — Sont les Psaumes de la Pénitence qu'on chante pour toi. — Et cet enterrement qui passe ? — C'est le tien. — Je suis mort ! s'écrie Don Juan. — Le capitaine t'a tué à la porte de ta maison. »

Désespéré, Don Juan implore Dieu, appelle au secours, et la Statue, grave, lui offre la main. Déjà elle l'a saisie; on entend faiblement son rire sinistre, tandis que s'approchent les autres simulacres do marbre, effigies des victimes de Ténorio.

Mais l'ombre d'Inès apparaît ! La fille du Commandeur, que Don Juan aima sincèrement, s'est donnée à

lui jusque dans réternité. Elle impose silence aux cloches, aux psaumes, commande aux statues de regagner leurs places sur les tombeaux. Elle sauve Tâme de TAmant, qui revit, et Don Juan termine ie drame par un acte de foi et d'amour.

Cette Rédemption, par le don que fait d'elle une femme par-dclàlaMort, ressemble presque — j'y reviens malgré moi — à une transposition de la wagnérienne légende où le Hollandais, aussi pâle et aussi blasphémant, erre, ainsi que le Sévillan, en quête d'impossible amour, mort comme lui, et sans sortir, spectre sur son vaisseau-spectre, de Tautre cimetière, l'Océan.

Don Juan Ténorio — tel, jadis, un auto sacramentel — est joué, chaque année, aux fêtes de la Toussaint, sur tous les théâtres d'Espagne. La popularité du drame « fantastico-religioso » est immense ; grands et petits, hommes et femmes, lettrés ou non, le connaissent, le savent presque tout par cœur.

L'auteur, ne prévoyant pas un succès pareil, l'avait vendu pour une somme dérisoire à un éditeur, qui se fit avec cette seule pièce un revenu annuel de 12 à 13.000 francs.

Voici quelques-unes des autres pièces de Zorrilla:

Vivre fou et mourir plufi fou ^ le Cordonnier et le Roi ^ A bon juge meilleur témoin^ PÉcho du Torrent^ les Deux Vice-rois^ le Moidin de Guadalajara, Sancho Garcia^ la Coupe d'Ivoire^ le Poignard du Goth^ V Alcade Ronquillo, le Cheval du roi Garcia, Traître^ impénitent et martyr^ le Roi fou ^ la Reine et la Favorite^ r Excommunié,

A ces drames s'ajoutent une tragédie, Sofronia, et les comédies Qui perd gagne^ Chacun avec son dada^ Loyauté d'une femme, la Meilleure raison, c'est l'épée,

Zorrilla se dislingue par l'imagination qu'il déploie»

HISTOBIQUE 259

la vigueur, la grâce de w couplets » qui caressent l'oreille. Il se préoccupe peu de montrer à nu le cœur humain et ne se targue pas de philosophie. Mais c'est un mélodiste admirable. Il joue de la langue espagnole comme d'une guitare enchantée. Accents modulés avec un art merveilleux, chants d'amour et de colère, il retrace à miracle la hautaine fierté des hidalgos, la passion des amants et la foi religieuse des chevaliers. Voici un trait du souci de vérité — jusqu'au scrupule — qu'il apporte au théâtre. Don Juan arrive dans une auberge d'Italie, et, naturellement^ parle italien ; l'aubergiste lui répond dans la même langue. Mais comme cela ne peut durer: « Peut-être, avance l'hôtelier, vous sera-t-il plus commode. Monsieur, que nous nous exprimions dans votre idiome ? — Certes ! » répond Don Juan. La scène, donc, se poursuit... que dis-je? le vers coupé en deux se continue, commencé en italien, achevé en espagnol, et sa rime castillane s'appareille avec la toscane.

Dans la voie ouverte par Gutierrez et Zorrilla des auteurs sans nombre s'engagèrent. Beaucoup déjà sont oubliés à l'heure où j'écris ; mais ils eurent presque tous leur moment de vogue. Rapidement, j'en passerai en revue le plus possible.

Don Tomas Rodriguez Rubi, né à Malaga en 1817, écrivain spirituel et fécond, en dehors de ses autres productions, ne donna pas moins de trente œuvres au théâtre. Le Début dans le Momle^ De puissance à puissance. Châteaux en Vair^ VArt de parvenir^ la Tresse de cheveux^ Il vaut mieux croire^ le Courtil du Christ^ sont les principales. Quelques-uns le proclament le meilleur auteur comique après Breton de los Herreros. D'autres reprochent à l'un et à l'autre, ainsi qu'à Ven-

tura de la Vega, d'avoir été parfois « trois commerçants de pièces ». Us fondent ce jugement pour Rubi sur des œuvres telles que le Capitaine Ribero, Derrière la Croix le Diable^ la Roue de la Fortune^ etc.

Don Ramon de Gampoamor, né en 1815, fut poëte, philosophe, homme politique, très remarquable orateur. U a été gouverneur des provinces d'Alicante et de Valence. Célèbre en divei's genres, il écrivit peu pour la scène. On cite de lui deux drames, VHonneur^ Sages et Fons^ dont les critiques louent la poésie pleine de charme et de sentiment, jointe à une pensée philosophique.

De Miguel Pastorfido (qui débuta par une traduction de Médée) trois drames eurent une fortune particulière, le Collier de Perles^ les Maris ^ le Serment,

Calvo Asenso, né en 1821, est l'auteur de : le Rerceau ne donne pas la noblesse, la Estudiantina ou le Diable à Salamanque (avec Juan de la Rosa) et le Grand Prix (avec ce môme poëte et Manuel Llano y Persi. Llano, né en 1826, écrivit d'autres pièces, dont une avec Rubi, Un Hidalgo aragonais).

On parle peu aujourd'hui de Don José-Maria Larrea, né en 1828 à Madrid, qui se fit remarquer, en dehors de ses comédies traduites du français, par une douzaine de pièces. Dans ce nombre, Tout ce qui brille n'est pas or. Elles et nous, r Occasion.

Don Joaquin Pachcco, né en 1808 à Ecija, mort très vieux dans ces dernières années, fut un homme politique important, plutôt moraliste que drumatisle, et publia des ouvrages de législation, etc. Ses trois drames, cependant, Alfre.do, Bernard del Carpio, les Sept hifants de Lara, ne sont pas sans mérite.

Miguel Agustin Principe, né à Caspe en 1811, est surtout connu par le drame de Mauregat ; Corradi (né

en 1802), par celui de Don Garcia; et Gabriel Estrella, par Du fiel dans une coupe d'or.

Don Basilio Sébastian Castellanos de Losada eut, à son heure, de vifs succès : Marie ou la Pastoure^ la Pastoure du Mançanarès, V Orpheline reconnue^ Zacarias Cazurro^ le Bouffe et le Roi, la Pension de Veniurita^ Travailler pour autrui, José-Maria Huici (né à Utiel, 1823) fit applaudir Don Juan de Lanuza et Dofla Maria Caldéron. Olaverria réussit avec Charles d'Autriche et Par le chemin de fer. . .

11 en est dont la notoriété ne semble pas être sortie de leur ville. Ainsi Don Antonio Afan de Rivera est de Grenade, et c'est sur le théâtre de Grenade qu'il fit jouer le Labyrinthe {iSbi), V Étoile de l'Espérance, puis la Pensionnaire et Farinelli, zarzuelas, et enfin, précédant, dès 1868, presque sous le même titre, un légendaire succès de vaudeville chez nous, de ces derniers temps, Trois Dames pour un Amant.

De môme, Jeronimo Borao, né à Saragosse (1821), donna au théâtre de Saragosse les Filles du Cid (1842), puis Au Crime va le châtiment.

Les adaptateurs de nos pièces, à cette époque, se multiplient. Nous avons vu les drames de Hugo et de Dumas traduits et joués ; d'un autre côté dominent Scribe et son école.

Francisco de Camprodon, qui fit tant pleurer avec deux pièces, suite Tune de l'autre, d'une sentimentalité un peu niaise, mais dont la province, après Madrid, s'engoua, Fleur d'un jour (1851) et les Épines d'une Fleur (1852), enrichit (?) la littérature castillane des Diamants de la Couronne et de l'Éclair, zarzuelas. Camprodon écrivit encore le Domino bleu, le Lancier, le Vicomte, et (au rebours du titre Trois Dames, etc., ci-dessus) Trois pour une.

Carrera y Gonzalès adapte la Czarine et Par droit de conquête, Jeronimo Moran, auteur de Aimer qui l'on hait et des Courtisans de Juan Ily traduit Fra Diavolo et la Darne Blanche (avec Andilla).

Les Andalous abondent:

Don Ramon Franquelo, auteur de Qui se marie doit s'attendre à touty est né à Malaga (1821) ; à Malaga aussi (1822), Parrefio, traducteur du Comte Hermann. Eugène Cisneros {Riche par force, le Paradis perdu^ Appartement à louer) est de Séville (1826) ; également de Séville (1818) Don Manuel Juan Diana, qui fit Vn bandit sur la mine avec Hartzenbusch, et V Amour n'est pas toujours aveugle.

Quelques Américains :

Guerrero est né à La Havane, 1824 {Laide et pauvre^ 1857, Blessé au cœur, etc.) ; Saricaldey est de Lima, 1825 (mort à Saint-Sébastien, 1856).

Enfin, dans cette longue procession dramatique, il se trouve des femmes : Senorita Gertrudia Gomez de Avellaneda, une Cubaine, née en 1816, connue surtout par une pièce intitulée Alonzo Munio, et la seftora Dofta Carolina Coronado (née en 1823), qui composa Alphonse IV d'Aragon et Pétrarque.

Je ne puis que citer les noms de Larraflaga (né à Madrid, 1815), Olona, Sara, Asquerino, José-Maria Diaz, José de Castro y Orozco, Eugenio de Tapia, Carlos Doncel, José Garcia de Villalta, Mariano Roca de Togores, Ramon Navarrette, Isidoro Gil.

Plusieurs d'entre eux se bornent à nous traduire encore, et c'est maintenant Bouchardy {El Ca^npanero de San Pahlo, Lazaro ô el Pastor de Florencia, etc.), Soulié, Ducange et Alexandre Duval!

Nous ne nous laisserons pas arrêter par Palou y Coll {la Cloche de VAlmudaina, VÉpée et le Luth, etc.), — non

plus que par Juan-de-Dios de la Roda, né en i827, auteur d'ouvrages de droit, et qui écrivit deux drames, Christophe Colomb et Amour (Tesclave, Et je ne nommerai qu'en passant José Sanson, Sanchez del Arco, Rates y Echevorria, Mariano Ferez, Selgas.

Je dois le dire, dans tout ce long défilé de noms — qu'il fallait bien citer — il serait difficile de rencontrer vraiment des œuvres. Des pièces brillantes, improvisées, s'élancent de partout, s'irisent d'une poésie de soleil... — bulles sans durée, qui font illusion. On croirait à la solidité d'un vaste théâtre romantique espagnol. La vérité est qu'il n'y a de résistant que le Duc de Rivas, Hartzenbusch (en partie), Gutierrez et Zorrilla ; — auxquels se joignent les poëtes comiques Breton de los Herreros et Ventura de la Voga. Le reste est fragile.

Ce qui contribua au trompe-l'œil, ce fut, avec l'élan des poètes, le talent hors ligne des comédiens. Un groupe supérieur d'interprètes éleva et mit en valeur les moindres drames de cette génération d'écrivains. L'Espagne eut ses .Dorvals, ses Frédéricks et ses Bocages. Les actrices : Barbara et Teodora Lamadrid, Matilde Diez, Juanita Ferez, Josefa Falma. Les acteurs : Valero, Lombia, Romea, Arjona, Calvo.

En 1849, le vieux Théâtre — puis « Colisée » — du Principe (cet ancien Corral de la Pacheca) se transforma et devint le Théâtre-Espagnol.

Il faut lire dans les Memornas Intimas de Fernandez de Cordoue ce qu'étaient « les constructions appelées théâtres dans la première moitié de ce siècle ». Les habitués du confort moderne ne peuvent, dit-il, se l'imaginer. Il décrit les maigres quinquets, laissant le public et la scène dans une pénombre, répandant une

odeur infecte; Tétroitesse et la malpropreté des loges, où une dame n'aurait osé se risquer en toilette, de peur de gâter sa robe parmi Thuile et la poussière; les bancs de bois nu sans dossier, de sorte que les cavaliers faisaient venir de chez eux des coussins pour s'asseoir; l'absence de ventilation Tété et les émanations pestilentielles des galeries, tandis que Thiver, on s'enroulait, frissonnant de froid, dans les capes et couvertures ; la grossièreté des employés et ouvreurs, dont on ne pouvait souvent se faire entendre qu'à coups de bâton, etc., etc.

Avec le dernier avatar du Colisée séculaire (Pacheca, Principe, Théâtre-Espagnol), — avec l'ouverture, à Madrid et ailleurs, de salles spacieuses et commodes, les choses vont changer, et nous allons nous acheminer promptement vers le luxe des scènes actuelles. Mais tel qu'il était resté, le Principe, en sa forme arriérée, suffit aux luttes passionnées — depuis Don Alvaro et le Trovador — de la période romantique, comme avant d'être érigé en pierre, le siècle d'avant, il avait servi à toutes les gloires de l'Age d'or.

De 1835 à 1850, les nouveaux dramatistes « avaient enlevé une à une, dit José Yxart, les positions à la baïonnette, au cri de clairons sonores ». Ce n'était plus alors « la lutte entre la vieille et la nouvelle Espagne ». Après 1850, pour emprunter à peu près le mot de l'ingénieux critique, il y eut des pièces de pronunciamientos et de concordats.

La fougue s'est assagie : une part plus grande est faite à la vérité; les écrivains dramatiques apportent aux œuvres un soin, une pondération qui accusent une manière nouvelle. Dans les Souvenirs du vieiia: temps de Zorrilla, livre d'un très vif intérêt, nous lisons d'étranges confidences sur le bâclage des premières

pièces du poëte, même les plus applaudies. Mais, dès 1845, il écrit TraUrCy impénitent et martyr, pièce autrement mûrie et forte que les précédentes. Une des comédies les plus « pensées » de Breton de los Herreros, VÉcole du Mariage^ est de 1852. Ventura de la Vega écrit à Facteur Romea au sujet de la Mort de César, qu'il a fait une tragédie réaliste et non plus conventionnelle, où les personnages mangent, dorment, s'enivrent et... s'injurient : mais, par réaction contre l'exubérance passée, il verse dans l'école de Ponsard.

Quelques maîtres exagèrent, outrant la sobriété jusqu'à la sécheresse : Hartzenbusch, dans la Loi de race (1852), en devient obscur, et retourne avec Un oui et im non (185^i), à la comédie « moratinienne ». A sa rentrée d'Amérique, Garcia Gutierrez, Foutrancier du Trouvère^ s'étudiant à plus d'équilibre et de sûre maîtrise, donne son chef-d'œuvre (1864), sa magnifique Vengeance Catalane, et encore, en 1865, JuanLorenzo,

Les réfléchis, les profonds se font les successeurs des violents et des loquaces, et cette transformation a lieu parfois chez un même maître.

Deux poètes, d'un rang très élevé, résument ces nouvelles tendances, divers de genres et de talents, Ayala et Tamayo.

Don Adelardo Lopez de Ayala, 1829-1880, élève d'Hartzenbusch et de Gutierrez, fut homme politique autant qu'écrivain et mourut Président de la Chambre. Il proclamait surtout pour son maître Caldéron, souhaitant d'être « ce qu'eût été ce poète s'il avait écrit en notre siècle ».

Dès ses premières pièces, C Homme d'Etat (1851), Rioja (1854), il exalta la hauteur d'âme, la force de volonté, le devoir, victorieux de la passion. Don Rodrigo

Caldéron (« rhomme d'État ») n'est heureux pour la première fois de sa vie que devant Téchafaud, en paix avec lui-môme : Rioja sacrifie un amour ardent à une dette de reconnaissance et se laisse mépriser par la femme qu'il aime plutôt que de manquer à son serment.

Dans les comédies qui suivent, le Nouveau Don Juan^ le Tant pour ceni^ Consuelo^ Lopez de Ayala s'attaque aux « plaies de la Société » : la séduction sans amour, la passion du lucre, la dureté de cœur.

C'est le Tant pour cent (1861) qui établit sa réputation. Sans doute, sur cette question de l'argent (« le mal du siècle »), l'auteur fut impressionné par quelques pièces françaises — d'Emile Augier et d'autres; — mais il est personnel et intéresse vivement. Son drame présente des caractères fouillés, a de belles scènes, des pensées profondes, des vers remarquables. Ce fut un succès éclatant.

On peut opposer la longue méditation d' Ayala à l'improvisation brillante de Zorrilla, première manière. Ses créations sont robustes et solides. Ce sont, après les pièces ci-dessus nommées :

Le Toit de Verre, le Cointe Castrulla, les Deux Guzman, Guerre à niort, les Comuneros, l'Etoile de Madrid, la Meilleure Couronne, l'Agent Matrimonial (zarzuela).

Consuelo^ 1878, est l'une de ses comédies les plus parfaites ; Ton cite avec elle, pour la supériorité du plan, le Dernier Souhait^ drame fantastique, et celte belle analyse des diverses phases de l'égoïsme. Moi.

Tamayo fut, à la fois, réfléchi comme Ayala et enthousiaste comme Zorrilla et Gutierrez. Disciple de Schiller, qu'il imita d'abord, il embrassa le romantisme chrétien de Schlégel, déclarant qu'il se proposait, en son théâtre, de montrer « les hommes, et Dieu au-

dessus des hommes ». Ferveur mystique où se perdit ce chef « des équilibrés et des tempérés », ainsi que rappelle Yxart.

Don Manuel Tamayo y Baus, tantôt sous son propre nom, tantôt sous le pseudonyme d'Estebanez, par une série de drames triomphaux s'était placé au premier rang des poètes dramatiques de ce siècle, lorsqu'il cessa brusquement d'écrire, arrêté par une cause mystérieuse... Folie? crise de foi? débordement excessif du sentiment religieux ? Cette puissante intelligence fut envahie par une nuit inexplicable, où elle sembla noyée.

Tamayo avait commencé par des tragédies : Virginie^ « le pocme de l'honneur et de Tamour de la liberté, » compte parmi ses meilleures. Dès sa première pièce, il célèbre les magnanimes et les valeureux. La Magnate^ 1854 (avec Fernandez-Guerra y Orbe), Alonso Cano, la Fille de Cervantes^ Jeannc-la-Folle, Un Drame Nouveau^ le Cinq AoiU, la Bonle de Neige ^ etc., révèlent une âme noble et belle, des aspirations à la chevalerie et à Fhéroïsme, qui me font envisager Tamayo y Baus comme un Ruiz de Alarcon moderne.

De même que l'auteur du Tant pour cent et de Cowsuelo, Tamayo s'indigne contre « les plaies sociales », le M cancer » de l'intérêt (qu'il dénonce dans le Positifs 1862), du relâchement de la volonté et de la lâche tolérance {les Honnêtes Gens, 1868), etc. Il combat le duel dans les Aventures d'honneur, comme un prêtre, poussant la logique jusqu'aux dernières conséquences.

L'une des pièces les plus originales et les plus saisissantes de la scène castillane contemporaine est assurément Un Drame Nouveau, qui fut donné à la Zarzuela de Madrid, en 1867.

L'action a pour milieu la troupe comique de Shakes-

peare, et les personnages sont le poëte anglais, Yorick et des comédiens. Yorick, jaloux d'une actrice de la Compagnie du Maître, substitue la réalité à la fiction, et tue en scène, au grand effarement du personnel du théâtre, l'homme qu'il s'est cru préféré ; tandis que le public applaudit avec frénésie, croyant à une imitation de la vérité si parfaite qu'elle est la nature même. Yorick, jusque-là, n'avait pu sortir des effets comiques ; il se lamentait de ne pas atteindre à la tragédie, et voilà que tout à coup son triomphe dépasse toute prévision... Les spectateurs s'émerveillent.

L'auteur, le souffleur, des acteurs éperdus courent sur la scène. Shakespeare s'avance vers l'orchestre, et, la voix tremblante, fait cette annonce :

« Messieurs, vous le voyez... le drame qu'on représentait ne peut s'achever. Emporté par l'élan. Facteur Yorick a frappé réellement le comédien qui remplissait le rôle de Manfred... »

Il dit ensuite l'assassinat de la rue, connexe à celui du théâtre, qui a lieu au môme moment ; et, dans le silence profond causé par la stupéfaction unanime, il ajoute : « Priez pour les morts!... Priez aussi pour les meurtriers ! »

Ce drame, d'une grande beauté, et avec lui un autre, empreint d'une réalité très vive, la Folie d'Amour^ ont, je crois, décidé quelques critiques à décerner à Tamayo la première place parmi les dramatistes contemporains. Mais si Hartzenbusch, Zorrilla et Gutierrez ne lui sont pas supérieurs, ils sont certainement ses égaux, et dans la comédie c'est Breton de los Herreros qui marche en tôte.

Tamayo, sous son pseudonyme de Joaquin Estebanez, ne doit pas être confondu avec un autre Estebanez de la même époque, auteur des Scènes andaloiises^ mais

étranger au théâtre. (Sérafin Estebanez Calderon, dit le Solitaire, né à Malaga, 1799, et mort à Madrid en 1867, était l'oncle de Canovas del Castillo, qui écrivit deux volumes sur ce romancier, à la fois revendiqué par les idéalistes et les réalistes.)

A l'exemple de Tamayo et d'Ayala, et s'efForçant d'appliquer les mômes théories, un groupe d'auteurs distingués emplit de drames les théâtres.

Don Luis de Eguilaz, né en 1833 à San Lucas de Barrameda et mort avant 1875, fit jouer sa première pièce. Vérités Amères^ à 20 ans. Très goûté du public, il donna dans sa courte carrière une vingtaine de pièces environ, parmi lesquelles de fort remarquables : Une aventure de Tirso, le Chevalier du Miracle, Une Mystification de Quevedo, la Vachère de Finojosa^ la Clef d'or, l'Esclave^ la Pastorale de Turin, les Querelles du roi Sage. En 1861, il eut son plus grand succès, la Croix du Mariage, que suivit un bon drame très bien accueilli, Ruiz de Alarcon,

Un poète qui vient de mourir (1897), Enrique Perez Escrich, produisit dès lors un grand nombre d'œuvres estimées, dont quelques-unes fourniront une longue suite de représentations: Éclaire ta victime! le Mauvais Ange, le Moustique mort, Juan Diente, Portraits d'après nature, le Bonheur dans le bien d' autrui, Il n^y a de vie qu^à Paris j la Passion et la Mort de Jésus, les Griffes du Diable, le Curé de Village, etc.

Don Luis Mariano de Larra, né en 183i, est le fils de l'illustre critique. Il s'était créé par des drames et des comédies de valeur une place distinguée ; inattendûment, il quitta le genre sérieux pour tomber à la bouffonnerie et se fit librettiste d'opérettes. Cette chute excita de réels regrets, car l'on avait applaudi de lui

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de fort bonnes pièces, A la Cour et dans la rue, les Trois Noblesses, A la Chasse des corbeaux, Un Nuage d'été, Bataille de reines, r Amour et VlntèrH, la Colombe et les Faucons, la Plante exotique^ et par-dessus toutes un drame très célèbre, joué en Espagne sur tous les théâtres, la Prière du Soir,

Don Narciso Serra, né en 1832 et mort avant 1883, auteur spirituel et facile, sachant trouver la note attendrissante, eût été fort apprécié chez nous à la Porte- Saint-Martin et à TAmbigu. Il fit jouer avec succès plus de 20 drames, dont il faut retenir : A coups d'épée avec le diable, VAme du Roi Garcia, l^ Horloge de Saint- Placide, le Tout pour le tout, la Rue de la Montera, Don Tojnas. Sa principale œuvre est un drame en un acte, fort touchant, le Fou de la Mansarde, écrit en vers remarquables, et qui est Cervantes, dénué de tout, trompant sa misère par la lecture de feuillets de Don Quichotte.

On pourrait placer ici Francisco de Camprodon, l'auteur de Fleur d'un /oe/r, dont j'ai parlé ci-dessus, et avec lui Ortiz de Pinedo, de qui trois drames furent en vogue, le Chemin du Bagne, Faute et Châtiment, et les Pauvres de Madrid (1857), pièce qui fit grand bruit. Puis deux pocHes encore, Marco et Hurtado.

Fermons Técole par un romancier très populaire, mais ne dépassant guère le niveau des mélodramaturges qui scénarient les gros feuilletons des petits journaux. Manuel Fernandez y Gonzalez a écrit des drames en vers, aux titres fort ambitieux : Rodrigo de Vivar (le Cid ! rien que cela...) Do7i Luis Osorio, Entre le ciel et la terre,,. Malgré la célébrité de Tauleur, il vaut mieux n'en rien dire.

En 1851, LopozdeAyala, au frontispice de sa première œuvre [rUoimne d'État), qu'il composa presque adoles-

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cent, déclarait : « Je me suis efforcé dans cet essai, et je m^efforcerai dans tout ce qui sortira de ma plume, de développer une pensée morale, profonde et consolatrice. » Et Tamayo, pour la préface d'un de ses premiers drames, se servait de termes analogues, parlant de mener la société dans « le chemin de la rénovation, de réveiller le germe des sentiments magnanimes, de lutter contre Tégoïsmc, d*exciter la compassion... » Cette noblesse élève toute Tœuvre dramatique de Tun et de Tautre chef do ce que nous appellerions le théâtre anti-rosse.

Mais, à force de tendresse généreuse, de pitié émue, Tamayo finit par tomber dans la sensiblerie, défaut qui gâte, au moins, deux de ses pièces. Fils et Mcre^ A quelque chose malheur est bon. Cet attendrissement dégénéra chez les disciples en drames pleurnicheurs qui, du reste, firent leurs succès les plus bruyants. Il suffit de rappeler F/^wr crun Jour (1851) de Camprodon, Vérités amères (1853) et la Croix du Mariage (1861) d'Eguilaz, la Prière (ht Soir (1858) deLarra, et le Curé de Village (1858) de Ferez Escrich.

Ayala et Tamayo se rapprochent encore en ceci que le procédé laborieux dont ils firent usage les rendit moins féconds que leurs devanciers. Si Ton décompte les zarzuelas du premier et les arreglos (arrangements, adaptations) du second, il ne leur reste à chacun qu'une douzaine de pièces.

On a attribué (Yxart) à cette stérilité relative le peu d'efficacité de Texemple. L'écrivain « scénographe » que je cite estime qu'aucun de leurs contemporains n'a laissé de traces durables et que « on dédaigne aujourd'hui les pièces d'Eguilaz, d 'Escrich, de Larra fils, de Marco, de Camprodon, de Fernandez y Gonzalez et môme d'Hurtado ; » il ne fait grâce qu*à Narciso Serra « superficiel, mais spontané, vif, pittoresque. »

Il faut dire qu'oQ était alors, plus que jamais, infesté A' arrangements (arreglos) de pièces françaises. On s'apitoyait sur la rédemption des lorettes [Rédemption fut le titre espagnol de la Dame aux Camélias) et sur les « fils naturels » de Dumas : on noyait de larmes les « romans de jeune homme pauvre » et les pardons de maris bourgeois idéalisés, tel celui qui arrachait ce cria Gabriel le:

0 père de famille, ô poëte, je t'aime !

Seulement, on arrangeait les adultères et les bâtardises avec tant de morales farons que les malins seuls, sous le voile de Varregio, y apercevaient quelque chose.

Dumas, Augier, Feuillet, Mallefille, Laya, Sandeau figurent parmi les auteurs dramatiques les plus traduits. (Le Positif n'est autre que le Duc Job ; — Des Paroles aux Actes, c'est la Pierre de Touche^ etc.)

Alphonse Karr, très à la modo, est imité par Serra, dans des « pasillos ». La Bohême de Murger, romanesque et folle, introduit sur la scène les « mauvaises tôles et bons cœurs », les modistes désintéressées ot les oncles indulgents... (J. Yxart, F Art scênique en Espagne,)

La moralité est la grande obsession de ce temps.

« Eguilaz, Larra fils, Escrich, dit encore Yxart, prêchent la morale on leçons propres, uniquement, aux imprévoyants et aux déshonnôtes. »

Dans une des premières pièces d'Enrique Gaspar, les Circonstances (1867), la Censure obligea le séducteur à faire, en scène, à la femme séduite, une promesse de mariage ! . . .

Mais, avec Don Enrique Gaspar, le théâtre Castillan entre dans une autre phase : les questions modernes

qui inquiètent les peuples du Nord font leur apparition en Espagne

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